‹ Les pièces de théâtreChapitre 9 sur 170 · ARNAULT — ARTUS · texte numérisé non relu

ARNAULT — ARTUS

Lucien Arnault, fils du précédent (1787-1863), est un tragique comme son père. Il eut la gloire d'être interprété par Talma dans Régulus, par Mie Georges, dans Catherine de Médicis.

Alphonse Arnault (1819-1860), acteur, et auteur de quelques pièces, entre autres Les Aventures de Mandrin, 1836, mélodrame naïf et amphigourique.

Arnyvetde, de son vrai nom André Lévi, jeune belge qui a réussi à faire admettre à la Comédie- Française La Courtisane, 1906. Dans ce drame subversif, imprécis et bourré de redondances, Ihéroïne, une bête d'orgueil, de luxe et de plaisir, toute de caprices, sans pensée ni conscience, joue avec les destinées d'un pays et permet à l'auteur de débiter ses théories humanitaires et collectivistes.

Louis Artus, né en 1870, critique dramatique au « Petit Journal », à Va Intransigeant », etc.

La plupart de ses œuvres respirent la frivolité ou le libertinage : Ce qu'on, doit taire, 1893, où un mari trompé tue l'amant; — La poire, 1899, très libre, argot de sous-Lavedan, déshabillés ; — La famille Gaudissart, 1903, vaudeville, désordres, adultères ; — Vamour en banque, 1907, pochade libertine ; — LHngénu libertin, 1907, conte galant et licencieux dans le goût du XVIIIe siècle; — et surtout Cœur de Moineau, 1905. Cette comédie a occupé l'affiche durant toute une saison. C'est une aventure légère et parfois très risquée qui se déroule à travers quatre actes mousseux et bien agencés, et qui, de l'avis des critiques les moins sévères, produit une griserie voluptueuse et sensuelle...

Nous classons à part Terrible affaire, folie mouvementée, désopilante, honnête : deux amis rentrent dans une chambre d'hôtel un soir de mardi gras; l'un est ivre, l'autre se déguise en sergent de ville pour faire croire au pochard qu'il a été assassiré par lui

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dans son ivresse ; — Clématite, duo d'amour dans un jardin japonais ; — Totote, ruse d'amour d'une jeune fillo ; — La Chavoinesse, un acte sentimental.

Alfred Aîhis, critique à (t L'Humanité », travaille dans le répugnant : Grasse matinée, 1900 ; — Les Maniriances, 1905 : — Le boute-entrain, 1908. — Une vieille renommée, 1906, un acte d'une irrésistible gaité, ne renferme que quelques mots trop salés.

Théodore Aubanel (1829-1886), de la famille des grands éditeuz's catholiques. Son nom a été évoqué cette année à l'occasion des fêtes de la Provence où ses pùènies et ses chansons sont restés populaires. Il i a consacré à une jeune fille qu'il appelle Zani une idylle brûlante intitulée La Grenade entrouverte. Son drame provençal Le pain du péché (Montpellier," 1878), est une longue chanson d'am.our très passionnée et d'une poésie intense, interrompue par un coup de couteau. Il a été adapté en français par Paul Arène et représenté au Théâtre-Libre en 1888.

Le chevalier Joseph Aude (175.5-1841), le père de Fanchon la vielleuse et de tous les Cadet Roussel, 1793. De to^is ses mélodra^nos grotesques, un seul est resté célèbre : c'est Madame Angot au sérail de Constantinople. Cette poissarde qui est capturée en mer aux environs de Marseille, vendue au grand vizir dont elle obtient les faveurs, a été éclipsée, depuis soa retour en France, par sa fille encore plus bouffonne qu'elle.

Avec les pièces du chevalier, on confond souveni celles de son neveu Joseph Aude (1778-1809).

Camille Audigier a profité des idées qui étaieni dans l'air en 1905 et il a donné La conquête de Vair. pièce en 4 actes, où un inventeur est aux prises avec l'indigence et l'amant de sa femme... Au jour

d'hui on jouit de la conquête de l'air dans les plaines de France et sur les côtes de la Manche... Il y fait plus sain qu'à l'Ambigu.

Emile Augier (1820-1889). Petit-fils de Pigault-Lebrun, l'écrivain licencieux et impie, il vécut sans religion : ce fut le grand malheur de sa vie et la grande lacune de son œuvre.

Il fut un homme de bon sens : il a combattu les doctrines antisociales du romantisme, la toute-puissance de l'argent et les désordres qui ruinent la famille. Somme toute, il fut un moraliste, mais un moraliste médiocre, bourgeois, incomplet, inconséquent, et à ses heures malfaisant et lâche : non seulement, il a préconisé le duel, le suicide et le divorce, mais surtout il a, pour complaire aux impies du jour, plaisanté et blasphémé les hommes et les œuvres de l'Eglise.

On a vanté son talent de mise en scène, son esprit, son style ; mais aussi on a écrit qu'il manque de race et on a rappelé sa phrase de 1848 : « Notre affaire à nous est d'écrire de bons ouvrages et de gagner de l'argent ». Ses qualités littéraires sont fort discutées.

L'histoire de son évolution et de ses capitulations successives l'est aussi. Nous n'avons ni à préciser le caractère de son talent ni à rechercher la meilleure division de ses diverses œuvres : nous les donnons dans l'ordre chronologique.

La Ciçjûe, 1844, pastiche de Ponsard. Un jeune Athénien dissolu est décidé à mourir ; une jeune esclave se présente, il reprend courage, il l'épouse. Augier se pose ici en champion de la morale, contre les romantiques Sand et Hugo qui maudissaient les bonheurs trop vulgaires de la famille.

L'Aventurière, 1848, en vers, accentue cette tendance. C'est l'histoire peu édifiante de Clorinde, la comédienne qui a la noble passion de rentrer dans la vie régulière ; et c'est par voie de conséquence, la

satire des Lelia, des Incliana et des Marion Delorme, dont les écrivains en vogue avaient fait des saintes. « La situation est paradoxale, mais le drame est intéressant et d'une moralité acceptable » (Le Père Longhaye).

Gabrie'le, 1849, en vers, est encore un plaidoyer en action. Gabrielle est une romanesque morbide à la George Sand, elle est malheureuse en ménage. Que de femmes d'aujourd'hui se lamentent comme elle !

Je voudrais., je ne sais l.élas ! ce qiie je veux. Mais rien de ce que j'ai ne satisfait mes vœux.

Son mari l'entreprend : elle se réconcilie avec la vie, son mari, ses enfants et son devoir.

0 père de famille ! 0 poète, je t'aime.

C'est le dernier vers de la pièce : on l'a souvent cité, ori en a fait un cri de guerre et un cri de ralliement. L'œuvre d'Augier est courageuse et elle fut un triomphe : il est fort douteux cependant qu'il suffise, pour réhabiliter le mari ridiculisé par les romantiques, de le montrer aussi poétique que l'amant.

L'habit vert, 1849, est une polissonnerie. Le Joueur de flûte, 1858, est un essai de paganisme erotique. Diane, 1852, en vers, rappelle Marion Delorme et repose sur l'édit de Richelieu interdisant les duels.

Avec Philiberte, 1853, en vers, Augier revient à la comédie. La laide Philiberte est courtisée à la fois par trois gentilshommes ; elle se transfigure si bien, sous l'influence de leur hommage, qu'elle devient, grâce à l'auteur, spirituelle et belle... jusqu'à nos jours. Cette bluette est encore jouée.

On ne reprend plus Les viéprises de Vamour, 1852, et La Pierre de Touche, 1854.

Le gendre de M. Poirier, 1855, en prose, avec San^ deau, marque l'évolution d'Augier vers la comédie de mœurs contemporaines. Le mariage de Gaston de

Presles, avec Antoinette, la fille d'un drapier, met en présence l'aristocratie de race et l'aristocratie d'argent, et montre qu'il ne faut pas se déclasser, parce que la richesse engendrant l'orgueil fait d'un honnête bourgeois un homme pitoyable et grotesque. C'est dans cette lièce qu'on trouve le mot célèbre : « Va te battre 1 »... Il y a aussi un petit adultère.

Il y a dans Le Mariage d'Olympe, 1855, « des indécences grossières, dégoûtantes et froides, des situations odieuses. Cette pièce immorale et crue conte l'histoire d'une fille qui regrette ses joies comme les carpes de Mme de Maintenon regrettaient leur bourbe dans les clairs viviers de Fontainebleau », (Barbey d'Aurevilly) et qui est tuée par son beau-père au moment de s'y replonger.

Ceinture dorée, 1855, avec Edouard Poussier, semble établir que si on n'épouse pas une fortune mal acquise, on peut au moins épouser la fille d'un coquin ruiné.

La jeunesse, 1858,satire et églogue en vers, rappelle Vhonneur et Vargent, de Ponsard. Mariage d'amour et mariage d'argent en présence ; propos odieux ; tirades lyriques sur la vie des champs, dénoûment moral.

Les lionnes pauvres, 1858, en vers, avec Poussier, drame puissant, hardi, profondément immoral, d'abord interdit par la censure. Séraphine, l'héroïne, représente l'adultère vénal, comme la Marneffe, de Balzac.

Un beau maViage, 1859, avec le même, montre que la médaille d'or d'une riche dot à son revers.

Les Effrontés, 1861, remportèrent un succès énorme. Ils sont trois : Le banquier Charrier, le vertueux (?) Serglne, le bohème Giboyer, ils personnifient les infamies de la banque et du journalisme. Augier les campe avec un cynisme magistral et les flagelle avec une violence scandaleuse, en démontrant l'influence de l'argent dans les désastres sociaux.

Le fils de Giboyer, 1862, accentua cette vogue et ces audaces. Son vrai titre, écrit Augier, serait Les Cléricaux, si ce vocable était de mise au théâtre. C'est en effet la caricature grossière et odieuse de la Société catholique de cette époque. Les attaques dirigées contre Louis Veuillot sous le nom de Déodat, Guizot, Mme Svi^etchine et la noblesse provoquèrent à Paris et surtout en province, des troubles mémorables. Le grand polémiste répondit à cette comédie par Le fond de Giboyer, livre à lire.

Maître Guérin, 1864, malgré son dénoûment quasi scandaleux, est plus acceptable. Ce Maître Guérin est un notaire toujours cynique ; mais il démontre vigoureusement que la passion de l'argent est un fléau pour les familles.

Ces trois dernières pièces prirent la proportion d'un événement.

La Contagion, 1866, est comme les précédentes, tirée du sein de la vie moderne. On y voit le baron d'Estrigand, un Lovelace doublé de Mercadet et de Scapin, lutter d'intrigues avec une courtisane et travailler à dépraver ceux qui l'entourent. Un jeune provincial, André, est mis en relations avec lui, il subit toutes les contaminations des orgies parisiennes... et enfin se relève avec indignation par cette sortie : « Faites litière de tout ce qu'on respecte ; 11 vient un jour où les vérités bafouées s'affirment par un coup de tonnerre ». Cette pièce cynique parait dirigée contre les tenants de la blague, les Renan, les Halévy, les About, les Offenbacii : dans ce sens, elle est morale.

Paul Forestier, 1868, en vers, ne .l'est dans aucun sens : il pourrait s'appeler l'école de l'adultère.

Lions et Renards, 1869, est une attaque amère contre le parti catholique incarné dans M. de Sainte- Agathe ; un délayage de Tartufe, des Provinciales et du Juif errant.

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