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pourquoi « le suicide est un acte vain et in- « sensé. »
Toutes les religions et toutes les philosophies ont condamné le suicide, mais elles ne lui ont opposé « que des raisons bizarres et ce sophistiques ». Voici , d'après Schopenhauer, le petit discours que se tient un malheureux pour résister à la tentation de se brûler la cervelle : <( Je ne veux point me « soustraire à la douleur ; je veux que la « douleur puisse supprimer le vouloir-vivre « dont le phénomène est chose si déplorable, « qu'elle fortifie en moi la connaissance, qui « commence à poindre, de la nature vraie du « monde, afin que cette connaissance dece vienne le calmant suprême de ma voce lonté, la source de mon éternelle délice vrance*. »
Le suicide par inanition suppose, au contraire, que ce la négation complète du vouloirce vivre peut atteindre à un degré tel que la ce volonté nécessaire pour entretenir la végétace tion du corps fasse elle-même défaut. » Schopenhauer cite une foule d'ouvrages, qui racontent des suicides par inanition, mais îl ajoute, avec l'accent d'une déception amère : ce ce Malheureusement la plupart de ces récits
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« nous représentent les individus en question « comme des fous, »
Schopenhauer répond à l'objection qui se présente assez naturellement : « Le der- « nier mot de la sagesse ne consiste donc, « pour nous, qu'à nous abîmer dans le (( néant. »
Sa réponse est un chef-d'œuvre ; elle est le digne couronnement de tout le système.
Il faut distinguer, dit-il, le néant privatif et le néant négatif, le premier qui est relatif s'exprime par le signe — et le second, qui est absolu, est représenté par le signe+. Mais en y regardant de près on voit qu'il n'y a pas de différence entre le + et le — de sorte que le néant négatif se réduit au néant privatif. Il résulte de cette transformation que le néant devient un terme positif. Or, quand on arrive à la négation totale du vouloir-vivre, on a supprimé tout « et il ne reste plus « devant nous que le néant. » Le vouloirvivre seul se révolte contre une « pareille annihilation, » mais quand on s'élève à ce point où la volonté a pris la plus haute conscience d'elle-même pour se nier ensuite, on se plonge « dans un océan de quiétude
« et de sérénité inébranlable, » et la connaissance plane seule sur les abîmes où « la volonté s'est évanouie. » Cette contemplation « est la seule chose qui puisse nous consoler a de voir le néant seul subsister devant « nous. »
Pour ceux qui veulent vivre, ce qui reste, après la suppression radicale de la chose en soi, « est effectivement le néant, » mais pour ceux qui ont tué en eux le vouloir-vivre, « c'est notre monde actuel, ce monde si réel « avec tous ses soleils et toutes ses voies « lactées, qui est le néant. »
C'est complet ! Nous ne voyons pas ce qui peut rester, aux yeux de ceux qui veulent vivre, après la destruction de la volonté, c'està-dire de Tunique réalité, et ils ne se trompent guère s'ils appellent cela le néant : par contre, nous ne comprenons pas très bien comment ce monde si réel soit le néant, et qu'il suffise, pour opérer le prodige, d'être dégoûté de la vie.
Et voilà ce que Schopenhauer appelle « aller hardiment jusqu'au bout ». Oui, il est allé hardiment jusqu'au bout de l'aberration et de la folie.
Arrivé à la conclusion de son étude sui
Schopenhauer, M. Th. Ribot déclare qu'il n'a pas à juger la doctrine, « car, dit-il, tout (( système métaphysique est^ en réalité, à peu « près imprenable à la critique ; la lutte entre « deux systèmes ressemblant trop souvent à « ces tournois des épopées chevaleresques, « où deux paladins enchantés pouvaient réci- « proquement se tailler en pièces et sortir « de la lutte, tous deux sains et vigoureux. « Une doctrine est-elle d'accord avec elle- « même î est-elle d'accord avec les faits ? « voilà, à notre point de vue, tout ce que la « critique peut lui demander, quand elle ne se (c flatte pas de posséder la vérité absolue*. » Nous ne saurions souscrire à cette déclaration qui, si elle était vraie, réduirait la métaphysique à n'être plus qu'un jeu indigne d'occuper nos méditations. Si, en effet, un système est imprenable à la critique, c'est qu'il n'y a nulle part une pierre de touche pour en éprouver la solidité. Si deux hommes disant, sur la même question , Tun oui et l'autre non , sortent de la discussion tous deux sains et vigoureux, c'est que, de part et d'autre, les coups supposent une vigueur égale, ce qui revient à dire que les probabilités sont les mêmes des deux côtés , en d'autres termes, que Vesprit est condamné