LE MORALISTE
Dans le superbe discours qu'il prononça à r Académie française, le 3i mars 1887, M. Alexandre Dumas, après avoir rendu un juste hommage au prodigieux talent de Victor Hugo, dont « les vers, à la seule évocation « de son nom, s'allument dans notre mémoire « et s'élancent jusqu'au ciel en gerbes de feu <( de toutes les couleurs », nous donne une explication très simple des opinions religieuses et politiques du grand poète. Il le montre d'abord ayant « l'idée fixe d'être le « plus grand homme de tous les pays et de « tous les temps ». Cette idée fixe devait se heurter naturellement à deux hommes qui,
par leur situation même, arrêtaient l'ascension du génie vers les sommets.
Il serait toujours resté royaliste et catholique « s*il avait pu arriver à être roi et pape « et à réunir en lui le pape et l'empereur » ; il tourne la difficulté en allant s'asseoir « sur « le Sinaï, comme Moïse; sur la montagne, « comme Jésus; à Pathmos, comme saint « Jean»; c'est-à-dire en se faisant Dieu, ou peu s'en faut.
Cet orgueil colossal qui s'est traduit chez V. Hugo par une pitié suprême envers les petits, dont il avait eu soin, du reste, de se faire le Dieu, a poussé Schopenhauer à maudire et à vouloir anéantir un monde où Hegel occupait la première place. Les haines farouches du philosophe ont la même cause que les attendrissements du poète. L'orgueil est une ivresse qui, selon les tempéraments, devient colère ou larmes.
Quand, à la fin de sa vie, la gloire arrive, le front de Schopenhauer « s'éclairck, son « humeur s'apaise, il apprend à sourire*,» mais il s'était fait de son pessimisme une pose, qu'il ne voulait pas abandonner, car c'était là ce qui lui avait valu la réputation et la gloire.