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CHAPITRE Xn

Coficlasion.

Il y a deux cents ans, Bacon dénombrait les causes qui prolongeaient le règne de l'erreur sur la terre. L'aurore naissante des temps modernes lui laissait voir les piégés ni'on avait tendus à Fespi it humain. Quels étaient cies pièges? Bacon accusait la vide e'/^ance des académiciens , les subtiles cnvilin lions des docteurs, téruditim immodéré y la passion des méthodes, la persuasion quon ne puisse rien découvr'rde nouveau, l'amour de la routine. Les savants, disait- il, clierchent la vérité dans leurs propres opinions, et non pas dans la nature; ils oublient la nature pour admirer les œuvre$ de [homme, ils défigurent la science pour la mettre au service de la richesse ou d'une folle curiosité. Les charlatans se multiplient, ils font prévaloir leurs propres ouvrages; la tyrannie artificieuse des maîtres les protège; on laisse les

inventeurs sans récompense, et la couardise des philosophes, jointe à Tempire de la religion , achève de paralyser l'esprit humain. Tontes ces causes se sont réunies, dit Bacon, pour propager une j^liilosophie tantôt empirique, tantôt sophistique^ tantôt Hupersiiiieuse. On peut connaître ses vices en la voyant à Tœuvre; condamnée à des discussions perpétuelles, elle ne donne à l'homme aucune puissance sur les choses. Tel était le jugement de Bacop sur les scolastiques : on doit l'appliquer h nos philosophes.

La science qui rogne officiellement a commencé avec Tempire. M. Laromiguière , condamné à l'impuissance, réduisit les idées du xvin'^siècle à une théorie psychologique. M. Royer-Collard s'efforça de déconsidérer la révolution en réfutant cette théorie. Le déhat roulait sur une équivoque. M. Laromiguière parlait de la généraUsation des idées; M. Royer-Collard parlait des images qui se détachent des choses pour représenter les choses dans l'esprit. M.4^ousin parut. Il parlait avec élégance, il se livrait à une érudition immodérée; il était subtil, méthodique en apparence. Plein d'admiration pour les œuvres de l'homme, il évoquait à tout propos Platon, Descartes, tous les philosophes anciens et modernes. Persuadé qu'on ne pouvait plus rien trouver de nouveau , il cherchait la vérité dans les opinions des philosophes : timide, il soumettait la philosophie à la religion; artificieux, il faisait prévaloir ses œuvres, et il défigurait la science en lui donnant pour but la richesse ou une folle curiosité. Les grandes promesses n'ont pas manqué. M. Cousin devait montrer les merveilles de la conscience sur le théâtre de la conscience, à Tœil de la conscience. Par la conscience, il devait jeter un pont entre le moi et le non -moi ; par ce pont il devait entrer dans le temple de la sagesse; dans ce temple il devait couïbiner le fini avec Tinfini. Bienveillant pour tous les hommes, il s'engageait à faire sortir une vérité de chaque erreur; il voulait concilier les matérialistes et les spiritualistes , les mystiques et les sceptiques, les empiristes anglais et les idéalistes aile-

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iiiands, les évê(|ncs les plus j)ieux do la inoii;u'(*îii(; ci !(S panthéistes les plus formidables. Sa philosophie, à Tentendre, aurait été historique et dogmatique, claire comme le sens commun et élevée comme le génie de Platon ; elle devait réhabiliter la scolaslique et expliquer la révolution, donner la main à Proclus et admirer les saints Prres. Voilà les promesses.

Quel fut en réaliié Tcclectisme? Sorti des bas-fouds d'une discussion é(|uivoque, il a suivi Timpulsion de M. Hoyer- CoUard pour propager la philosophie écossaise. En ajoutant au machiavélisme du maître , M. Cousin accabla les philosophes de la révolution par Kaut; il se déroba à la révolution nouvelle de Kant par Reid; il ne fut jamais (ju'un disciple de Reid. La philosophie de la révolution opposait le sens commun au christianisme; M. Cousin opposa le sens commun aux philosophes; la philosophie de la révolution opposait la religion naturelleà la religionduChrist; M. Cousin faussait la religion naturelle pour la faire servir de préparation au christianisme. Tout fut subordouné à ce calci^l.

C'est par le calcul d'une orthodoxie déguisée qu'il quitta Bacon pour Descartes: !e calcul lui suggéra les réfutations interminables du xvni* siècle, Tapplication folle du criticisme aux théories pratiques de la révolution, la Êmsse bonhomie avec laquelle il résista toujours aux antinomies de Kant et aux philosoj)hes de lAllemagne. Par calcul, il jouait la comédie de 1828, en substituant la théorie du succès à celle du progrès. Par calcul, il exposait une thcodicée populaire où les erreurs les plus vieilles et les mieux réfutées ont été précliées avec une ardeur factice. Par calcul, il se formait ainsi deux philosophies : Tune pour les savants, l'autre pour le peuple. Par calcul, M. Cousin adopta les pitoyables diatribes de Leibnitz contre Bayle, et jusqu'au combat de Rousseau contre les Holbachiens, qu'il confondait toujours par calcul avec les socialihles. C'est encore par calcul que M. Cousin combina sa théorie de la propriété, en lui ôlanl l'antithèse modératrice de la nécessité

qui la subordonne au tlroit de la vie. M. Cousin modéra jusqu'à Id chanté, jusqu'à TEvangile; il se disaii philosophe pour arracher à la philosophie la gloire de la révolu» lion française, qu'il présenta comme révénement anglais de 1688. Seul parmi les penseurs, il célébra /a fceaM^e^^ /a vériié de la monarchie constitutionnelle , que les plus grands apologistes, à commencer par Delolme, considéraient comme une corruption inévitable.

L'éclectisme appliqua ce système de mutilation à toute l'histoire de la philosophie; tous les philosophes furent soumis au calcul de l'orthodoxie éclectique. M. Cousin commenta Platon sans parler du Verbe et de l'Eglise ; il commenta Abélard en sacrifiant les libres penseurs du moyen âge; il personnifia le xvi* siècle dans Vanini, ^ouv le vouer là Texécration des dévots; ensuite il glorifia Descartes, en le présentant comnie le bourreau des libres penseurs. En passant d'une orthodoxie simulée à l'orthodoxie véritable, il combattit à outrance la révolution de Voltaire et de Rousseau; il garda un silence calculé sur la. philosophie allemande, et le silence de la haine sur le socialisme français. C'est ainsi que, sous prétexte d'éclectisme, M. Cousin a supprimé toutes les grandes pensées des hommes qu'il a commentés. Ennemi systématique de la philosophie, il a invoqué rhistûire poiîr éviter les dogmes; il a été dogmatique pour sacrifier l'histoire : il s'est servi de l'érudition comme d'un instrument de servitude pour jeter l'indifférence dans les esprits.

Impuissant à faire des prosélytes, l'éclectisme en créa de vive force par la grâce du salaire. Il confisqua l'école normale; il confisqua les concours d'agrégation; il siégea au conseil de l'université; il forma une faction à l'Institut, et la perfide combinaison de ces quatre mesures accapara toutes les places, et assura à l'éclectisme le revenu net d'un million et demi. Aucun sentimei^t aucune considération n'arrêta l'éclectisme : il sacrifia ^^ réduit au désespoir du suicide; il mutila JoufFroy, quj /Y\aV>^V\lu\l en tûourant.

La vie de Thointne sans principes est incohérente comme un songe. Quel a été" M. Cousin dans Faction? Je le vois volontaire royal contre les démocrates en 1815 . le professeur reste toujours royaliste. Mais le carbonarisme con«spire; le secret de la conspiration autorise, recommande la duplicité. M. Cousin suit Lafayette, il le dépasse; il rêve la démolition des châteaux, le partage des biens, la propagande de Marat. Louvel frappe le duc de Berry ; la parole du professeur trahit une invincible tendresse pour le second Brutus. Royalistes, ne faccnsez pas. Où sont vos preuves? I/universitaire nous écha|)pe; il est innocent, il faut lui ren. dre sa chaire : le drapeau blanc sera-toujoun son drapeau^ sa Jbi politique est toujours conforme à sa Jbi philosophique. Elle reste inébranlable dans l'ouragan des trois journées de juillet.Démocrates,ne l'accusez pas. Le premier jour, il vous retient; le troisième jour, il vous dépasse. Le voilà conseiller d'État, conseiller de l'université, officier de la Légion d'honneur, membre de l'Académie des sciences morales, membre de TAcadémie fr3nçaise. Le voilà pair de France. Sa parole trahit une invincible tendresse pour les rois , elle porte la mort aux régicides, Messeigneurs les évéques/ suspendez vos attaques; écoutez-îe,^ il est prêt à vous surpasser en religion , il est presque justifié devant les jésuites. Le 2h février arrive. M. Cousin ne perd pas une minute : à neuf heures, il est ministre de Louis-Philippe; à dix heures, il. est ministre de la duchesse d'Orléans : il a prêté deux serments. Le soir, il devient républicain. Cette fois, M. Cousin se consacre à l'instruction du peuple en mutilant un écrit de Jean-Jacques Rousseau. Socialistes, ne l'accuse* pas d'inconséquence. Le traducteur de Platon a toujours obéi à la légalité des faits accomplis, et si vous triomphez, la morale sera pour vous , la loi pour lui.

La France siibit en ce moment le double joug des prêtres salariés et des philosophes du gouvernement. La vieille monarchie avait deux instruments à son service : les capucins pour la canaille, et les jésuites pour les personnes de qua-

CONCLUSION. i6S

lité : aujourd'hui on entretient les prêtres pour le peuple et les éclectiques pour les riches. *

Les cultes absorbent un revenu de quarante millions : ce sont quarante millions que Ton prodigue pour le maintien de Terreur. On enseigne au peuple des miracles niés par TAcfidémie des sciences, la Bible démentie par TAcadémie des inscriptions, des dogmes que l'Académie des sciences morales réduit au néant. Dans les églises i on adresse la parole à Dieu dans une langue que le peuple ne comprend pas; le prêtre attache le stdut de Tâme aux cérémonies de la confession , à Tidolâtrie de la communion. Le prêtre est payé 'pour enseigner qu'il dispose du royaume du ciel par les sacrements, qu'il est le maître, le dispensateur de la grâce; que c'est une perfection de résister à la nature, qui nous appelle au mariage. Le prêtre enseigne que la révolution est un crime, que la philosophie est une impiété, que le socialisme est un brigandage : <îeux qui doivent être instruits paient l'erreur au prix de quarante millions par an. Nousmêmes, qui devons combattre ''erreur, nous payons, et nous assurons à nos adversaires le loisir officiel de nous insulter.

Le monopole des professeurs salariés est encore plus coupable : ici la vérité est connue, et on ne l'enseigne pas. j La philosophie s'efface pour que l'auiorilé triomphe, l'his-

i toire dissimule ses connaissances par respect pour la Bible.

\ On devrait enseigner des sciences utiles, des arts vivants,

\ et l'on condamnelàjeunesse à passer de longues années dans

1^ Fapprentissage du latin, comme si. elle devait parler la

langue de l'Église. On ajoute le grec au latin, de crainte qu'il ne lui reste du temps à consacrer à des études plus I actuelles. Les jeunes gens restent huit ans dans les collèges

• sans apprendre la moindre connaissance utile. Les métiers

ne sont pas organisés , l'industrie est exilée de l'enseignement officiel , comme au temps où les gentilshommes méprisaient le travail.

Je ne m'étonne plus que la France trouve des armée.^

dans son sein pour rétablir le pontife à.Bome. L'erreur inculquée par les éclectiques et les jésuites arme le bras dés ignorants, et la pensée qui pervertit Tinstruction dirige les coups contre la liberté des peuples. Bien pluï : c'est à Paris que les hommes de fer et de sang qui ravagent l'Europe au profit des rois, trouvent une parole qui les justifie. Eux^ ils frappent, ils tuent, ils ne savent pas parler ; ce sont des muets prédestinés , dès la naissance , à une œuvre fatale. Mais nous avons l'Institut, la Sorbonne; nous connaissons la philosophie, Tbistoire et toutes les sciences, et nous formons, nous payons les sophistes pour dénaturer la vérité et justifier le Sonderbund, les cardinaux, Tinquisition et 1^ pontife.

Nos historiens ont commencé par supposer que toutes les religions et tous les gouvernements n'ont existé qu'à la condition de représenter la vérité et la justice dans un temps donné. Suspects à la restauration, ils ont joui d'une popularité quelquefois méritée. S'ils expliquaient l'ancienne monarchie, ils expliquaient aussi la révolution ; s'ils justi« fiaient le moyen âge, ils justifiaient en raênre temps l'ère moderne;s'ilsamnistiaientGrégoireVl[, ils amnistiaient par le même principe les hommes de 93 ; s'ils avaient l'air d'accepter la monarchie, ils paraissaient attendre le jour où le peuple deviendrait souverain. Sous Louis-Philippe, ils se trouvèrent à la fois démocrates et royalistes, et la corruption de la science fut c ntemporaine de la réintégration de l'Académie des sciences morales à Tlnstitut. Napoléon avait supprimé cette Académie en combattant Voltaire par Voltaire; la contradiction était flagrante. Les académiciens du règne de Louis-Philippe se sont servis de l'histoire pour masquer la contradiction; ils l'ont rendue savante, historique^ presque généreuse. Ils n'attaquaient aucun dogme, ils n'en défendaient aucun ; ils exposaient, ils expliquaient, ils justifiaient. Interpellés catégoriquement, ils glissaient à travers toutes les nuances historiques. De là cette métaphysique de l'opportunité, de l'occasion, la théorie des faits accomplis,

les Hues (iistiactions sur le possible et Fimpossible, et cette littérature du sic et non ([m consiste à donner tort et raison à tout le monde, sauf à se ranger de lavis le plus profitable à Tintérét individuel. De là ces hommes qui sont venus soutenir toutes les thèses les plus opposées pendant dix-iieuf ans , et toujours au nom de la liberté et de la justice. En 1830, ils combattaient pour la liberté de la presse, pour le droit de réunion , pour la liberté de la pensée; aujourd'hui ils combattent contre la liberté de la presse, contre le droit de réunion, contre la liberté de la pensée. En 1830, ils combattaient les rois, aujourd'hui ils combattent pour les rois. En 1830, ils combattaient le pontife, aujourd'hui ils le défendent. En 182^, ils étaient socialistes, aujourd'hui ils sont égoïstçs. Les nuances de Tapostasie ont été exploitées avec une adresse inouïe ; on a passé, d'un extrême à Vautre sans que Ton puisse dire Theure et le jour du revirement. A les entendre ils ont toujours été les mêmes; à les voir, ils passent la seconde moitié de leur vie à détruire ce qu'ils ont fait dans la première moitié.

Il est juste que la science officielle soit dominée par les jésuites qui ont été plus sincères et plus dévoués. Comment défendre l'université, représentée par MM. Cousin, Thiers' et Guizot. Pourquoi la défendre? N'est-elle pas de plein gré avec l'ennemi? A-t-elle voulu être défendue par Carnot? Laissons les éclectiques aux jésuites , les historiens aux catholiqiies; que les morts ensevelissent leurs morts. L'université n'est plus qu'un fantôme. L'éducation nationale est à fonder: c'est à la république de 18/i8 à réaliser le souhait de la Convention; c'est à notre génération que revient la tâche de dégager l'instruction publique de cette fiction juridique et scientifique de l'université. Le salut de la répuUique n'est qu'à cette condition.

Le suffrage universel livré à l'ignorance élèvera et brisera les hommes au hasard; il nommera des assemblées sans autorité, (les chefs sans force; on changera les constitutions comme les mode?, les lois se succéderont et se contveàwoiit

comme les caprices d'un malade. Le droit périra : on pourra jeter dans les cachots ceux qui le défendent ; on pourra corrompre les juges; on aura le règne des saltimbanques, des aventuriers, puis le règne de la force et une anarchie sans nom.

Le suffrage de l'ignorance fera du peuple un monstre qui frappera aveuglément les révolutionnaires et les contre-révolutionnaires. Les républicains devront redouter ces votes irréfléchis, donnés par la sympathie d'un moment qui peut se changer en fureur. Nous avons à craindre le vote de la misère, de Faveuglefamine qui demande du pain sans savoir comment on l'aura. Dans cette immense machine de la civi» Hsàiion , il y a de terribles rou.ages que la parole dorée à\\n orateur peut mouvoir comme par enchantement, et qui portent la dévastation au loin. Si le peuple n'est pas éclairé, ses hommes verront le désordre et ne pourront pas l'eicpliquer; ils mourront chargés de malédiction^ comme les anciens montagnards. Une fois la lumière éteinte, le droit luimême tournera contre la vérité et la justice ; les assemblées, nommées par un aveugle suffrage, représenteront ce droit rigide que les Romains appelaient la plusgrandedes injures, qu'un philosophe allemand appelle un droit de sicaires , et que. tous les jurisconsultes consi«lèrent comme l'arme de guerre de tous les vices. Pour le briser , des hommes géuéieux rêveront des dictatures désespérées eu dépit du suffrage universel; une fatale contradiction éclatera entre le principe et la légalité de la démocratie; une fatale mésintelligence séparera les amis des amis. Ce qu'on peul pré* voir n'est-il pas arrivé trois fois en dix-huit mois? Dans cette lutte entre le principe et la légalité, on se demande déjà si les démocrates, à l'imitation des rois, doivent gouverner à leur tour avec les conseils de Machiavel. A-qui la faute? A l'ignorance.

D'un autre côté, la réaction peut-elle se fier à un suffrage inintelligent? Qu'elle compte ses voix, elle -sera effrayée en voyant les éléments dé sa propre majorité. J'y trouve le!«i

voix flottantes des indifférents qui acceptent tons les gouvernements, quels qu'ils soient : elles ont appuyé la restau, ration, Louis-Philippe, la république, M. Louis Bonaparte; celles appuieraient Robespierre et Baliœuf s'ils étaient au pouvoir. Après fes indifférents, qui représentent Tignorance passive, je vois les honiines qu'on effraie, en associant sans cesse les idées démocratiques aux idées de pillage et d'incendie. Ici la majorité se recrute dans l'ignorance alarmée. La calomnie arrive à la suite de l'alarme , et elle transforme en monstres les réformes les plus nécessaires des hypothèques, de la banque, du travail, de la magistrature. On trompe Tignorance, et l'ignorance trompée donne de nouvelles voix contre ses propres intérêts. N'oublions pas un peuple d'individus à qui le capital arrache les voix de vive force : ce sont les votes de nos esclaves , de nos libertés y de nos libertins attachés au sort du riche par les mille liens des affaires, des convenances, des positions sociales , et par la nécessité de donner raison à la droite et tort à la gauche, quoi qu'il arrive. C'est là l'ignorance forcée qui vote; on voit le bien, on fait le mal, on gémit. Si l'on retranche les voix de l'ignorance passive» effrayée, trompée ou forcée, on ne trouvera au fond de la réaction que le vote que le privilège se donne à lui-même, le vote du juif qui protège le Christ pour bien placer son argent.

Sur quoi se fonde donc cette majorité? Elle était faible à l'Assemblée constituante . terrible le 10 .décembre, une guerre insignifiante l'a contre-balancée à l'assemblée par deux cents socialistes : dans ce moment elle se fortifie par la proscription. La proscription donne-l-elle de la force? Le' procès Barbes, Blanquiet Ra^pail a suffi pour démocratiser le département du Cher; on s'attendait à voir des monstres devant la cour, le procès fit connaître des hommes. L'année dernière, on comptait sur la contre- révolution des provinces prêtes à marcher sur Paris. Depuis le i^ juin, \a réaction radieuse devrait apprendre qviç ja révo\ut\oïi des çrovinces pourrait dépasser la démoç^.. • ^ Ae Vat\%. \i ovvNmr

16H r:i)N(:Li.sioN.

.souffre, le paysan est lualhenreiix , le trimler ejulctii-, U» petit propriétaire n'a pas d'aryen t ponr faire sa récolte. Quel est donc Tavenir (jue se prépare la réaction? Que nos historiens répondent : ils savent supputer combien d'années peut durer une erreur, combien d'heures et de minutes il faut à la vérité pour se faire jour. Us nous ont enseigné que Thistoire est en progrès, que le monde se meut. Quelle est donc leur prévision?

L'instruction qui éclaire le suffrage universel ou l'audace qui le supprime : voilà le dilemme poiu^ tous les partis. Je sais qu'on peut tout tenter, tout est possible; mais pour combattre le suffrage universel, il faut tarir les sources de la misère, fille de la concurrence; il faut supprimer la concurrence, fille de la révolution de 89; il faut supprimer soixante ans d'histoire. Il faut combattre tous les antécédents de la révolution elle-même, et remonter par la force de la guerre jusqu'à l'époque où la barbarie russe était l'état naturel de l'Europe. Suivre les calculs d'une réaction insensée, ce serait mesurer tout ce que peut le délire. En définitive, notre dilemme se réduit à marcher dans la lumière ou dans le sang. Si l'on consent à éclairer le peuple, la révolution sera aussi innocente qu'eïufévrier; si c'est l'ignorance exaspérée, si c'est l'émeute de la famine qui doit conduire la France, nous entrevoyons d'horribles catastrophes : il nous faudi-a préférer la mort dans le combat au supplice de l^a victoire.

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