‹ Les philosophes français du XIXe siècleChapitre 47 sur 64 · I . Mélanges, p · texte numérisé non relu

I . Mélanges, p

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que l'idée d'un muscle, d'un ressort élastique ou d'un morceau de caoutchouc.

Parfois les naturalistes lisent la description d'une plante dans un poëte scolastique; impossible de l'entendre. Ils prennent alors la plante, et, refaisant le travail , finissent par arriver au sens. Prenons les faits ; en les décrivant de nouveau, nous déchiffrerons peut-être la description de M. Jouffroy.

Vous donnez un bon coup de dent dans une belle pêche rouge, sucrée, fondante, et toutes les papilles de votre langue dressent leurs houppes nerveuses pour s'imprégner du suc exquis de la chair rose et juteuse. Voilà le point de départ. A^ous considérez attentivement et en détail cette sensation déhcieuse, et votre attention, comme tout accroissement d'action, est un plaisir, le plaisir n'étant au fond qu'un accroissement d'action. En même temps, par contagion, ordinairement, toutes vos idées entrent en branle, ce qui signifie qu'elles deviennent plus nettes, plus promptes, plus vives, plus nombreuses, et que vous êtes plus gai. Pendant ce temps vous pensez complaisamment à la pêche, vous vous dites que c'est un excellent fruit, et vous seriez fâché si elle fût morte en bouton. Puis, par réflexion, vous songez à prendre la pêche dans votre main, et, si vous l'avez dans votre main, à la porter dans votre bouche. Comptons : 1° sensation agréable; 2° attention

accrue, agréable, portée sur le détail de la sensa-' tion; 3° idées plus nombreuses et plus vives, ou gaieté ; 4° image agréable de la pêche conservée et image désagréable de la pêche détruite; 5° idée qu'il faut posséder la pêche , et tendance à la prendre. Voilà les faits énumérés et désignés ; à présent nous pouvons essayer de comprendre et de juger.

J'imagine que, par épanouissement, M. Jouffroy entend cette attention accrue ou ces idées plus vives. Faute de clarté, on ne peut dire si c'est tous les deux, ou lequel des deux. Premier défaut.

Dans les deux cas, sa métaphore supprime l'essence même de l'épanouissement et de la joie. Cette joie et cet épanouissement n'étant que l'attention accrue et les idées plus vives, il est aussi impossible d'omettre, quand on les décrit, l'attention et les idées , qu'il est impossible , quand on décrit les mouvements de l'estomac, de faire abstraction de l'estomac. Deuxième inexactitude.

Dire que la sensibilité se répand et se porte vers la pêche, c'est faire une métaphore fausse. C'est l'attention qui, appliquée d'abord à la sensation, se porte ensuite vers la pêche,, et l'attention est une action de l'intelligence. L'expansion dont vous parlez n'est point une opération de la sensibilité , mais de l'entendement. Et dans l'entendement, ce n'est point une opération distincte et nouvelle.

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mais simplement le passage d'une idée à une autre; ayant aperçu la sensation, nous apercevons la pêche gui est sa cause. Troisième erreur.

Point d'analyse plus fausse que celle du mouvement attractif. Dire que la sensibilité attire l'objet , c'est supprimer les trois quarts du phénomène. Ayant aperçu la pêche, nous concevons sa proximité, son éloignement, son rapprochement; l'idée du rapprochement est agréable; toute idée agréable tendant à se compléter et à devenir affirmative, nous tendons à effectuer ce rapprochement. La phrase vague de M. Jouffroy ne donne aucune idée de ce mécanisme. Elle exprime seulement que l'esprit s'étant porté vers la pêche revient avec elle vers lui-même. Pure métaphore, qui signifie qu'ayant co;içu la pêche comme éloignée, nous la concevons ensuite comm.e rapprochée. Encore l'auteur fausse le fait, en l'attribuaut à la sensibilité, quand il appartient à l'entendement. Il y a ici erreur, métaphore vague, description nulle. C*est un groupe de fautes, et vous pouvez le considérer comme un résumé du morceau.

Triste résumé. Nous en aurons un plus triste en jugeant l'histoire de la volonté ou pouvoir personnel.

L'homme a non-seulement des capacités spéciales comme chaque chose en a, et par exemple, celles de penser, de se souvenir, de se mouvoir ; mais, de plus, il gouverne ses

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capacités, c'est-à-dire qu'il les tient dans sa main et s'en sert comme il veut '.

Ceci nous révèle que l'homme ressemble soit à un État où il y a un gouvernement et des sujets, soit à une machine en exercice, où l'on distingue l'instrument qui est remué et la main qui remue. Nous sommes amusés par une comparaison httéraire; mais de faits scientifiques, nous n'en apprenons pas un.

Le pouvoir qu'a l'homme de s'emparer de ses capacités naturelles et de les diriger , fait de lui une personne; et c'est parce que les 'choses n'exercent pas ce pouvoir en ellesmêmes qu'elles ne sont que des choses.... Certaines natures ont reçu, par-dessus les autres , le privilège de se saisir d'elles-mêmes et de se gouverner : celles-là sont des personnes. Les autres en ont été privées, en sorte qu'elles n'ont point de part à ce qui se fait en elles : celles-là sont des choses, car c'est Dieu qui gouverne en elles. Il est la personne des choses, comme l'ouvrier est la personne de la montre.... Quoique la plante manifeste une foule d'effets qui dérivent des capacités de son organisation, ces capacités ne sont dans toute langue que des propriétés (et non des facultés), parce qu'il n'y a point en elle de pouvoir personnel qui s'approprie ces capacités et les gouverne. La nature règne dans la plante, et non point la plante ellemême. Elle est le théâtre, et non le principe des phénomènes qu'elle manifeste.

S'emparer de ses capacités^ se saisir de soi-même j avoir part à ce qui se fait en soi, s'approprier ses ca-

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