CONCLUSION
JAMAIS l'histoire de France n'a été plus présente à nos yeux, dans ce magnifique Paris, ville frontière, ^rteresse des marches, cœur de la patrie. Par ce soir de guerre, dans la douceur de mai, j'ai, ma journée faite, longé le Luxembourg de Salomon de Brosses, les arbres immortels qui décorent son jardin comme une après-midi de Watteau. Je suis monté vers la place- du Panthéon, acropole de la rive gauche. Elle était vide, comme ces vastes arènes de Rome, que le temps a bordées de ruines et de palais. La tour Clovis, Saint-Etiennedu-Mont, le vieux Collège, quelle majestueuse conjonction de siècles! La basiHque, jadis égHse, puis vouée au culte des grands morts, domine de son mur et de sa coupole tous ces témoins des âges. Les dalles blanches et noires qui reten-
tissaient sous les pas de Michelet sont entourées d'herbes folles.
C'est sur cette place, où les ombres du soir sont .à cette heure si doucement graves, et non prés de l'Arc de Triomphe ou de la colonne Vendôme, que je sens le mieux la force, l'unité, la grandeur de notre pays, faites de tant d'accords qui se répondent à travers les siècles. A quelques pas encore, s'élèvent, couronnés de feuillages, d'inébranlables vestiges de l'enceinte de Philippe-Auguste et là-bas, sur la pente de la colline, dans un délicieux jardin, les restes noirs et comme calcinés des Thermes de Julien. Et sur cette place où retentirent toutes nos révolutions, dans leurs triomphes funèbres ou dans leurs combats, je retrouve aussi le dix-neuvième siècle, sa confiance dans la liberté de l'esprit, ses fièvres ré veuses, sa curiosité, son humanité... Telles sont les assises séculaires que nous font les pierres de France. Et à ces assises de pierre répondent les majestueuses assises de notre vie morale qui plongent au plus profond du passé et qui se superposent en nous avec une régularité auguste. Du palais romain à la bibliothèque Sainte- Geneviève, romaine elle aussi par la masse, par la sévérité, par la grandeur, les. âges se succèdent pour nous comme les années d'une vie.
Mais le génie de la race est partout, et non pas seulement aux lieux célèbres. Vous irez le chercher, vous l'aimerez, jusque dans nos villages et dans la solitude des champs. Les grandes villes sont de magnifiques répertoires du passé, d'éloquentes leçons : mais toute la France est là qui nous réclame et qui veut l'amour de ses fils. C'est aux chefs-d'œuvre