LE DUC
Unissons nos douleurs.
Et portons loin d'ici son or et nos fureurs. —
« Ce dernier vers, et quelques autres du morceau qu'on vient de lire, étaient d'autant plus piquants pour le duc de Bourbon, que la passion d'amasser et d'acquérir était chez lui la passion dominante.
« Ce prince avait très-heureusement profité de la faveur des actions du Système pour rebâtir Chantilly avec une magnificence royale, et pour acheter tout ce qui se trouvait à sa bienséanu en fonds de terres; de là les biens immenses que sa maison possédait encore à F époque de la Révolution!
(Lannotaieur de IJ^SO
La satire virulente, à tous crins, endiablée, ne date pas d'hier ; on le voit surabondamment en lisant cette infernale parodie, œuvre d'un écrivassier à gages ; c'est la satire politique sans retenue, sans pudeur^ exhalant la passion malsaine, et portant des accusations formidables sans même entrevoir les conséquences sur l'opinion publique; l'homme qui a écrit cela était un tempérament plutôt qu'un poëte satirique.
La mise en scène ne manque pas d'une certaine habileté ; le langage prêté à Philippe d'Orléans ne resson ni du passé, ni de la situation dramatique ; c'est un effet manqué ; — pourtant, les accusations se faufilent dans les masses sous le couvert d'une copie perfide, enfiellée, surchargée de notes et d'additions; et, qf and ^historien arrive, il ne sait plus démêler le vrai du faux, la satire du récit exact, le pamphlet politique de l'article pesé, concluant et mesuré de l'écrivain consciencieux ; et les années s'écoulent, et, d'un personnage qui ne fut pas sans faiblesses, sans vices, on fait un monstre digne de l'échafaud.
Le ciel n'a pas voulu qu'achevant mon dessein. Je' irrsassc à leur Roi le poison A' ma main.
C'est mieux qu'une insinuation ; nous nous trouvons en face d'une accusation brutalement exprimée, cynique dans ses termes, horrible quant aux réflexions qu'elle fait naître dans l'esprit des gens honnêtes. Rien n'eût été aussi facile à Philippe d'Orléans que d'empoisonner le jeune Louis XV, s'il eût été vraiment capable de
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former un semblable projet; toutes les issues menant chez le Roi lui appartenaient; ses créatures se trouvaient partout, à partir du mois de septembre 171 5; l'excellent chimiste, l'homme influent, le maître du royaume, ces trois personnages, réunis en un seul, faisaient du Régent une puissance redoutable pour le mal, s'il eût voulu le commettre avec ce sang-froid que lui ont prêté les sottisiers dans leurs écrits orduriers.
Ni si haut, ni si bas ! La vérité est l'ennemie des extrêmes; on la rencontre seulement dans l'exposition rationnelle des événements historiques; l'analyse fait son œuvre après l'énumération, et il se rencontre toujours un homme de génie, un Tacite, pour distribuer les responsabilités.
Au demeurant, notre tâche d'annotateur est facile après l'Étude consacrée à la Régence ; si nous ne laissons rien passer de dangereux, ou de déshonnête, dans les explications d'une autre époque, c'est que nous connaissons la nôtre et les procédés d'une certaine presse, à l'affût des moindres vétilles, qui lui donneraient prise; ces reporters, plus dangereux qu'éloquents— et nul ne doit s'en plaindre — chercheraient noise à propos d'un mot à double sens, et notre langue fourmille d'expressions à double et à triple tranchant !
Le Régent, d'ailleurs, n'appartient plus aux partis ; il est entre les mains de l'histoire qui a prononcé sur son compte, par la bouche de Duclos, le jugement suivant, dont notre siècle n'a pas rappelé :
« Ahisi périt, à iitiaranU-ncuf ans et ijueîques mois, un
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des hommes les plus aimables dans la société, plein d'esprù, de talents, de courage militaire, de bonté, (Thumaniti^ et un des plus mauvais princes, c^est-à-dire des plus incapables Je gouverner.
U est impossible de dire plus en moins de mots. Philippe d'Orléans est là tout entier. Ce portrait révèle un homme faible, vicieux, n'ayant pas les qualités du prince, indispensables au maniement des affaires et des hommes^ possédant peu l'art des transitions dans Ic gouvemement, — comprenant peut-être mieux la politique étrangère et sachant agencer ses rouages compliqués, — au surplus, Duclos l'affirme, plein de talents, d'humanité, de courage militaire, — adonné corps et âme à la débauche, aux plus hideuses dépravations de la pensée et des sens, et préparant, sans s'en douter, la ruine de la Monarchie française : toilà l'homme et le Prince !
Mais Tincestueux, l'empoisonneur, le régicide, puisqu'on lui prête l'intention de tuerie Roi, ne se rencontrent pas dans le portrait si sévère de Duclos ; les autres contemporains tiennent le même langage.
U appartient à la critique moderne de fixer la ligne historique ; nous serions heureux d'avoir pu lui fournir quelques éléments ; son appréciation commandera l'attention des plus indifférents.
Les atroces soupçons élevés contre le Régent furent dissipés par l'avènement au trône du jeune Roi; des bruits sinistres circulèrent encore, mais les intéressés seuls voulurent y croire, et encore il y eut plus d'hypocrisie que de loyauté dans leur conduite.