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pensif: songez donc ! le monde est ma volonté. Est-ce ma volonté qui gouverne le monde ? Mais alors quelle responsabilité ! Est-ce ma volonté qui a fait le monde? Quelle grandeur ! Ma volonté et le monde sont-ils une seule et même chose î Je ne le savais pas, mais depuis que Schopenhauer me Ta appris, je tremble.

Etudions le monde d'abord comme représentation , c'est-à-dire comme « propriété qu'il possède d'être pensé* ». En français, ceci veut dire, que lorsque je vois un objet j'en ai l'idée (la représentation) et que, si j'étais anéanti, mon idée le serait avec moi. Non, soutient Schopenhauer, ce n'est pas seulement l'idée qui serait détruite, l'objet lui-même le serait du même coup, car l'objet (le monde) n'est qu'idée, c'est-à-dire que représentation.

C'est ce qu'il faudrait démontrer : mais Schopenhauer suppose que son affirmation a l'évidence d'un premier principe et que, par conséquent, elle n'a pas besoin de preuves, car un objet qui existerait en soi et qui ne serait ni représentation ni volonté « est une pure chimère, un feu follet ».

La pensée de Schopenhauer sur la réalité du monde flotte entre l'idéalisme radical de

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Berkeley et Tidéalisme mitigé de Kant ; cependant, après avoir lu les textes avec la plus sérieuse attention et, en particulier, le supplément au livre premier, nous sommes convaincu que c'est Berkeley qui l'emporte.

Le véritable but de la philosophie, dit Schopenhauer^, est de connaître ce qu'est le monde; elle ne s'inquiète pas de savoir d'où il vient, où il va, pourquoi il est; elle ne se demande qu'une chose, qu'est-il ? C'est restreindre singulièrement le domaine de la philosophie, mais passons. Qu'est-ce donc que le monde î a-t-il une réalité propre, indépendante du sujet? Non, d'après Schopenhauer: « aucun objet, dit-il 2, à moins de contradiction, ne saurait être conçu sans un sujet, on doit refuser, par suite, aux dogmatiques la possibilité même de la réalité qu'ils attribuent au monde extérieur, fondée, selon eux, sur son indépendance à l'égard du sujet. »

Il y a contradiction à supposer un objet connu sans un sujet connaissant ^ cela est parfaitement vrai, mais la question est de savoir si l'objet existe en /w/-meme, indépendamment

1 . Cité par M. Th. Ribot : la Philosophie de Schopenhauer, 3* édition, page 30.

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