LE PÈRE ET LE FILS
Lentement, les armées Romaines évacuaient la Judée et reprenaient le chemm de la capitale de l'empire, traînant après elles d'innombrables prisonniers, d'immenses richesses et d'énormes quantités d'objets d'art de toutes sortes qui devaient figurer, au jour du triomphe de Titus, dans la ville de Romulus.
Un vieillard accablé par les ans, épuisé par d'énormes privations, descendait des rochers désolés qui environnent Jérusalem, dans les endroits inaccessibles de ses alentours.
Il marchait péniblement, portant sur son dos un léger bagage, et appuyé sur un bâton de palmier qui soutenait sa marche chancelante.
Il leva les yeux vers ce qui avait été Sion et, devant ce qui restait de la glorieuse et splendide Jérusalem, il ne put retenir ses larmes et ses sanglots.
A peine quelques pans de muraille, des restes de
tours démantelées, parmi les débris des marbres calcinés.
Gà et là, quelques foyers couvaient encore, et, parfois, des jets de flammes s'élevaient, rompant la monotonie des filets de fumée bleuâtre et tranquille qui montaient, en spirales, vers le ciel.
Sur cette montagne où l'Arche sainte avait si longtemps reposé au milieu des royales splendeurs de la dernière merveille du monde, il ne restait plus que des murs lézardés, noircis et calcinés.
Là, les trompettes sacrées avaient, pendant des siècles, annoncé les solennités du Seigneur; là le sacrifice perpétuel, avait témoigné à Jéhovah la dévotion de son peuple; là, l'encens avait fumé incessamment devant le Saint des saints ; là, maintenant, planait le deuil le plus afii-eux que la langue humaine puisse exprimer; là, ne régnait plus que le souvenir des grandeurs éteintes et l'efiroi des funérailles de tout un monde de morts et de vaincus.
Un tremblement aÔreux saisit le vieillard, à ce spectacle épouvantable, il voulut crier à Jéhovah, l'un des psaumes les plus douloureux de David, et la voix s'arrêta dans sa gorge qui ne put rendre que de rauques et lugubres sanglots.
L'état de son âme n'avait plus qu'un nom : la stupeur!
— Eh bien! père, dit une voix à son oreille; que Dieu soit béni de vous avoir conservé à notre affection. Il est pour nous un plus grand miracle que la vue de ces ruines qui ne nous surprennent pas, malgré leur grandiose horreur, puisque Notre-Seigneur Jésus-Christ avait prédit les catastrophes de Jérusalem et de Sion telles qu'elles viennent de se produire, et ce miracle, plus grand que tous, pour nous, c'est de vous retrouver ici, vivant parmi ces ruines et ces cadavres!
Mais le vieillard, j)rosterné contre terre et les bras éten-