Cours d'esthétique, p
Gomment donc se fait-il qu'après lui la psychologie soit morte, et que de son vivant même elle ait paru radoter et languir ? Il avait le défaut de son école. Manquant de précision, il ne savait point noter les faits. Ses cours sténographiés sont plus nets que ses livres écrits. Ses cours rédigés par d'autres sont plus Tiets que ses cours rédigés par lui-même. Supposez qu'un physiologiste chargé de décrire l'estomac s'amuse à raconter les différents états de la puissance digestive et des capacités motrices, sécrétives, innervatrices, au lieu de remarquer que l'organe est une poche en forme de cornemuse, formée par quatre tuniques, munie de trois sortes de glandes, aboutissant d'un coteau cardia et de l'autre au pylore, animée par des rameaux du nerf pneumogastrique et du plexus solaire ; non-seulement il aura fait des barbarismes, mais il n'aura rien dit. On va voir quetrès.-souvent M. Jouffroy ne dit rien d'utile ; il embrassait le vague avec une grande force; et le nuage en vain pressé laissait à peine une goutte de mauvaise eau dans sa main.
Je prends une analyse célèbre par sa finesse, celle des sensations agréables et désagréables. C'est
M. JOUFFKOY PSYCHOLOGUE. 235
un fagot tout germanique de métaphores et d'abstractions.
La sensibilité étant agréablement affectée commence par s'épanouir, pour ainsi dire, sous la sensation ; elle se dilate et se met au large, comme pour absorber plus aisément, plus complètement, l'action bienfaisante qu'elle éprouve. C'est le premier degré de son developpeme.it Bientôt ce premier mouvement se détermine davantage , et prend une direction. La sensibilité se porte hors d'elle, et se répand vers la cause qui l'affecte agréablement : c'est le second degré. Enfin, à ce mouvement expansif, finit tôt ou tard par en succéder un troisième qui en est comme la suite et le complément; non-seulement la sensibilité se porte vers l'objet, mais elle tend à le ramener à elle , à se l'assimiler, s'il est possible. Le mouvement précédent était purement expansif,' celui-ci est attractif; par le premier , la sensibilité allait à l'objet agréable; par le second, elle y va encore, mais pour l'attirer et le rapporter à elle : c'est le troisième et dernier degré de son développement.
La sensibilité désagréablement affectée manifeste des mouvements d'une nature tout à fait contraire. Au lieu de s'épanouir, elle se resserre; nous la sentons se contracter sous la douleur, comme nous la sentons se dilater sous le plaisir. La contraction est le premier mouvement qui suive la sensation pénible. Mais ce premier mouvement ne larde pas à prendre un caractère plus décidé, la sensibilité se resserre comme pour fermer passage à la douleur; elle fait plus, elle se détourne de la cause, elle la fuit, on Ja sent qui se replie en elle-même; c'est la concentration opposée à l'expansion. Puis bientôt après et presque en même temps, à ce mouvement par lequel elle semble se dérober à l'objet désagréable, se mêle un troisième et dernier mouvement qui éloigne et
qui repousse cet objet , et qui correspond en s'y opposant au mouvement attractif.
Les deux tirades sont jolies, parallèles comme les deux branches d'une pincette , aussi ingénieuses que celles des philosophes alexandrins. Mais lisonsles en naturalistes, amateurs de faits;. voici ce que nous répondrons :
ff La sensibilité s'épanouit. » Nous n'entendons pas cela. Qu'est-ce que cette abstraction que M. Jouffroy traite comme une fleur? Gela ne me représente rien; j'ai besoin de traduire. Sensibilité signifie, je crois, la capacité de sentir, le moi sensible. Remplaçons et voyons.
« Le moi sensible s'épanouit, se dilate, se met au large, puis se porte hors de soi et se répand vers l'objet qui l'affecte agréablement, puis enfin tend à ramener cet objet vers lui, à se l'assimiler, pour ainsi dire. ^^ Je n'entends plus du tout. Il n'y a là qu'une image poétique. Cela est littéraire, non scientiflque. Est-ce que le moi peut a se dilater, se mettre au large, se répandre vers l'objet? » Autant vaudrait dire, avec les écrivains lyriques, que l'âme monte aux cieux, chevauche les nuages, pénètre au sein des rochers, se fond dans la nature. Plus tard vous avez ce la sensibilité, qui se contracte, se concentre et repousse. » Toutes ces phrases ne me donnent