‹ Les philosophes de vingt ans: proverbe en un acteChapitre 7 sur 17 · SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME

MARIANNE, s'asseyont

Jusqu'à ce que je vous aie persuadé.

KARL^ riant.

Mais, mademoiselle, c*est de la tyrannie !

MARIANNE

Monsieur, je vous répéterai ce que je lisais encore hier dans un journal français : « Le but excuse tout. »

KARL, s'asseyant.

Vous lisez les journaux français, mademoiselle?

MARIANNE

Je suis Française de cœur !

KARL

C'est comme moi.

MARIANNE

Comment se fait-il alors, monsieur...

KARL

C*estce que j'allais vous dire, mademoiselle, comment se fait- il qu'étant Française de cœur, vous puissiez aimer le mariage?

MARIANNE, arec explodon.

Le mariage, monsieur 1 mais je le déteste! mais je le considère conune le plus grand de tous les fléaux!

KARL

Vraiment? mais alors que venez-vous donc me demander?

D*employer votre influence sur votre frère pour l'empêcher d'épouser ma sœur.

KARL, rapprochant smi siège de celui de Marianne.

Que ne le disiez-vous plus tôt ! c'est tout ce que je désire moi-même !

MARIANNE

Mais alors, vous êtes le plus aimable jeune hçmme que j'aie jamais vu!... Donnez^moi la main!

HAJ)AME RIMB10Tf se levant et venant entre enx, par derrière.

Est-il possible ! ybiis n'aimez le mariage ni l'un ni l'autre !

Ah ! quel bon ménage vous feriez ! ça me rappelle mes trois maris !

Elle retourne à sa place, mais reste debout.

KARL, souriant, avec surprise.

Vous avez eu trois maris, madame !

MADAME RIMBLOT.

Oui, monsieur, et s'il s'en présentait un qiiatrième, je vous assure que je ne le refuserais pas. Ah ! ce n'est pas moi, à coup sûr, qui ai donné de pareilles idées à mademoiselle.

MARIANNE, se levant.

Mon oncle ne vous a pas chargée de me donner des idées, il n'est pas si exigeant ; lorsque vous êtes arrivée de Paris, vous avez vu bientôt que, toute Viennoise que j'étais, je savais le irançais mieux que vous, et vous avez eu le bon esprit de prendre mes leçons et de me dispenser des vôtres; aussi, pour vous en récompenser, je vous ai promis de vous donner, à ma majorité, une rente viagère de douze cents francs.

Pendant que Marianne parlait, Karl a reporté son siége^ repoussé le grand fauteuil près du guéridon, et madame Rimblot a remis sa chaise près de la table à droite.

MADAME RIMBLOT.

Ah! sans doute... ce n'est pas l'intérêt qui me guide, mais le sentiment! Avec cette pension, je pourrai peut-être faire le bonheuf d'un jeune homme infortuné 1

KARL, allante elle^pendant qae Marianne gagne la gauche en riant .

Un quatrième? vous aimez donc bien le mariage, madame?...

MADAME RIMBLOT.

C'est de naissance, monsieur ; je n'avais pas plus de quatre ans que j'avais déjà cinq ou six petits maris. Aussi j'épousai, dès l'âge de seize ans, M. Tesky, un hautbois polonais qui, par malheur, en avait soixante-dix-huit Ce qui lit qu'au bout d'un an j'étais veuve.

KARL, souriant.

C'est avoir du malheur !

* Marianne, Karl, madame Rimblot.

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