Cours de droit naturel, p
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le sa morale. Beaucoup de gens qui ont réfuté 1'^hique auraient bien fait de Timiter. Quant aux exiursions allemandes, aux importations deSchelling, i la fabrication de l'absolu, de l'ontologie et de la ^aison impersonnelle, il ne s'y fiait guère. Appuyé ;ur ses chers Écossais, surtout sur lui-même, il îssayait de fonder la science, et laissait son rival nstallé sur le trône amasser des nuages et em- )runter des rayons.
Il s'est trompé pourtant, et plus d'une fois. Queljue effort que fasse un homme, il ne peut parcou- 'ir qu'un certain espace ; si les circonstances l'ont léposé à l'entrée de la carrière, il n'atteint que la )remière borne; pour qu'il touche le terme, il aut que d'elles-mêmes elles l'aient porté jusqu'au nilieu. M. Jouffroy à vingt ans était encore chréien; il dépensa toute sa force à établir le système ju'on construit en sortant du christianisme, celui lu Vicaire savoyard. Sur vingt hommes qui pen- ;ent, il y en a dix-neuf qui, en quittant leur religion d'enfance, tombent dans cette philosophie; îlle n'est qu'un christianisme tempéré et amoin- Iri; c'est pourquoi elle devait être la philosophie le M. Jouffroy. Il avait beau retenir son cœur, il { était mené de force; s'il empruntait à sa* méthode et à ses preuves des raisons de croire, sa croyance venait de ses souvenirs et de ses aspirations. Aujourd'hui, cet^? source est visible; on
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la découvre* dans le choix et dans l'énoncé des questions par lesquelles il débutait et qu'il embrassait de toute son âme: à la manière dont elles sont posées, on s'aperçoit qu'elles sont résolues d'avance. Involontairement il faisait comme Descartes : il s'attachait aux pieds, comme des entraves, la méthode et les règles philosophiques; mais il tenait ses yeux fixés sur un but unique, et n'allait que là. En vérité, nous sommes encore au moyen âge; nous imitons saint Anselme, avec un peu moins de timidité et un peu plus d'indépendance; nous ne cherchons comme lui qua prouver un dogme préconçu. Les Méditations, le Vicaire savoyard, et les Théodicées modernes, ne font que traduire pour un autre siècle et dans un autre style le Monologium et le Proslogium du vieil archevêque. La philosophie est toujours la fille de la religion, fille indisciplinée, qui parfois bat sa mère, mais qui finit par la servir.
Déjà arrêté par les circonstances, il était encore gêné par un défaut. Son esprit, quoique profond, perçant et sensé, n'était point complet. Il ignorait l'analyse. Comme M. de Biran, comme M. Cousin, comme tous les philosophes du siècle, il se tenait continuellement guindé dans le style abstrait et vague. Il n'aimait pas les exemples par-
î. Nouveaux mélanges, p. 144.
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ticuliers, les cas précis, les petits faits distincts, 5'il savait en théorie que nous en tirons nos idées générales, il l'oubliait en pratique. Il ne réduisa t Doint les grands mots métaphysiques aux expressions simples et familières qui les éclaircissent. es rendent palpables et permettent à l'esprit d'en lémêler la vérité ou l'erreur. D'ailleurs, par méier peut-être, il y répugnait. L'habitude de proesser donne une attitude solennelle, et rien de dIus solennel que les termes abstraits. M. Joufroy avait trop de gravité dans le style; à force l'être digne, il devenait monotone. Cette emphase ;t ces abstractions l'empêchaient d'atteindre l'ex- )ression exacte. Il pensait avec précis'on et ne jouvait rendre avec précision sa pensée. « Je soufre, disait-il, toutes les fois que je suis obligé de raduire en paroles des phénomènes intérieurs : es expressions de la langue suggèrent à l'esprit les images qui ressemblent si peu aux phénomènes lue sent la conscience, que de telles descriptions ont toujours pitié à ceux qui les donnent*. » Les grands romanciers donnent des descriptions aussi iifficiles que celles des psychologues, et néanmoins rès-claires ; c'est qu'ils les composent de petits aits*. Mais comment voulez-vous qu'on aperçoive
1. CoursdedroH namrcl, p. 92. Lire, par exemple, la deuxième ;l la troisième leçon, et en regard, Bcyle, Lectres, tome II, p. 81
2. Tous les romans de Beyle, entre autres Le Uouge et le Noir.
l'être vivant et ses actions sous cette carapace de barbarismes hérissés et soudés? « Il y a ce rapport c entre ce qui est nous et ce qui se passe en nous, I que ce qui se passe en nous ne subsiste que par « nous, tandis que nous pourrions subsister sans a lui. A ces propriétés opposées, nous reconnaissons * dans Téiément variable du monde interne leca- <r ractère de phénoménalitè, et dans l'élément in- « variable le caractère de réalité^ » Gorgibus dirait que c'est là du haut style. Et que dirait-il de ceci? a Si la sensibilité avait le pouvoir comme elle a « le désir, il ne lui resterait plus qu'à les satisfaire « l'un par l'autre. Mais en nous l'accomplissement « n'appartient pas à la sensibilité; il est entre les « mains de la volonté*.» Fallait-il ce ton magistral et cet appareil psychologique pour nous apprendre cette chose si simple, que pour ajzir il ne suffit pas de désirer, il faut encore vouloir? Le célèbre morceau sur le pouvoir personnel ne renferme pas un seul fait; c'est un tissu de considérations générales, de métaphores, d'abstractions qui agissent et finissent par devenir des êtres et des personnes. On y voit des capacités, des facultés, des propriétés, un pouvoir gouvernemental, des pouvoirs exécutifs, une sensibiHté, une activité locomotrice, et jamais d'événements observés,