Ibid., p
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ni observables. On y lit l'histoire d'une circonstance mal déterminée, désignée par une métaphore poétique, et nommée empire de soi, possession de 5oi, et on n'y lit rien autre chose. Est-il étonnant que l'écrivain ne reconnût pas le monde intérieur dans le tableau qu'il en faisait, lors ju'il rt-lisait cette phrase : « Nos facultés sont tout à or fait sous l'impulsion des mobiles ou tendances a de notre nature, qui réclament certains objets, « aspirent à certaines fins, poussent nos facultés •« dans la direction qu'elles veulent, sans que nous 0 intervenions, nous, pour empêcher cette direction « ou la rectifier'. » Ou'entenJ-on par des facultés qui veulent? qu'est-ce qu'une faculté poussée par une tendance? Quel est ce nous qui intervient en nous-mêmes, et qui est distinct des tendances et des facultés? Gomment peindre le monde intérieur, qui est composé de faits, en évitant de marquer les faits? Qui le découvre h travers ces expressions si générales, tirées péniblement des faits par tant d'intermédiaires? Qui peut remonter d'un coup d'oeil la chaîne des opérations qui les ont formées? Qui surtout la remontera à travers tant d'anneaux brisés, de fautes de langue, de termes impropres ou obscurs? Priez un grammairien d'examiner ces mots : Faits moraux de la nature
1. CiAirs de droit naturel^ p. 74. Tout le reste est du mêma ilyle
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humaine, capacité sensible, personnalité qui ne gou^ verne plus, pouvoir qui garde la vertu de faire; il n'y trouvera que des monstres. Prises à la lettre. ces expressions sont des monceaux de contradic-É tions et de non-sens. Parfois même l'absurdité pénètre, par contagion, des mots jusqu'à l'idée : « Les capacités de l'arbre ne lui appartiennent pas, et ce qu'elles produisent ne saurait lui être attribué*. » Est-il possible qu'un homme ait écrit cette phrase? Et surtout, est-il possible que cet homme soit M. Jouffroy? — Ces fautes découvrent une dernière habitude de son esprit, et achèvent son portrait. Il n'était point de ceux qui marchent droit au but, d'un élan géométrique ou inflexible, pour s'asseoir du premier coup dans la formule unique et dans l'expression définitive. Il s'attardait en chemin, il tentait diverses voies, il jetait vingt fois les yeux autour de lui, il n'avançait que par zigzags. Il distinguait, il divisait, il expliquait, il avertissait, il se précautionnait sans cesse. Son Cours de droit naturel contient deux volunnes et demi de réfutations et de préambules. Son Esthétique, avant de définir le beau, dépense un demivolume sur des beautés qui ne sont pas la vraie beauté, et n'en omet pas une seule. Son Mémoire sur Vorganisalion de la philosophie^ sa préface des
î. Mélanges, p. 316.
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œuvres de Reid, son écrit sur la distinction de la physiologie et de la psychologie, exposent à l'infini, avec une multitude d'accessoires et de dépendances, des idées qui eussent été au large en cinquante pages. Il en dit tant qu'on n'est jamais tenté de Je relire. C'est un esprit touffu, que ses ramifications trop nombreuses ont empêché de pousser assez droit et assez haut.
Il n'en reste pas moins parmi les maîtres : et lorsqu'on considère sa puissance d'investigation et de raisonnement, l'étendue et la liaison de ses idées, la prudence et la hardiesse de ses tentatives, et surtout l'originalité de ses vues, on juge que parmi les maîtres son rang n'est pas le dernier. Il a inventé, et cela suffit. Dans toutes les autres sciences, le savant continue l'œuvre de ses prédécesseurs; en philosophie, il crée tout lui-même. Qu'il échoue ou qu'il réussisse, il a soulevé toute la science, et il a prouvé souvent plus de génie que le physicien le plus adroit et le plus heureux. Pour employer les images de M. Jouffroy, je dirai que cette différence entre les esprits d'un siècle est comme la différence des arbres dans une forêt. Les uns, plantés au sommet des collines, sont exhaussés par le sol; tout Thiver, ils chauffent les habitants de leurs débris; tout l'été, ils sont peuplés d'oiseaux; seuls, on les voit de loin; seuls, il sont vivants et utiles. Descendez dans les pro-
fondes vallées, dans les longues fondrières obscures, où le limon déposé par les eaux nourrit des futaies antiques : les superbes chênes montent vers le ciel d'un élan inflexible, et leur colonne grise descend droit jusqu'aux entrailles du sol, comme enfoncée par la main d'un géant. Nul mouvement, nul bruit; les agitations des sommets n'arrivent point jusqu'à la terre. On marche silencieusement sur un tapis de feuilles flétries ; le sol est nu; à peine de loin en loin on distingue quelque euphorbe maladif, quelque broussaill-:! rampante. Les hêtres tolossau^ laissent tomber leurs branches en étages; les nappes de rayons descendent en cascades sur leurs feuilles luisantes, et l'on voit onduler sur la mousse la foi me incertaine des feuillages qui se balancent lentemen dans les hauteurs. Regardez de près : ces dominateurs du sol sont tous blessés à la base; le mal a rongé leurs pieds ; l'eau s'infiltre à travers leur écorce. Les uns vont mourir; les autres meurent. Inutiles, condamnés, inconnus dans leur gorge; abaissés au-dessous de la joyeuse végétation des collines, ils n'en forment pas moins un monde; et quand de vos bras étendus vous en mesurez quelqu'un, fût-ce le plus maladcî, vous trouvez que leurs florissants rivaux sont petits.
M. Jouiïroy dit quelque part et prouve partout « qu'il avait à un assez haut degré le sens psychologique, et une grande inclination pour la science des faits intérieurs \ ^ Rien de plus naturel que ce goût dans un homme intérieur. Habitué à vivre en lui-même, les événements qui l'intéressent sont les événements de son âme ; les révolutions qui le frappent sont les variations de sa pensée; les mécanismes qui l'amusent sont les contre-coups de ses passions. Si la philosophie de l'âme est antique