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pâlira jamais, l'image divine du Crucifié qui a cicatrisé tant de plaies et consolé tant de douleurs, tout cela n'est pour Schopenhauer (( qu'une aventure arrivée en Galilée ! » On n'insulte pas ainsi aux croyances les plus saintes.
« Ce sont surtout les grands peintres d'Ita- « lie au XV® et au xvi"" siècle qui ont pâti de (( cette mauvaise étoile : dans le cercle étroit (( où ils étaient arbitrairement renfermés (( pour le choix des sujets, ils ont été obligés (( de s'arrêter à toute espèce d'événements (( insignifiants; en effet, pour la partie histo- « rique, le Nouveau Testament forme une « matière encore plus ingrate que l'Ancien; (( l'histoire des martyrs et des Pères, qui y (( fait suite, est un sujet singulièrement « aride. » Les Vierges d'Angelico, le Saint Sébastien de Fra Bartolomeo, les Madones, la vision d'Ézéchiel, la Sainte Cécile et la trans figuration de Raphaël sont donc des sujets singulièrement arides, et les peintres chrétiens ont pâti de cette mauvaise étoile ! Cependant, Schopenhauer daigne attribuer quelque mérite aux créations de Raphaël, mais c'est parce qu'elles expriment « la suppression
c< de la volonté qui entraîne dans le même « anéantissement le monde tout entier ». En d'autres termes, les chefs-d'œuvre que nous venons de citer n'ont de valeur que parce qu'ils sont la traduction du système philosophique de Schopenhauer ; c'est un point de vue nouveau auquel on n'avait pas encore songé.
Il applique le même principe à la poésie qui est l'objectivité de la volonté à un degré supérieur et, dans les œuvres poétiques, la tragédie occupe le premier rang parce qu'elle nous fait croire « que nous somrnes déjà au « milieu des supplices de l'enfer pour expier « le crime de l'existence ».
<( La musique est une objectivité aussi im- « médiate de toute la volonté que Test le « monde », mais elle ne Test pas de la même façon que les autres arts. Ceux-ci, en effet, sont l'objectivation de la volonté s'efforçant de reproduire les idées, tandis que la musique est « une reproduction de la volonté au « même titre que les idées ».
D'où il suit que, « dans les sons les plus « graves de Téchelle musicale, nous saisisce sons l'objectivation de la volonté à ses dece grés inférieurs, comme la matière inorga- (( nique, la masse planétaire, » — « les notes « supérieures nous représentent les végétaux
« et les animaux, » — les dissonances sont « les monstres naturels » et, dans la mélodie « exécutée par la voix haute, la voix chante tante , nous reconnaissons la volonté à
« son plus haut degré d'objectivation
« rhon^me. »
Cette théorie de la musique donne un scrupule à Schopenhauer; il avoue qu'elle est <c par nature impossible à prouver », mais il s'en déclare pleinement satisfait et il espère que ses lecteurs en seront aussi contents que lui. C'est leur supposer beaucoup de bonne volonté.
Après cette esthétique bizarre, Schopenhauer annonce qu'il va se « tourner vers le « sérieux ». Le sérieux, pour lui, est ce pessimisme qui l'a rendu si célèbre; il est connu surtout pour avoir été Tapôtre de la destruction et de la mort. Nous allons constater que sa morale ne dépare pas l'ensemble de son système philosophique.