‹ Les philosophes classiques du XIXe siècle en FranceChapitre 10 sur 54 · Reid, éd. Jouffroy, t. III, p · texte numérisé non relu

Reid, éd. Jouffroy, t. III, p

M. ROYEU-COLLARD. 33

seni'itives , sortes d'êtres interposés entre Tesprit et les objeis, ayant de la ressemblance avec les objets, présentant à l'esprit l'image des objets, et fournissant à l'esprit, qui ne peut pas sortir de soi ni apercevoir les objets directement et en euxmêmes, les moyens de les apercevoir indirectement et dans un portrait. M. Royer-Gollard regarde cette opinion comme une supposition. Supposition non prouvée : car personne n'a jamais vu de telles idées, et celles que nous découvrons en nous-mêmes, bien loin d'être interposées entre nos pensées et les objeis, ne sont que nos pensées elles-mêmes. Supposition inutile : car ne voyant que des portraits, nous ne pouvons savoir si le portrait ressemble à l'original. Supposition contradictoire : car de deux choses l'une : si les idées sont des images matérielles, on ne peut pas admettre des portraits de la solidité, du chaud, de l'odeur et du son; si elles sont spirituelles, elles ne peuvent ressembler à la matière, ni par conséquent la représenter.

A son avis, la connaissance du monde extérieur se fait ainsi : quand nos nerfs sont ébranlés par un contact extérieur quelconque, nous éprouvons des sensations. Si c'est une sensation du toucher, nous concevons hors de nous la substance solide et étendue, et nous affirmons qu'elle existe, qu'elle existait avant notre sensation, qu'elle continuera

34 CHAPITUE II.

d'exister après notre sensation , qu'elle est la cause de notre sensation. Pourquoi ces jugements? L'homme l'ignore. La science les constate et ne les explique pas. Ils contiennent deux sortes d'i'iées : celles de solidité et d'étendue, qui ont pour première et pour unique source notre communication avec le dehors ; celles de substance, de cause et de durée, qui ont pour première et pour unique source notre communication avec nous-mêmes : car, apercevant en nous la substance, la cause, la durée, nous les transportons dans le dehors par une induction involontaire et inexplicable, et nous constituons par elles le monde matériel*. Ainsi définie, la perception extérieure devient certaine, parce qu'elle est naturelle et forcée. Impérieuse et spontanée comme les connaissances de la raison et de la conscience, elle est digne de foi comme les connaissances de la raison et de la conscience. Ayant les mêmes effets et la même nature, elle la même autorité et les mêmes droits. Des juge

Page 1