‹ Les philosophes classiques du XIXe siècle en FranceChapitre 41 sur 54 · Voy. chapi'.rc ii · texte numérisé non relu

Voy. chapi'.rc ii

inaisons, tous les objets sensibles, sont des fan tomes de notre cerveau, lesquels corresponde! «-ordinairement à des objets réels. Le maître d philosophie de M. Jourdain ne disait rien de sem blable, et, si la psychologie avait sur toutes le questions une réponse pareille et prouvée, elle n< serait pas méprisée. Allez plus loin : percez un» seconde enveloppe; remarquez que ce que nou appelons une hallucination, une vision, une reprc sentation, est une apparence et une apparent fausse; que lorsque nous nous figurons une mai son, il n'y a rien dans notre esprit ni dans notn cervelle qui ressemble à la maison; que cependan cette image remplace si bien la maison, que d;m. la rêverie ou dans le sommeil nous la prenon; pour la maison elle-même; vous conclurez qu'il ^ a en vous quelque modification ou opéiation in connue, ayant la propriété de vous faire illusion de vous paraître extérieure, quoiqu'elle soit intérieure, d'être confondue avec la maison physique et matérielle, quoiqu'elle n'ait rien peut-être d( physique et de matériel. Voilà un fait nouveau non connu, mais prouvé, non défini, mais con staté. Vous avez traversé une seconde apparence vous venez de franchir la seconde porte, laissan! le vulgaire à l'entrée; définissez ce fait découvert et le vulgaire n'aura plus le droit de vous appelei •impuissant. C'est que vous avez imité le natura-

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liste dans sa marche et dans ses découvertes. Au premier instant il disait comme le vulgaire, que l'homme ayant mangé et ayant la faculté de digérer, digère; au premier instant vous disiez, comme le vulgaire, que l'homme ayant senti et ayant la faculté d'apercevoir, aperçoit. Au second instant, ayant ouvert l'estomac, il remarquait que la digestion est une dissolution des aliments ; au second instant, décomposant la perception, vous avez remarqué que la perception est une hallucination vraie. Au dernier instant, ayant pratiqué des digestions artificielles, il a observé qu'elles sont une fermentation chimique des aliments imprégnés par le suc gastrique; au dernier instant, ayant observé des hallucinations et des représentations choisies, vous avez conclu qu'elles sont les apparences fausses d'un fait inconnu que vous constatez et que vous cherchez à définir. Le physiologiste n'a point achevé sa tâche; vous n'avez point achevé la vôtre. 11 n'a pas encore trouvé le fait primitif qui constitue la digestion ; vous n'avez pas encore trouvé le fait primitif qui constitue la perception. Mais tous deux vous avez obtenu de vraies découvertes, et tous deux vous avez suivi la vraie méthode. Tous deux vous avez cherché un tait caché sous un fait apparent, un fait indécomposable sous un fait déf^omposable. Tous deux vous avez pratiqué l'analyse. Tous deux vous avez né-

gligé la recherche scolastique de facultés inutiles. En psychologie, conime en physiologie, comme en chimie, comme partout, trouver Tessence, c'est ramener un fait aux faits qui le composent et auxquels il se réduit.

Restent les causes. Lorsque Reid, ayant décrit l'émulation et Tenvie, les explique par un penchant naturel qui rend pénible à l'homme la supériorité d'autrui, nous nous jugeons aussi avancés qu'avant d'ouvrir son livre. C'est dire que l'homme éprouve ces émotions parce qu'il les éprouve- et nous trouvons qu'on eût pu se dispenser de cette axplication. Au lieu de recourir à un penchant, cherchons un fait. Remarquons avec Spinoza * qu'imaginer un bien c'est le désirer^ que voir ce bien possédé par un autre c'est souffrir, que, par une illusion d'imagination, le possesseur nous semble l'accapareur de ce bien et l'auteur de notre souffrance. La cause est trouvée ; le sentiment d'envie, qui est un fait, se trouve dérivé d'un autre fait, qui est l'illusion d'optique. Ramenez ainsi tous les plaisirs, tout' s les peines et tous les désirs à quelque fait observable et unique ; vous aurez expliqué le cœur de l'homme, et vous aurez fait une œuvre de science. Gela est si vrai, que le célèbre physiologiste Miieller a transcrit le troisième

l. Éthique, livre III, Prop. 2%.

livre de X Éthique^ disant que l'explication y est entière, et qu'il n'y a plus rien à chercher sur ces questions-là. C'est que votre but et votre marche auront été les mêmes que ceux des sciences positives. Étant donnés l'ascension des ballons, l'élévation de la colonne barométrique, le glissement de l'eau sur les plans inclinés, le physicien ne les explique point par une force d'ascension, par une horreur du vide, par une force d'inclinaison, mais par un fait observable, la chute des corps pesants. Étant donnés la sympathie, l'égoïsme, la vertu, l'amour, l'ambition, la crainte et toutes les passions, Spinoza les explique non par une liste d'inclinaisons primitives, mais par ce fait que la joie est un accroissement d'action et de perfection. Nous voulons donc que la psychologie imite les sciences naturelles dans la recherche de l'essence comme dans la recherche des causes, qu'elle travaille à découvrir non la substance imaginaire et invisible, mais les faits primitifs auxquels se réduisent les autres; non les facultés imaginaires et inutiles, mais les faits généraux d'où se déduisent les autres. Ce n'est pas assez d'imposer avec vous à la psychologie l'observation et l'induction , à l'exemple des sciences physiques ; il faut encore, malgré vous, la renfermer dans l'étude des faits, seules choses réelles, à l'exemple des sciences physiques. Ce n'est pas assez de lui donner sa mé-

thode; il faut encore lui fixer sa matière. Ce n'est pas assez de lui fournir sa lumière ; il faut encore l'appliquer sur son objet. Avec un grand talent de psychologue, un zèle admirable, des précautions passionnées, de belles découvertes partielles, vous étiez homme. Faute de précision, vos descriptions sont restées inexactes. Votre psychologie i^'est égarée dans une métaphysique oiseuse, parmi des recherches imaginaires. Vous n'avez laissé dans la science que des constructions chancelantes, incomplètes et provisoires, et dans le monde qu'un long souvenir de sympathie et d'admiration. »

Si l'habitude de la réflt^xion conduit Thomme intérieur dans la psychologie, elle l'en ôte bientôt pour l'enfermer dans la morale. Qui suis-je? question curieuse. Que dois-je faire, et que deviendrai-je? question terrible. Le cœur se trouble en l'écoutant, plus que tout autre le cœur imbu de la pensée du salut et des souvenirs du christianisme. Il faut un aliment à ces âmes ardentes, et leur passion ne se rassasie que dans la contemplation anxieuse du devoir et de l'éternité.

La grande affaire de M. Jouffroy fut la connaissance de la destinée humaine; il la donna [.xourhuL

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à là philosophie* ; pour lui les autres recherches ne furent que l'entrée de ce'le-là. Avec quelle émotion douloureuse il la tentait, ses paroles seules peuvent le dire*. Il parcourut l'univers, la science et la vie, moritrant que tout spectacle, tout événement et toute pensée y ramènent l'homme, qu'elle est l'œuvre, non d'une curiosité tranquille, mais d'un besoin impérieux et âpre, qu'elle n'est point un divertissement de l'esprit, mais la vraie et la première nourriture du cœur. Dès l'abord, le premier essai du bonheur nous y précipite. « Car à peine obtenu, ce bonheur, si ardemment, si uniquement désiré, effraye l'âme de son insuffisance; en vain elle s'épuise à y chercher ce qu'elle avait rêvé; cette recherche même le flétrit et le décolore ; ce qu'il paraissait, il ne l'est point; ce qu'il promettait, il ne le tient pas : tout le bonheur que la vie pouvait donner est venu, et le désir du bonheur n'est point éteint. Le bonheur est donc une ombre, la vie une déception, nos désirs un piège trompeur. Ici la nature même des choses est convaincue de méchanceté; le cœur de l'homme et toutes les félicités de la vie mis en présence, le cœur de l'homme n'est point satisfait. » De là un découragement profond, un désen-

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