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Éthique, livre III, Prop

M. JÜUFFROY PSYCHOLOGUE.

est un accroissement d’action et de perfection. Nous voulons donc que la psychologie imite les sciences naturelles dans la recherche de l’essence comme dans la recherche des causes, qu’elle travaille à découvrir non la substance imaginaire et invisible, mais les faits primitifs auxquels se réduisent les autres; non les facultés imaginaires et inutiles, mais les faits généraux d’où se déduisent les autres. Ce n’est pas assez d’imposer avec vous à la psychologie l’observation et l’induction , à l’exemple des sciences physiques; il faut encore, malgré vous, la renfermer dans l’étude des faits, seules choses réelles, à l’exemple des sciences physiques. Ce n’est pas assez de lui donner sa méthode; il faut encore lui ^xer sa matière. Ce n’est pas assez de lui fournir sa lumière; il faut encore l’appliquer sur son objet. Avec un grand talent de psychologue, un zèle admirable, des précautions passionnées, de belles découvertes partielles, vous étiez homme. Faute de précision, vos descriptions sont restées inexactes. Votre psychologie s’est égarée dans une métaphysique oiseuse , parmi des recherches imaginaires. Vous n’avez laissé dans la science que des constructions chancelantes, incomplètes et provisoires, et dans le monde qu’un long souvenir de sympathie et d’admiration. »

Si l’habitude de la réflexion conduit l’homme intérieur dans la psychologie, elle l’en ôte bientôt pour l’enfermer dans la morale. Qui suis-je? question curieuse. Que dois-je faire, et que deviendrai-je? question terrible. Le cœur se trouble en l’écoutant, plus que tout autre le cœur imbu de la pensée du salut et des souvenirs du christianisme. Il faut un aliment à ces âmes ardentes, et leur passion ne se rassasie que dans la contemplation anxieuse du devoir et de l’éternité.

La grande affaire de M. Jouffroy fut la connaissance de la destinée humaine -, il la donna pour but

à la philosophie ' ; pour lui les autres recherches ne furent que l’entrée de celle-là. Avec quelle émotion douloureuse il la tentait, ses paroles seules peuvent le dire *. Il parcourut l’univers , la science et la vie, montrant que tout spectacle , tout événement et toute pensée y ramènent l’homme, qu’elle est l’œuvre, non d’une curiosité tranquille, mais d’un besoin impérieux et âpre, qu’elle n’est point un divertissement de l’esprit , mais la vraie et la première nourriture du cœur. Dès l’abord , le premier essai du bonheur nous y précipite. « Car à peine obtenu , ce bonheur, si ardemment, si uniquement désiré, effraye l’âme de son insuffisance ; en vain elle s’épuise à y chercher ce qu’elle avait rêvé ; celte recherche même le flétrit et le décolore ; ce qu’il paraissait, il ne l’est point ; ce qu’il promettait, il ne le tient pas; tout le bonheur que la vie pouvait donner est venu , et le désir du bonheur n’est point éteint. Le bonheur est donc une ombre, la vie une déception, nos désirs un piège trompeur. Ici la nature môme des choses est convaincue de méchanceté ; le cœur de l’homme et toutes les félicités de la vie mis en présence, le cœur de l’homme n’est point satisfait. » De là un découragement profond, un désen-

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