‹ Les philosophes contemporains IChapitre 129 sur 244 · Pages · texte numérisé non relu

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d'êtres conduits vers un but? Si la nature n'a pas eu pour but le vol de Toiseau, pourquoi lui a-t-elle donné des ailes? Comment une force mécanique aveugle a-t-elle pu disposer les molécules de matière qui constituent le cerveau et qui l'harmonisent avec les exigences de la pensée? Supposons une force aveugle agitant dans tous les sens les vingt-quatre lettres de l'alphabet, cette agitation produirat-elle V Iliade? Or, dans l'hypothèse du mécanisme, la force aveugle devrait produire, non seulement le phénomène de la combinaison matérielle de tous les vers de VIliade, mais encore, ce qui est bien plus inexplicable, l'instrument (le cerveau) qui a concouru à la créatiçn du poème. Des millions de combinaisons possibles entre les vingt-quatre lettres de l'alphabet, la force aveugle trouvera juste celle qui constitue l'œuvre d'Homère 1 II faut avouer que cette force n'est pas aussi aveugle qu'on le dit.

M. P. Janet distingue très sagement la finalité externe et la finalité interne^ et il fait remarquer que l'une est la réciproque de l'autre'. L'être organisé, en effet, ne se suffit pas à lui-même, il a besoin, pour vivre et se conserver, que d'autres êtres aient été faits pour lui. Si la nature a voulu les herbivores, elle a

dû vouloir aussi Therbe qui leur est néces-. saire. Le cheval a été fait pour manger de rherbe et, réciproquement, Therbe a été faite pour être mangée par le cheval. La fin individuelle d'un être est la finalité interne, la fin relative d'un être fait pour un autre est la finalité externe.

Tout à l'heure nous avons supposé l'absence de finalité dans les êtres soumis aux lois de la géométrie et delà mécanique. Revenons-y, maintenant, car cette concession n'était pas même passagère.

On se tromperait étrangement si on s'imaginait que la formation des métaux en figures géométriques est explicable par la seule régularité inflexible de la géométrie. Les molécules s'agglomèrent pour former un tétraède, par exemple : on constate que chaque molécule présente la même forme que le tout, c'est très bien, mais quelle raison ont eu les molécules d'adopter cette forme plutôt qu'une infinité d'autres combinaisons produisant une figure irrégulière ?

La molécule, en effet, est, en elle-même, indifférente à telle ou telle disposition ; si donc elle s'arrange de façon à réaliser une figure géométrique, c'est qu'évidemment cette régularité a une cause. Ne dites pas que les lois de la géométrie sont fatales, elles ne le sont que,

les figures étant données, mais il n'est nullement nécessaire que telle ou telle figure soit donnée. « Il faut donc admettre « une nature géomètre, comme une nature « artiste, comme une nature industrieuse ; <( et ainsi nous retrouvons dans la nature « tous les modes de TactivitQ intellec- « tuelle de l'homme. De même que M. Cl. <( Bernard admet, dans l'être organisé, un « dessin vitale de même il y a, en quelque « sorte, un dessin cristalliqucy une architec- « ture minérale, une idée directrice de Té voce lution chimique. L'élément physique, « comme tel, ne contient absolument rien -« qui explique cette faculté d^obéir à un « plan*. ))

La mécanique céleste nous conduit à la même conclusion. D'après l'hypothèse de Laplace, les astres, aujourd'hui séparés, ne seraient que des débris d'une nébuleuse primitive. Comment ces débris se sont-ils agencés de manière à former le systàpie actuel ? Comment les forces qui dirigent les mondes les tiennent-ils dans cette proportion, dans cette harmonie merveilleuse, si ce ne sont que des forces aveugles ? Si vous n'admettez pas une main qui guide les étoiles, comment expliquerez-vous que le chaos ne^ soit pas la seule

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