‹ Les philosophes contemporains IChapitre 210 sur 244 · Foucher de Careil : Hegel et Schopenhauer, p · texte numérisé non relu

Foucher de Careil : Hegel et Schopenhauer, p

2. Nous reconnaissons volontiers que l'exposition de Schopenhauer est plus claire que celles des philosophes que nous venons de nommer, mais cette clarté allemande est mêlée de beaucoup d'ombres qui rendent la lecture de son livre peu attrayante pour les compatriotes de Bossuet.

d'être dupé. Qu'on présente une doctrine simple, vraie, démontrée ; une exposition claire de ces données du sens commun qui sont la partie la plus précieuse de notre patrimoine intellectuel, aussitôt on est en garde et on se défie. On soulève des objections, on cherche le côté faible, on hésite à accepter un système qui explique ce que tout le monde pense implicitement; mais, au contraire, que Ton hasarde une proposition extravagante en ayant soin de l'envelopper de mots prétentieux, détournés de leurs sens vulgaires et difficiles à comprendre, immédiatement l'extravagance passe pour de la hardiesse et l'obscurité pour de la profondeur !

Cette disposition est, en philosophie, aussi déplorable que le serait, en littérature, le goût dépravé d'un homme qui préférerait le style décadent à une lettre de M™** de Sevigne.

Dès V iT^troductiojî Schopenhauer nous avertit charitablement que la lecture de son livre est lourde et pénible, car il nous donne de nombreuses indications pour que nous en puissions pénétrer le sens profond. Le premier conseil, <c c'est de lire le livre deux fois, la

première avec beaucoup de patience*. » Le conseil est excellent, oui, il faut de la patience. Mais au moins, avec beaucoup de patience, pouvons-nous espérer d'avoir compris à la première lecture? Il n'est pas probable, car l'auteur nous apprend « qu'à la seconde fois « bien des choses, et toutes peut-être, appa- « raîtront sous un jour absolument nouveau. » Cette déclaration est grave, car si, à la seconde lecture, tout nous apparaît sous un jour absolument nouveau, c'est que, la première ne nous aura pas appris grand'chose. Mais alors qui nous garantira que la seconde a été plus féconde que la première ? Il faudra recommencer une troisième fois : on voit que Schopenhauer se propose de mettre notre patience à une rude épreuve. Armons-nous donc de patience et ouvrons le livre, dont le titre : le Monde comme volonté et comme repi^ésentatioHy n'est pas d'une excessive clarté.

Qu'est-ce que le monde, se demande Schopenhauer? Et il répond sans sourciller : le monde est deux choses, ma représentation d'abord, ma volonté ensuite, et il ajoute que cette seconde vérité est « austère, bien propre <( à faire réfléchir l'homme sinon à le faire « trembler 2». Cette vérité^ en effet, me rend

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