CHAPITRE I
SYMPTOMATOLOGIE Invasion. — Période d'état. — Convalescences. — Rechutes Description de l'accès. — Les robustes, les malingres
et tous les âges sont indistinctement atteints; les nouveaux venus dans une région où existe l'épidémie sont particulièrement frappés.
Invasion. — Après une incubation de quatre à huit jours, sans prodromes, subitement, au milieu de leurs occupations ou pendant la nuit, les sujets sont pris, quelquefois après de légers frissons, d'un sentiment de malaise et de fatigue générale, accompagné de rachialgie intense. La température prise à ce moment est au-dessus de la normale à 38° ou 3895.
Les malades s’alitent en proie à une céphalalgie intense surtout frontale, à des douleurs généralisées dans le dos, les jambes et toutes les masses musculaires. La face et les paupières se congestionnent, les conjonctives s'injectent, tandis que la température ascensionne très rapidement en vingt-quatre heures et moins à 39°, 39°5, quelquefois 40°.
Période d'élal. — La période d'état est constituée en quelques heures, de douze à vingt-quatre. Elle est caractérisée par des symptômes généraux et fonctionnels et un petit nombre de symptômes subjectifs. |
La prostration est très marquée, le malade somnolent est incapable de tout travail physique ou intellectuel. La
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céphalée est intense, à siège surtout sus-orbitaire. Les globes oculaires sont douloureux à la pression, La tempéruture reste élevée sans rémissions matinales notables. Le pouls un peu ralenti est plutôt tendu et pas dépressible. I y à donc discordance légère entre læ fréquence de la pulsation cardiaque et la température.
Les signes fonctionnels consistent en courbatures extrêèmement pénibles, en douleurs dans les muscles, surtout ceux de la cuisse, du mollet et des lombes.
L'anorexie est absolue, accompagnée d’une sensation de malaise au creux épigastrique, d’un état nauséeux, d’une constipation qui se prolonge pendant toute cette période et souvent même après. La langue, propre aux bords et à la pointe, est recouverte sur le reste de sa surface de minces saburres blanchâtres. Ni le foie ni la rate ne présenteñt d'hypertrophie.
On ne relève aucune trace d'éruption vraie sur la peau, dont il convient de noter cependant l’état de sécheresse. On peut observer des traces plus ou moins nombreuses de piqûres généralement très prurigineuses. La face, le cou et la partie supérieure du thorax présentent une rougeur parfois très prononcée. Le facies est vultueux. Les muqueuses de la bouche et du palais sont congestionnées, rouges, les conjonctives injectées.
La durée de l'état fébrile varie de trente- -Six heures à trois jours, elle est rarement plus longue, souvent elle est racourccie.
La défervescence sans être critique est assez rapide; elle s'accompagne généralement de diarrhée.
C'onvalescence. — La température tombe rapidement . à la normale et au-dessous. Cet abaissement s'accompagne d'une bradycardie manifeste souvent très accentuée. On constate une sédation presque complète de tous les symp-
48 tômes, mais sans la sensation de bien-être qui accompagne habituellement la convalescence d’autres pyrexies. Les courbatures généralisées persistent, s'accompagnant d'une asthénie générale musculaire et nerveuse hors de proportion avec la brièveté de la maladie.
A cetteasthéniese joignent'une dépression psychique très accentuée, une incapacité aux travaux intellectuels et manuels, une insomnie rebelle pendant les nuits suivantes. L'anorexie subsiste aussi quelque temps, entrainant un élat d’amaigrissement, d’anémie plus ou moins marquée.
SYMPTOMATOLOGIE
Après celte esquisse un peu rapide de l’accès typique de fièvre à pappataci, qu'il nous soit permis de revenir sur quelques-uns de ses symptômes et de signaler aussi certaines anomalies qu'il peut présenter. ,
Prodromes. — Pendant l'incubation et dans les quarante-huit heures qui précèdent ie début brusque de l'accès on a pu observer quelquefois de la céphalée légère, des troubles digestifs, surtout de la constipation et du manque d’appétit,une sensation de fatigue n'’interdisant pas cependant les occupations courantes.
Température. — L'allure de la courbe des variations thermiques est la suivante :
C’est tout d'abord une ligne droite ascendante débutant par un point relativement élevé, bien que restant généralement de quelques dixièmes de degré et même parfois de un à deux degrés au-dessus du point culminant, pour l’atteindre le premier ou plus rarement le second jour. Puis, à cette ligne ascendante et formant avec elle un angle aigu, une sorte de crochet, succède une ligne descendante qui tantôt revient très rapidement à la normale,
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tantôt s'altarde, prenant une direction plus ou moins oblique. Le plus souvent elle est sensiblement rectiligne ; mais elle présente dans quelques cas une oscillation plus ou moins accusée.
Si la fièvre dure parfois trois jours pleins, le plus souvent le thermomètre accuse une température normale après quarante-huit heures.
Le point culminant de la courbe est très variable. Parfois très élevé, 11 peut atteindre et même dépasser 40° ; le plus fréquemment, il se trouve entre 39° et 40°. Quelquefois l'élévation thermique est à peine accusée 37°8. Pour Doerr les anomalies de la courbe: rechutes successives, température élevée prolongée, doivent faire penser à des complications ou à des infections surajoutées.
Système nerveux.— L'action du virus se fait sentir sur le cerveau, la moelle, les nerfs périphériques. Dans les cas légers, elle ne se traduit que par du malaise, de l’indolence, de la fatigue, une sensation de dérobement
des membres inférieurs ; dans les cas plus graves par la
faiblesse extrême, les vertiges, l’apathie complète, la céphalée intense ou au contraire par un état d’excitation avec délire, convulsions, parfois même syncope. On a signalé de l’'angor pecloris.
L'influence sur les vaso-moteurs explique le facies vultueux, la rougeur de la face, du cou et de la partie supérieure du thorax. à
Les myalgies, qui apparaissent brusquement, disparaissent presque aussi vite avec la défervescence. Exceptionnellement on a constaté des névralgies violentes et de longue durée.
Yeux.— Les symptômes dominants du côté des yeux sont la douleur spontanée du bulbe, augmentée à la pression, avec
sensation subjective de tension intraoculaire et l'injection conjonctivale. Cette dernière apparait d'abord sur la conjonctive palpébrale, puis sur la conjonctive bulbaire, où elle se présente soit régulièrement étalée sur toute la surface, soit limitée à quelques points de la muqueuse; elle donne au regard une expression particulière.
La sécrétion lacrymale n’est pas augmentée ; les yeux sont secs et brillants.
Muqueuses. — La rougeur débute par la partie supérieure du palais, elle s'étend rapidement à la luette et aux piliers du voile, les amygdales sont un peu congestionnées et augmentées de volume. Sur toute la muqueuse buccale apparaissent dans certains cas de petites vésicules un peu brillantes. La tendance aux hémorragies est observée assez souvent, surtout sur les gencives et la luette.
L'épistaxis peut apparaître à toutes les périodes de l’affection ; elle n’est jamais abondante. |
La sécrétion nasale n'est pas augmentée; les malades se plaignent au contraire d’une sensation à la fois d'engorgement et de sécheresse des cavités nasales. L'état catarrhal des voies respiratoires supérieures s'étend quelquefois au larynx, rarement à la trachée, jamais aux bronches. Les signes que l’on pourrait trouver à l’auscultation doivent être interprétés comme fournis par une affection surajoutée.
Appareil digestif. — Les troubles digestifs prédominent assez souvent et on a décrit une forme digestive de la fièvre à pappataci, contrastant avec la forme nerveuse. Nous avons déjà signalé l’anorexie et l’aspect particulier de la langue, ajoutons la fétidité de l'haleine et les vomisse ments qu'on observe dans un quart des cas au début de l'invasion. Ils se réduisent d’ailleurs à une seule régurgitation.
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La constipation est fréquente; mais certains cas ont été accompagnés de diarrhée. Celle-ci n'apparaît dans les cas types qu'au moment de la défervescence. On note parfois unictère léger. La rate n’est qu'exceptionnellement augmentée de volume.
Circulation. — La bradycardie se manifeste surtout pendant la convalescence, elle persiste longtemps : une semaine et plus après la fin de l'accès. Jouin estime qu'il s’agit d'une bradycardie nerveuse, sans lésions du faisceau de His, due sans doute à l'hypertonie du vague sous l'influence du virus, agissant sur les noyaux bulbaires de la dixième paire.
Le même auteur a étudié les variations de la pression aux différents stades de la maladie. La pression maxima prise au Pachon dansles deux premières heures varie de 23° à 165 de mercure, de la douzième à la vingt-quairième heure elle diminue de 18 ‘ à 14°" 5, de la vingtquatrième heure à la soixante-douzième elle remonte JéSérementierté" a419 ne
La pression minima baisse d’abord : 6 * à 8 "5, remonte à la période d'état au chiffre de 9°", 95, pour se maintenir. par la suite à 7 5, 8 <" 9.
La pression différentielle qui indique la puissance cardiaque est de 5‘ de mercure et supérieure à la normale.
Sang.— Laleucopénieesttoujours très marquéesurtoutle deuxième jour, elle porte sur toutes les variétés de globules blancs. Le nombre des polynucléaires neutrophiles varie entre 80 et 65 °/., celui des lymphocytes entre 15 et 25c/. Les éosinophiles diminuent pendant tout l’accès fébrile puis augmentent ensuite.
Reins.— Les troubles de la sécrétion urinaire n'existent pas. Quelquefois on trouve de faibles traces d'albumine.
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Peau.— Les symptômes éruptifssontexceptionnels, mais cependant nets dans quelques cas. Ils sont constitués par un exanthème facial à type rubéoliforme ou ortié. Des érythèmes diffus, fugaces, peuvent être observés sur la face antérieure du bras et de l’avant-bras, l'abdomen, la face antérieure de la cuisse et le genou. Les exanthèmes maculeux ou papuleux des mêmes régions sont très rares ainsi que l'herpès labial.
L’excrétion de la sueur est ralentie au début de la maladie et pendant toute la période d'état; la peau est sèche; les cheveux, la barbe sont rèches.
A la défervescence il se produit une crise sudorale, pro- ‘voquée aussi pendant la convalescence par le moindre travail.
Muscles el articulalions. — Les masses musculaires les plus douloureuses sont les-intercostaux, les muscles avoisinant la colonne lombaire, ceux du bassin et des mollets. Les douleurs sont sourdes, parfois lancinantes, exacerbées par le mouvement.
Les articulations ne présentent rien de particulier; celle du genou est dans des cas très rares un peu gonflée. Il n'existe pas non plus de manifestations subjectives du côté du système osseux.