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spectacle d'une telle beauté que cette vue jettera notre âme dans une éternelle extase et que toutes nos puissances, élevées et agrandies suffiront à peine à contenir les torrents d'une béatitude illimitée.
Cette doctrine ne s'harmonise-t-elle pas merveilleusement avec les tendances de la nature humaine ? Quel objet plus noble que Dieu peat-on offrir aux contemplations de la raison toujours inquiète, toujours avide et tourmentée du désir de promener ses regards sur des horizons dont les perspectives reculent à l'infini. Le cœur tressaille à l'espérance d'une félicité sans bornes, et les brises du ciel, en lui apportant les parfums de la patrie, lui font oublier, pour un moment, les larmes et les douleurs de l'exil. N'arrachons pas à l'homme une doctrine qui le fait si grand et qui lui promet de le rendre si heureux. Quand même elle ne serait qu'un beau rêve il faudrait la respecter. Mais non, elle n*est pas un rêve, les secrets pressentiments de notre âm^ ne nous trompent pas et, appuyé sur une force dont les philosophes ne soupçonnent pas l'énergie, notre esprit se repose dans cette espérance avec une inébranlable certitude.
Voilà la destinée de la vie humaine ; elle ne consiste ni dans la pratique de la vertu ni dans des contentements médiocres ; nous
sommes faits pour être heureux et pour goûter, dans la contemplation de Dieu, un bonheur qui apaisera enfin notre soif de jouissances infinies.
Les deux derniers chapitres du livre de M. Taine sont consacrés à la méthode. L'auteur tient la méthode analytique en grande estime et il a mille fois raison. L'analyse, c'est-à-dire l'étude minutieuse, attentive, aussi exacte que possible des faits, est la condition sine quâ non d'une science vraie. Nous ne pouvons pas construire à priori l'édifice scientifique, il est tel qu'il est en lui-même et non tel que nous l'imaginons. Quand, par exemple, je veux savoir comment s'engendrent les idées, au lieu de partir d'un principe à priori, j'ai recours à l'expérience et je cherche à surprendre le fait. Je le regarde d'aussi près que possible et je m'efforce de démêler les éléments qui ont concouru à le produire, les circonstances dans lesquelles il se présente, les caractères dont il est revêtu, en un mot, je l'analyse. Cette méthode est indispensable, et, bien conduite, elle amène à d'excellents résultats. Mais arrivé à ce point, la raison ne s'en tient pas là, elle éprouve l'irrésistible désir de généraliser, de rattacher autour d'un
centre commun plusieurs faits du même genre et d'élargir le cercle d'une connaissance trop restremte. Si j'apporte dans ce second travail l'attention que j'ai déployée dans le premier, j'acquiers une vue d'ensenible et je puis espérer de ne pas me tromper : ce second travail s'appelle la synthèse. Mais, soit par l'analyse, soit par la synthèse, je constate, dans tous les objets que j'étudie, « un artifice infini », — « un plan savant* » dont je trouve partout les traces. Si l'artifice est infini, c'est qu'il y a évidemment quelque part un grand artiste; si le plan est savant, c'est qu'il a été conçu par un architecte. Ce grand artiste, que M. Taine place « au suprême sommet des choses, au « plus haut de l'éther lumineux et accessible », il lui donne un nom étrange, il l'appelle « l'axiome éternel ?. » Pour nous, ce nom est froid et décoloré comme ces sommets d'où la vie s'est retirée, où le cœur de Thomme cesse de battre; et cependant ces sonimets nous plaisent, leur lumière nous éblouit et nous attire, mais, pour y respirer à l'aise et pour que la hauteur ne nous donne pas le vertige, nous aimons à prononcer un nom qui nous rassure et qui nous console : Notre Père, qui êtes dans les cieux !