‹ Les philosophes de vingt ans: proverbe en un acteChapitre 16 sur 17 · SCÈNE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE CINQUIÈME

et un enfant, vivant souvenir de leur amour!,.. Si vous avies pu voir, Marianne, combien vous étiez plus belle avec cette petite dans les bras; vousn*étiez plus la jeune fille étourdie de tout à rheure; votre visage rayonnait d'un sentiment nouveau, et cette larme tombée sur le front de Marguerite semble indiquer...

MARIANNE, se levant.

Taisez-vous, à votre tour... n'augmentez pas le trouble où je suis... J*ai eu tort de venir, je le sens; j'ai commis une grave inconvenance, et si vous osiez me parler d'amour, ce serait m'en punir.

KARL

Voulez-vous que je donne le froid nom d'amitié à ce sentiment qui bouleverse, à ce culte que je vous ai voué pour la viel...

MARIANNE

S*il en est ainsi, nous ne devons pas nous revoir !

KARL

Ne pas nous revoir, Marianne ! après une journée pareille ! . . . (Avec désespoir.) Ab ! je m'étais trompe en croyant que votre cœur battait à l'unisson du mien !

n l'assied près de la table, et se eache la tète dans ses mains. MARGUERITE, revenant en scène * .

Là !.. . voilà mon bon ami qui pleure à présent !... (a Marianne.) Si c'est vous qui lui faites de la peine, c est très-vilain. (AUant

à Karl, et se haussant sur la pointe des pieds pour tâcher de lui passer les bras

autour du cou.) Noèl u'est pss gentil, mon Karl, de t'avoir donné une si méchante femme ! faire pleurer mon bon ami ! . . . Né pleure pas, va, je t'en irai cliercber une autre, moi 1...

KARL, se débarrassant doucement.

Je n'en veux pas d'autre, Marguerite.

MARGUERITE

Mais, mon bon ami, si vous pleurez toujours, ça vous fera

mourir... Vous vous êtes disputés?... (Elle prend le milieu delà Marianne, Margnterite, Karl.

Hcène, et les regarde alternativement.) Ah ! le bon DieU ne Veut pas

ça!... ^

Elle retourne au fond prendre sa poupée.

MARIANNE, frappée d'une idée.

Dieu !... Écoutez, Karl, le livre que vous m*avez donné, et que votre mère consultait dons les circonstances difficiles, je veux l'ouvrir, et ce qu'il dira...

KARL, prenant la Bible sur la cheminée, et la lui donnant ayec crainte.

Prenez garde... Marianne!...

MARIANNE

Lie sort en est jeté. (Appelant Marguerite et allant s'asseoir sur le grand

fauteuil.) Marguerite, sais- tu lire?

MARGUERITE, Tenant à elle, et tenant sa poupée.

Oui, madame, et ma fille aussi ; vous allez voir!

KARL *

Marianne, ce n'est qu'un en fan illage, et pourtant mon cœur bat!... (A Marguerite.) Ouvre au basaid.

MARGUERITE

Qu*e8t-ce que c'est que ça, le hasard, mon bon ami?

MARIANNE

Ce n'est rien. Marguerite, ton bon ami s'est trompé : il n'y a pas de hasard, il n'y a qu'un Dieu, et tu es un petit ange.

(Elle l'embrasse et lui présente la Bible qu'elle tient fermée sur ses genoux.) OuVre

le livre où tu voudras, et lis.

MARGUERITE, ouvrant le livre.

Oh! là, où il y a ce beau signet rouge. Ce n'est pas moi qui

Vais lire, c'est la poupée. (Elle prend U main de la poupée et s'en sert

pour suivre ce qu'elle lit.) « La femme quittera son père et sa mère » pour s attacher à son mari. » A-t-elle bien lu, la poupée?

KARL, qui, pendant cette lecture, s'est agenouillé près de Marianne et de

Marguerite.

Ah ! si bien, que s'il le faut.. . je brûl*»rai tous les livres pour

garder celui-là... (Prenant la Bible et se relevant, il passe à droite et dit

Merci, Marguerite. (Levant les yeux an ciel.) Merci, ma mère!

• Karl, Marguerite, Marianne.

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