Dialogues philosophiques y préface
en aucune manière. Il est plus aisé de démêler la parcelle de vérité contenue dans la prière. D'abord, elle n'est pas toujours intéressée, puisqu'elle comprend tous les mouvements de l'âme vers Dieu, et, même lorsqu'elle affecte la forme particulière de la demande, elle est absolument vraie, car elle n'est que Taveu de la faiblesse de l'homme et de la toute-puissance de Dieu. Les sentiments religieux de M. Renan spnt donc sujets à caution et, malgré l'avis de M. Caro, nous ne croyons pas qu'ils suffisent pour mettre ses écrits hors de pair*.
Quand un homme prend des airs hautains et qu'il vous traite avec un mépris qu'il ne prend nul soin de déguiser, quand il se donne des titres de noblesse intellectuelle qu'il montre à tout venant avec la conviction de son écrasante supériorité; cette adoration perpétuelle de soi-même a le don d'agacer le vulgaire. Que M. Renan ait une haute idée de sa valeur, soit; mais ne Texagère-t-il pas en disant (( qu'il a vu à peu près ce que l'esprit
1. Dans un autre passage, M. Tîcnan accepte la prière « comme hymne mystique », mais il la répudie comme demande^ et il l'explique en homme qui a oublié les leçons de ses pieux maîtres, — M. Ferdinand Brunctière émet aussi des doutes sur les sentiments religieux de M. Renan (Voir la Revue des Deux Mondes j 1" février 1882,
« humain, au moment de son développement, « peut apercevoir de vérité^? » Cet à peuplées est charmant; M. Renan sait tout ou peu s'en faut. Il nie la Providence pour le commun des mortels, mais il est tenté de croire à une Providence spéciale qui ne s'occupe que de lui : « La Providence individuelle, comme on l'enc< tendait autrefois, n'a jamais été prouvée par « un fait caractérisé. Sans cela, certainement, « je m'inclinerais reconnaissant devant des « concours de circonstances où un\ esprit, ce moins dominé que le mien par les raison- « nements généraux, verrait les traces d'une . « protection particulière de dieux bienveil- « lants. Les hasards qu'il faut pour amener « un terne ou un quaterne ne sont rien au- « près de ce qu'il a fallu pour que la combi- « naison dont je touche les fruits ne fût pas
ce dérangée Le déplacement d'un atome
« rompait la chaîne de faits fortuits qui, au <c fond de la Bretagne, me prépara pour « une vie d'élite^. » Les dieux ne sont donc bienveillants qu'à l'égard de M. Renan ; le reste du genre humain les touche peu et les hommes ont partagé la bienveillance des dieux pour l'être privilégié entre tous