ROSTAND
Je me bats ! je me bats ! ie me bats ! dit Cyrano. Tous ses héros ont du panache, le panache de Corneille.
Non seulement ils sont braves, mais ils sont spirituels, gamins, gouailleurs, extravagants ; leur épée est fleurie de rubans, leur langage de préciosité et de mignardise.
Ce qui manque à Rostand, c'est le goût. Il se grise au contact de sa muse, il ne sait pas choisir, ni effacer... N'a-t-il pas été jusqu'à aimer... Catulle Mendès l
C'est par là que pèchent toutes ses œuvres. Elles n'en sont pas moins à estimer, et à classer parmi les beaux drames lyriques et les plus remarquables de nos comédies romanesques :
Le gant rouge, 1888, fut un début malheureux. Ce gant joue le rôle de chapeau de paille dans la pièce de Labiche ; il donne lieu à un steeple-chase de combinaisons fort compliquées, à une jolie scène, à beaucoup de mots crus et de passages inconvenants. Il figure dans la pénombre de la glorieuse carrière de Rostand.
Les Romanesques, 1894, remportèrent un succès éclatant : dans le pays bleu de la fantaisie, deux riches bourgeois ont projeté de marier ensemble leur fils et leur fille. Pour amener les jeunes gens à s'aimer, ils feignent d'être ennemis comme les Capulet et les Montaigut... ils réussissent. Péripéties fort romanesques, pas de crudités.
La Princesse lomtaine, 1895, conte bleu, fantaisie shakespearienne tirée d'une légende du Moyen-Age. Un chevalier s'embarque p'^ur l'Orient à la recherche d'une belle. Premier acte remarquable ; les deux autres obscurs, subtils ; mièvreries distinguées. Grand succès.
La Samaritaine, 1897, «évangile» en trois tableaux, est un long oubli des bienséances qui choqua Sarcey lui-même. Dans cet ensemble enchanteur, dans ces
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scènes gracieusement fardées, il manque le rayon divin : le Christ est tout humain ; il s'abandonne à des dissertations amoureuses dont raffolent les chrétiens décadents et ignorants de notre époque.
Cyrano de Bergerac, 1897. Voilà, sinon de la vraie poésie et du vrai théâtre, le meilleur sujet que Rostand pût choisir pour utiliser ses dons et ses défauts. C'est par cette pièce, qu'il brisa le cercle des cénacles et s'imposa aux acclamations du grand public : Cyrano obtint un succès universel. Il plaît par sa bravoure, son badinage, ses exploits amoureux, le débit de ses vers fougueux et colorés dans lesquels il noie ses tristesses.
UAiglon, 1900. « Ce diame en six actes et trente monologues m'a surtout furieusement ennuyé, dit Faguet ; c'est un ronron continu de rhétorique implacable... Je ne puis pardonner à l'auteur le redoutable entassement verbal qui est le fond même de son œuvre. L'Aiglon me paraît une erreur énorme à travers laquelle étincellent des traits de talent exquis ». C'est en raison de ces traits que les admirateurs Ce L'At- ■glon pardonneront à Faguet son jugement, dont nous ne voulons dire ni qu'il est une erreur, ni qu'il est exquis.
Pierrot qui pleure et Pierrot qui rit, 1909, œuvre de jeunesse, un rien sur lequel le poète a jeté la magie de ses vers.
Stanislas Rzewuski, né en 1863, neveu de Mme Hanska, femme de Balzac, est aussi connu des lettrés en France qu'en Russie et en Pologne, par ses ouvrages dramatiques. Il est surtout analyste et philosophe :
Le comte Witold, 1889, trahison d'un époux, son retour au foyer, ses tortures et son suicide ; — Les roses de Bellaggio, 1900, querelle de vieux époux apaisée par le spectacle d'une lune de miel ; peu réservé ; —
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L'impératrice Faustine, 1891, drame historique : portrait de l'illustre dévergondée, femme de Marc-Aurèle, sa trahison et son suicide ; — Le justicier, 1892 ;
— Tibère à Caprée, 1894, drame violent, horribles vengeances de l'empereur contre Séjan et sa famille; rôle d'une jeune chrétienne qui lui prêche le pardon;
— etc.
Joseph-Xamer Saintine (1798-1865), l'auteur de Picciola qui fit tant pleurer. Il a signé de son nom ou de celui de Xavier plus de deux cents vaudevilles, comédies ou drames, dont deux au moins sont restés au répertoire : L'ours et Je pacha, avec Scribe : — Les cabinets particuliers, avec Duvert.
Jules-Vervoy de Saint-Geergee (1801-1875), librettiste très fécond et vaudevilliste assez célèbre : Le gant de la reine ; — etc., etc.
Saint-Georges de Bouhélier, né en 1876, chef de
l'école naturiste. Ses pièces sont des prétextes à développement d'idées ; et les idées sont d'une telle imprécision que les initiés seuls comprendraient La victoire, 1898, le sacrifice de l'amour à la vertu civique : — Le roi sans couronne, 1906 ; — et La Tragédie royale, 1909, anecdote brutale, peinture falote de la méchanceté populaire, débit de trivialités et de crudités, etc.
Gaston Salandri, né en 1860, un des « maîtres » du Théâtre-Libre. La Prose, 1888, est surtout très médiocre ; — La rançon, 1891, roule sur adultère ; — Le grappin, 1892, est une pièce de mauvais lieux : « c'est Le Mariage d'Olympe transporté dans un milieu plus bas )) (J. Lemaîtra).