Ibid
il se rend à Venise où, en compagnie de Byron, il mène une vie qui ne rappelle en rien les austérités de la Trappe.
Il appelle à grands cris la mort sur la tête des autres et il leur enseigne philosophiquement à ne pas la redouter, mais pour lui, il en a une peur effroyable. Il s'était astreint à un régime qui, d'après ses calculs, devait le conduire jusqu'à cent ans*; il se trompa; on n'est pas infaillible. Il est touchant de savoir que ce désespéré se levait régulièrement à huit heures, s'épongeait à l'anglaise, préparait son café, se mettait au travail pour jouer ensuite un petit air de flûte.
Quand le choléra éclata à Berlin en 1 83 1, il se. sauva à toutes jambes. Mais en i8i3 il avait eu un élan de patriotisme héroïque ; les clairons qui retentissaient dans toute l'Europe réveillèrent en lui l'amour de la patrie et il résolut d'aller se faire tuer par procuration. Il acheta un sabre d'honneur à un de ses camarades, et il paya un uniforme au lieutenant Helmholtz dont la vie était bien moins précieuse que la sienne. Que le lieutenant se fit casser la tête, la perte n'était pas irréparable, mais Schopenhauer avait mission d'éclairer le monde en méditant tranquille-