‹ Les philosophes francais du 19. siecleChapitre 19 sur 66 · Fragments philosophiques, 4* édition, p. G · texte numérisé non relu

Fragments philosophiques, 4* édition, p. G

pris que vous celles que vous venez de citer. Voici l’abrégé de celle qu’ils enseignent, grossière esquisse, mais qui fera comprendre le cours de 1828, et mesurer les courbes décrites par la philosophie de M. Cousin.

Concevez une espèce vivante, par exemple, celle des bluets. Chaque bluet meurt dans l’année, non par accident, mais en vertu de sa constitution, et par une nécessité intérieure; il en produit d’autres qui le remplacent, et ainsi de suite. Ce qui persiste et ce qui tend à persister, ce ne sont pas les individus, c’est l’espèce, c’est-à-dire la forme abstraite ou idéale commune à tous les individus, et les individus ne vivent, ne naissent et ne se remplacent que parce que cette forme tend à subsister. L’espèce est donc autre chose que la somme des individus ; elle est néeessaire, et ils sont accidentels ; elle est une cause , ils sont des effets. Mais d’autre part elle n’existe qu’en eux et par eux; elle ne serait pas s’ils n’étaient pas; il n’y aurait pas de forme idéale commune à tous les bluets, s’il n’y avait pas de bluets.

Selon les panthéistes d’Allemagne, la somme des bluets, c’est le monde. La forme idéale du bluet, c’est Dieu L

1. Selon les panthéistes, le bluet idéal, c’est Dieu. Selon les matérialistes, il n'y a pas de bluet idéal, il n’y a que des bluets particuliers. Selon les déistes, il a’y a pas ^ bluet idéal, mais

M. COUSIN PHILOSOPHE

En d’autres termes, la somme des choses qui existent, c’est le monde ; la loi, ou formule primitive, de laquelle on peut les déduire, c’est Dieu.

Traduisons ceci en bon allemand, c’est-à-dire en mauvais français. Le type du bluet subsiste seul pendant que les individus passent. On peut donc dire qu’il est leur siéstance. Il est la force qui les produit : on peut donc dire qu’il estleurcouse. Supposons qu’il n’y ait que des bluets au monde ; comme ce type ne dépend pas d’eux et que partant il ne dépend de rien, on peut l’appeler l'Uicondüionnel et l’absolu. Ce type étant donné, ils sont donnés ; on • peut donc les considérer comme étant contenus en lui, et dire qu’il est leur unité et leur identité. Quoique les bluets qui le manifestent se succèdent dans le temps et soient placés dans l’espace, il est, comme le triangle abstrait et comme les vérités géométriques, en dehors du temps et de l'espace. Chaque bluet qu’il produit est limité, puisqu’il est distinct de tous les autres; pour lui, il est absolument infini, puisqu’il ne peut y avoir qu’un type abstrait du bluet. Il est créateur, et tire de lui-même tous ces bluets qu’il produit; car c’est lui-même qui devient chacun d’eux. Cette création est nécessaire, incessante, éternelle, car sans elle il ne serait pas. Donc

un ouvrier intelligent et puissant, qui fabrique tous les bluets particuliers. Selon les positivistes, on ne peut connaître que les bluets particuliers, il ne faut pas s’occuper du bluet idéal. •

si, en résumé, on veut exprimer sa nature, on devra dire ; l’un, absolu, l’inconditionnel, la substance, la cause, qui de sa nature est au-dessus du temps et de l’espace, se développe nécessairement, et tombe pour se développer dans la diversité, dans la limitation, dans la pluralité.

Comprenez - vous maintenant ces phrases de M. Cousin? « L’immensité ou l’unité de l’espace, l’éternité ou l’unité du temps, l’unité des nombres, l’unité de la perfection, l’idéal de toute beauté, l’infini, la substance, l’être en soi, l’absolu, c’est une cause aussi ; non pas une cause relative, contingente, finie, mais une cause absolue. Or, étant une cause absolue, l’unité, la substance ne peut pas ne pas passer à l’acte, elle ne peut pas ne pas se développer.;.. L’absolu est la cause absolue, qui absolument crée, absolument se manifeste, et qui en se développant tombe dans la condition de tout développement, entre dans la variété, dans le fini, dans l’imparfait, et produit tout ce que vous voyez autour de vous *. »

2* Préface, p. 66. « Dieu n’étant donné qu’en tant que cause absolue, à ce titre, selon moi, il ne peut pas ne pas produire, de sorte que la création cesse d’être inintelligible, et qu’il n’y a pas plus de Dieu sans le monde, que de monde sans Dieu. »

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