‹ Les philosophes contemporains IChapitre 112 sur 244 · Page · texte numérisé non relu

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« nous n'avons pas la puissance. Quoi « de plus simple î Quoi de plus naturel « même? » Ce n'est pas aussi simple que M. Taine veut bien le dire, car d'où vient la tendance vers des biens infinis, si nous n'avons pas la puissance de les atteindre ? De deux choses Tune : ou bien l'homme se constitue son propre bourreau et se forge, en pure perte, des aspirations qui le tournientent, ou bien il est dominé par une fatalité inexorable qui se joue de lui et se rit des larmes. Voilà l'alternative et elle n'est pas très simple. Ce n'est pas non plus très naturel. Il est en effet contraire à la nature de se résigner à des misères sans nombre et à des contentements médiocres, car la nature, et ici rien ne peut étouffer sa voix, ne se résigne pas à des misères et n'en a pas assez des contentements médiocres. « Quatre-vingt dix-neuf hommes sur cent se résignent, » dit M. Taine (ibid). 11 met du nombre, sans doute, ce magistrat de province qui, pour une poularde, donnait l'infini, le fini et leur rapport, mais n'y eut-il qu'un homme non résigné, il serait un problème inexplicable. M. Taine avoue qu'il y en a quatre-vingt-dix-neuf sur cent. Que deviendront tous ces révoltés ? « Si belles « qu'on les fasse, les vies futures, notre cœur « serait insatiable, puisque c'est la perfection

« qu'il réclame, et qu'à moins d'être Dieu, il <c ne serait pas satisfait ^ »

Au risque d'étonner M. Taine par Taudace de nos affirmations, nous lui dirons qu'une certaine doctrine a une si haute idée de la dignité de la nature humaine, qu'elle lui assigne une destinée que la raison éblouie entrevoit au-dessus de nos aspirations vers une science, un amour, une puissance infinis et qui laisse tomber un rayon du ciel sur les misères sans nombre auxquelles nous sommes maintenant condamnés. Cette doctrine ne dort pas « dans les in-folios du moyen âge'^ », elle est vivante aujourd'hui comme au temps de saint Thomas d'Aquin, elle console bien des âmes accablées et elle leur donne une goutte de joie pure au fond du calice amer où flottent les tristesses et les désenchantements de la vie. Cette doctrine nous enseigne que la vie future est si belle et que la destinée humaine est si radieuse, que nous deviendrons, non pas des dieux, mais en quelque sorte semblables à Dieu par la contemplation de son essence infinie, que Dieu éclairera notre intelligence d'une lumière nouvelle pour lui donner la force de regarder face à face un

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