Il y a des erreurs de fait dans ce morceau
sont nos titres pour nous livrer à l'^espérance et à l'orgueil? >>
Ainsi d'écho en éclio retentit la question éternelle> unique matière de la religion, de la poésie et de la science, poursuivie par toutes les puissances de l'homme «qui, alarmées, demandent, invoquent la lumière, comme les lèvres du voyageur altéré appellent la source dans le désert. » Mais jamais elle ne reparaît plus impérieuse que dans des temps comme les nôtres, oii les anciennes réponses niées ou combattues laissent l'âme en proie au tourment du doute, battue par le vent des opinions contraires, ébranlée et arrachée à tous ses appuis. « Ce jour-là, l'humanité, assise sur les débris qu'elle a accumulés, ressemble au maître d'une maison le lendemain de l'incendie. La veille, il avait un foyer domestique, un abri, un avenir, un plan de vie. Aujourd'hui, il a tout perdu, et il faut qu'il relève ce que la fatalité de la fortune a détruit, d
Cette reconstruction est la découverte de la diestinée humaine. Quelle est ma fin? Quel but m'est assigné? Que veut de moi la nature? On va voir que la demande ici fait la réponse. Elle lacon-
tient et la présente; en posant la difficulté, elle la résout; en sorte que le caractère de M. Jouffroy, après l'avoir porté dans la morale, lui impose par contre-coup sa morale. Les habitudes de l'homme intérieur, ayant formé le philosophe, formèrent sa philosophie ; son système du monde fut produit par l'état de son âme; sans le savoir ni le vouloir, il construisit les choses d'après un besoin personnel. Ce genre d'illusion est presque inévitable ; nous ressemblons à ces insectes qui, selon la diversité de la nourriture, filent des cocons de diverses couleurs.
Il avait un besoin passionné de connaître la destinée de l'homme ; il établit comme axiome que tout être a une destinée, et de là dériva le reste.
« Tout être a une fin ; pareil au principe de causalité, ce principe en a toute l'évidence, toute la nécessité, toute l'universalité. « Il est certain par lui-même, irréductible, et n'a pas besoin d'être déduit d'une vérité plus haute. Il n'est pas l'œuvre de l'expérience et de la généralisation ; il est une découverte de la raison intuitive. Il n'est pas la dépendance et le produit de l'observation ; il est le guide et le gouverneur de l'observation.
tt Dès que nous avons conçu que tout être a une fin, nous recueillons de l'expérience cette seconde vérité, que cette fin varie de l'un à l'autre, et que
chacun a la sienne qui lui est spéciale ^ » Ces deux vérités nous en découvrent une troisième, à savoir que « si chaque être a une fin qui lui est propre, chaque être a dû recevoir une organisation adaptée à cette fin, et qui le rendît propre à l'atteindre : il y aurait contradiction à ce qu'une fin fût imposée à un être, si sa nature ne contenait le moyen de la réaliser. »
Puisque la nature des êtres est appropriée à leur fin, on pourra, en étudiant la nature d'un être, connaître sa fin, de même qu'en étudiant la structure d'un édifice on peut conclure sa destination.
Puisque chaque être a sa fin, la création, qui n'est que l'ensemble des êtres, a sa fin ; « et les fins particulières de tous les êtres qui peuplent et cosiposent l'univers ne sont que des moyens divers qui concourent à faccomplissement de cette fin totale et suprême. » — «Ce concours des finséparses aspire à un but unique, celui-là même que Dieu s'est proposé en laissant échapper l'univers de ses mains. »
Jusqu'ici les conceptions et les déductions qu'on vient de lire ne sont que spéculatives ; la remarque suivante les rend pratiques; elles n'étaient que des œuvres de science, elles deviennent des ressorts d'action.