SCÈNE TR0I8IÊMR II
MARIANNE, UsàKarl.
Est-ce que ses récits vous amusent?
KARL, bas.
Laissez-la parler, la pauvre femme, ça parait lui faire tant de plaisir?
MARIANNE, bas.
Vous ne savez pas à quoi vous vous exposez !
Elle va s'asseoir & gauche dans le çrand fauteuil. MADAME RIMBLOT.
Mes malheurs n'étaient pas finis, monsieur ! ils ne faisaient que commencer. J'allumai de nouveau le flambeau de l'hymen ; mais,héhis! mon second époux, M. Nadier, commissaire-priseur, était poitrinaire au troisième degré. Au bout de deux mois de mariage, j'eus le malheur de le perdre !. . . Sa mort ne me laissa pourtant pas sans consolation, car il me dit à son dernier moment : « La mort m'eflFrayait avant mon mariage, » mais, grâce à toi. je meurs sans regrets! »
Elle s'essuie les yeux.
KARL, réprimant un éclat de rire.
Cela fait votre éloge.
MADAME RIMBLOT.* N'est-ce pas, monsieur? (Marianne se lève et va feuilleter l'albam qui
est sur la table & droite.) Ma douleur fut déchirante, je craignais d'y succomber, et pour y faire diversion, ayant d'ailleurs une fort jolie fortune, je choisis cette fois mon dernier, M. Rimbloi, commis -voyageur, âgé de vingt-cinq ans; mais je n'ai pas besoin de Vous dire qu'avant de l'épouser je fis faire une consultation de médecins... on ne, perd pas ainsi deux maris en si peu de temps sans devenir circonspecte! On me répondit qu'il jouissait de la meilleure santé... (Elle pleure.) une poitrine excellente, un estomac d'autruche! il était destiné à devenir centenaire. Je me voyais déjà au comble du bonheur, entourant mon époux des soins les plus tendres ; mais ma fatale destinée en avait décidé autrement!. . . Le lendemain des noces...
Il était mort?
Karl, madame Rtmblot, Marianne,
MADAME RIMBLOT.
Si ce n*était que cela, monsieur I j*aurais pu me remarier au moins. Il était parti... parti pour ne plus revenir ! et ce qu'il y a de plus atireux pour moi, c'est que c'était par excès d*amour ! Oui, monsieur, il me l'a écrit lui-même dans une Jettre qge je porte toujours avec moi. . . (Elle la tire de sa poche et ut.) k Je ne puis pas supporter un bonheur pareil, ma bonne » amie, je crains -de faire comme les deux autres... f aime » mieux n^e priver de ta présence afin de pouvoir t'aimer » plus longtemps. »
MARIANNE, à la table.
Ce que vous ne dites pas, ma pauvre madame Rimblot, c'est qu'il a emporté avec lui tous vos bijoux.
MADAME RIMBLOT.
\ C'est parce qu^ils venaient de moi. %
KARL
Oh ! sans doute; mais comment pensez-vous' à vous remarier, si ce dernier n'est pas mort?
MADAME RIMBLOT, vivement.
Il 7 a trente ans que je ne l'ai vu, monsieur!
KARL, riant.
Oui, je comprends^ il y a prescription.
MADAME RIMBLOT.
C'est cela.
MARIANNE, venant en scène.
C'est à merveille ; mais, ma chère madame Rimblot, si vous parlez toujours, tantôt de vous, tantôt de vos maris, nous n'en finirons jamais, et vous savez que nous avons à faire encore trois lieues; descendez donc pour voir si le voiturin est en état de partir; et, pendant ce temps, je m'entendrai avec monsieur sur les moyens à prendre pour empêcher le mariage de Nina. .vV.
• MADAME RIMBLOT.
Je m'en vais, mademoiselle... vous savez que je fais tout ce que vous voulez... mais ne vous étonnez pas si je me laisse aller au plaisir douloureux d'entretenir monsieur des maris que j'ai tant aimés... et que j'ai si peu connus !...
Elle sort.
SCÈNB QtTATBIÈHB 13