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Les pièces buccales et le pharynx d'un Staphylin de Ceylan

Les pièces buccales des Staphylins offrent plusieurs particularités intéressantes en rapport avec la disposition du pharynx. La lèvre inférieure forme au-devant du pharynx une sorte de gouttière (atrium) cachée sous le labre. A droite et à gauche se trouve une brosse de forme oblongue, ainsi qu’un ravissant petit peigne formé d’une quarantaine de dents régulièrement espacées 1 . Insérés sur les bords de la lèvre inférieure, ces

1 Les brosses qui bordent l’atrinm des Staphylins ont été décrites par Schïôdte, Erichson et Kkaatz sous le nom de Paraglosse* (Nebenznugen). La partie du labium comprise entre les deux brosses était désignée à cette époque sons le nom de Ligtila (Zunge). (Voy. Schiôdte, Germar’s Zeits. I, p. 162. — Erichson, Berickt ii. die wiss. Leistungen, 1845, p. 42.— Kraatz, Naturg. Ins. Deutsch. IL Staphylini, 1858, p. 5.) Il faut remarquer toutefois que les pièces appelées paraglosses par ces auteurs ne correspondent pas aux paraglosses vrais des Blattes et des Termites. Ces derniers, insérés sur le bord antérieur du labium (en dehors des glosses), se trouvent en effet en dedans et en avant des palpes. — Les peignes du Creophilus n’ont, à ma connaissance, été décrits nulle part. On pourrait, pour éviter toute équivoque, désigner les brosses et peignes de< Staphylins sons le nom d’Organes paralabianx.

Rev. Suisse de Zool. T. 19. 1911.

E. BITGNIOU

organes sont, au point de vue des homologies, difficiles à expliquer. Je suis, après quelques hésitations, arrivé à conclure que ces parties sont des différenciations de l’invagination stomodéale, soudées secondairement aux bords de la lèvre. Il est clair en effet que, s’il s’agissait de pièces dérivées des paraglosses, c’est en dedans des palpes qu’on devrait les trouver.

Quant à leur signification physiologique, mon idée est que les peignes des Staphylins font l’office d’une passoire. Les aliments (matières animales décomposées) étant pressés par le mouvement des mandibules dans l’espace compris entre le labre et l’atrium, les peignes placés de champ, retiendraient les parties solides et laisseraient passer les liquides à l’extérieur. Les brosses maxillaires, extrêmement développées chez ces Insectes, seraient spécialement destinées à ramener les parcelles nutritives vers l'entrée du pharynx.

Ayant, pendant mon dernier séjour à Ambalangoda. capturé de nombreux Creophihts viJUpennis, c’est spécialement sur cette espèce qu’a porté mon étude. On peut prévoir toutefois que la dissection des espèces européennes fera découvrir des dispositions assez semblables.

La meilleure manière de montrer la conformation des pièces buccales est de représenter le dessous de la tête avec le labre et les mandibules, puis de dessiner à part, au même grossissement, la lèvre inférieure et les maxilles. Faisant un calque du deuxième dessin, il suffit de superposer les deux figures pour rétablir les rapports (fig. 1 et 2).

Nous aurons à considérer les pièces suivantes : 1° le clypeus. 2° le labre, 3° les mandibules, 4° les maxilles, 5° la lèvre inférieure (labium, 2 me maxille), 6° l’atrium et le pharynx.

Le clypeus et le labre sont deux pièces impaires, superposées chez notre espèce, prolongeant le bord du front. Les mandibules, les maxilles et la lèvre inférieure représentent, comme on sait, trois paires d’appendices ventraux comparables aux pattes.

STAI'HVLIN DK CEYLAN

Les pièces labiales sont soudées en une lame unique portant les palpes. Le pharynx est. ainsi que son arc chitineux, une différenciation de l’invagination stomodéale.

Le menton qui supporte la lèvre inférieure (mobile chez la Blatte, l’Abeille, etc.) est, chez les Staphylins, soudé à la face inférieure de la tête. En avant se voit une pièce transverse (un peu mobile) désignée sous le nom de promentum (fig. 1). Des deux côtés du menton se trouve l’échancrure maxillaire destinée à l’articulation du cardo. Cette ouverture qui laisse passer aussi les muscles adducteurs de la maxille, se prolonge en avant jusqu’au bord antérieur de la paroi ventrale de la tête. La chitine, épaissie le long de l’échancrure, forme un arc-boutant qui soutient l’articulation mandibulaire. Une membrane élastique tendue du bord de l’échancrure au cardo, au stipes, «à la base de la mandibule et à l’épistome, assure l’occlusion de l’orifice. Le bord antérieur de la paroi ventrale (formé par le menton et les échancrures maxillaires) se trouve un peu en arrière du bord frontal. Entre deux existe un espace haut de l mm ,5 (dans le sens dorso-ventral) destiné à loger les mandibules et lesmaxilles.

Le front, observé de dessous, offre une excavation assez profonde. La tête est prolongée en arrière par une sorte de col qui tourne de part et d’autre dans l’anneau du prothorax. Le trou occipital (placé très en arrière) est taillé aux dépens de la paroi ventrale dudit col. Au-devant du trou occipital se voit un sillon médian (sillon préoccipital) séparant l une de l’autre deux larges surfaces bombées. Ce sillon s’élargit en arrière du menton en un petit triangle qui se trouve, ainsi que les échancrures maxillaires et le menton lui-même, dans un plan plus déprimé.

A l’intérieur de la tête se voient par transparence, sur les préparations éclaircies, deux piliers chitineux écartés en avant en forme de V (tentorium, fig. 1 et 7). Ces piliers, appuyés en arrière sur le bord antérieur du trou occipital, sont unis l’un à l’autre par une plaque transverse relevée au-dessus du men-

E. BUGNION

ton, mais soudée à ce dernier par son bord postérieur. Les branches antérieures, obliquement dirigées à travers la tête, peuvent être suivies jusqu’aux articulations des antennes au côté dorsal ; élargies à ce niveau, elles donnent attache par leur extrémité interne à l’arc suspenseur du labre. Des piliers postérieurs se détachent encore un peu en arrière de la plaque médiane : 1° deux branches courtes destinées à renforcer les articulations des cardos; 2° deux tigelles reliées l’une à l’autre par un arc transverse, formant un petit support destiné à soutenir le cerveau.

Notons enfin deux piliers verticaux qui, s’appuyant par une expansion sur la paroi ventrale de la tête, rejoignent la plaque médiane, puis se détachant de celle-ci, se portent de bas en haut vers le vertex.

I. Le clypeus (épistome ou chaperon, fig. 3) offre un bord antérieur échancré avec deux parties noires placées à droite et à gauche et un bord postérieur droit, de nature membraneuse, attaché au bord du front. Les parties noires sont hérissées de gros poils rigides insérés sur de petits mamelons percés d’un pore. Les bords de l’échancrure sont garnis de poils plus fins et plus serrés dirigés en avant, les plus externes légèrement inclinés de dehors en dedans. L’entrée de l’atrium se trouvant directement en dessous, ces poils forment, au niveau de la bouche, un rideau protecteur.

II. Le labre, partiellement caché en dessous du clypeus, est si intimement soudé à ce dernier qu’il est, même en le séparant avec le scalpel, assez difficile de marquer ses limites. Le clypeus se reconnaît toutefois à ce que son bord postérieur (membraneux) est, dans toute sa largeur, continu avec le front, tandis que le labre, placé en dessous, revêt la face inférieure du clypeus, puis dépassant en arrière les limites de ce dernier, revient en avant pour se prolonger dans la paroi de l’atrium. La continuité du labre avec la paroi de l’atrium est démontrée par la figure 5,

STAPHYUN DK C’EVLAN

exactement dessinée d’après nature. Le labre qui, chez l’Insecte vivant, recouvre l’entrée du pharynx, a été, dans cette préparation, rejeté en arrière, afin de montre] - l’atrium à découvert.

Il ressort de la description qui précède que le labre du CreophUus n’est pas, comme celui des Orthoptères, une pièce indépendante formée de deux lames, mais une lame simple, placée sous le clypeus et soudée par ses bords à ce dernier. La cavité aplatie, renfermée chez d’autres Insectes à l’intérieur du clypeus, est comprise ici entre le clypeus et le labre. On remarque encore qu’il n’y a pas de véritable cavité buccale ouverte en arrière, mais un espace aplati (sinus labro-pharyngé) fermé en arrière par le pli de la membrane (x). Cet espace, assez profond pour recevoir les bords des mandibules au moment où celles-ci se croisent, existe vraisemblablement chez les Coléoptères en général. C’est là, en effet, que sont tout d’abord reçus les aliments, et c’est là également que les fragments nutritifs peuvent, si c’est nécessaire, être pressés et triturés. La bouche (orifice buccal) est, comme chez les Insectes en général, limitée du côté dorsal par le bord du labre, du côté ventral par le bord de la lèvre inférieure, et sur les côtés par les parties basales des mandibules.

Le labre est attaché, à l’endroit où il se replie, à un arc cliitineux mobile (arc du labre, fig. 3 et 10). Cet arc, dont les extrémités se courbent en forme de crochet, s’articule à droite et à gauche au bord interne du pilier antérieur du tentoriiun. Aux crochets de l’arc du labre est appendu d’autre part l’arc chitineux du pharynx. Le rôle de l’arc du labre est de maintenir cette lame en place tout en lui assurant la mobilité nécessaire dans le sens ventro-dorsal. Le labre qui a ses muscles propres peut, au gré de l’Insecte, se relever ou s’abaisser de manière à dilater l’espace labro-pharyngé ou à le resserrer. C’est pour ne pas entraver ces mouvements que le clypeus, placé au-dessus du labre, est attaché au front par une membrane flexible. Les mou-

F,. BUGNJON

vementsdu labre et le jeu des pièces buccales peuvent être aisément d’ailleurs observés sur le vivant. Il suffit de placer le Staphylin sur la platine du porte-loupe et de le maintenir sur le dos au moyen de la ténette. L’Insecte cherchant à mordre, on voit, suivant la position des mandibules, l’espace labro-pharyngé se dilater ou s’aplati]'. Le bord antérieur du labre offre, comme celui de l’épistome, une échancrure médiane et deux parties saillantes à droite et à gauche. L’échancrure du labre répond à peu près à celle de l’épistome. Les bords sont un peu obliques ; les angles antérieurs, mousses et arrondis, portent des poils serrés inclinés en dedans. La face ventrale offre une fossette médiane répondant à l’échancrure et deux parties latérales un peu bombées.

Observé au microscope sur une préparation montée au baume, le labre du Créophile révèle une structure intéressante (fig. 5). La surface entière est garnie de petits poils jaunes, rigides, légèrement incurvés, exactement juxtaposés, insérés sur des lignes très régulières. Ces lignes, dirigées de dehors en dedans Sur les parties latérales, s’incurvent graduellement en se rapprochant du milieu et finissent au niveau de la fossette par aller parallèlement d’arrière en avant; les poils deviennent en même temps plus fins et plus longs. D’autres lignes répondant aux insertions des poils croisent les premières à angle droit. La membrane qui forme le fond du sinus, continue d’une part avec le labre, d’autre part avec la paroi de l’atrium, est revêtue elle aussi de poils d’une finesse extrême disposés par séries. L’ensemble de ces lignes (convergentes vers l’orifice) paraît disposé de façon à faciliter et à compléter l’action des maxilles en dirigeant les parcelles alimentaires vers l’entrée du pharynx.

III. Mandibules (fig. 1). Les mandibules, à pointe acérée courbée en forme de faucille, portent sur leur bord interne deux dents l'approchées l’une de l’autre, placées exactement à milongueur. Les dents de la mandibule gauche sont notablement

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