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LE BOULEVARD BONNE-NOUVELLE

Martial, aqn.

ruisseaux; un savetier chante gaiement en combinant un ressemelage; une marchande de fleurs pousse devant elle

quantité ; j'y ai recueilli des plantes entières, que d'habiles. botanistes ont reconnues pour Cire originaires d'Afrique; enfin en arri-

son éventaire de chrysanthèmes,, de violettes, d'asters, de soucis... Derrière d'étroites fenêtres encadrées de petits rideaux, des têtes de femmes nous dévisagent. .. d'aulrcs dames, coiffées en coques, soigneusement pommadées, déambulent philosophiquement. Il en va de même dans la suite de ruelles poussiéreuses et malodorantes reliant la rue Beauregard aux boulevards. L'endroit est plus familier que familial.

Nous descendons la rue de la Lune pour revenir à noire point de départ : voici encore d'antiques logis, des frontons sculptés, des vieilles grilles, des fers forgés...

Nous approchons de la porte Saint-Denis... Ça sent de nouveau la brioche, mais ça sent aussi l'absinthe ; ies vieilles maisons se sont modernisées : voici des bars puant l'alcool, voici le « cabaret du Chat-Noir, tenu par Mme Yvette », voici des cinémas, et nous recevons dans les oreilles, à bout portant, le refrain de Viens, Poupoule, déchargé par un redoutable phonographe... Comment avec un tel vacarme songer à la belle- Montespan ?

vant au sol naturel, on y a trouvé un champ planté de vignes, dont on a retiré quelques morceaux de sarments et de racines parfaitement conservés ; en recueillant tous les objets divers que présentait celte masse, on eût pu faire un musée intéressant d'un genre tout nouveau. — Paiuïnt-Ducuatlilet. Hygiène publique, t. I, p. 180-Î8I

PAYSAGES DE SEINE

Depuis quelque temps les badauds du Pont-Neuf (ils datent de Henri III et sont les plus anciens badauds de Paris), penchés sur le parapet, contemplent, admiratifs et charmés, un joli yacht blanc, amarré contre le quai des Orfèvres, à la hauteur de la place Dauphine. C'est pour les Parisiens un spectacle inaccoutumé ; aussi les badauds précités ne se lassent-ils pas de regarder curieusement le va-et-vient des matelots larguant des amarres, filant des' câbles, astiquant des cuivres, et surtout de lorgner les jolies femmes qui lisent, causent ou se promènent sur le pont, recouvert de nattes, du grand bateau clair.

Alors que les propriétaires de yachts remisent les icurs à Menton, Nice ou Monaco, une Parisienne éprise d'art s'est plu à faire flotter son pavillon en plein Paris... et quel coin de Paris son caprice a-t-il élu? le plus ancien, le plus pittoresque, le plus vénérable. C'est contre les berges de la Cité, à la place même où nos

premiers ancêtres attachaient leurs légères nacelles aux poteaux de bois de Lutèce. qu'est arrimé aujourd'hui le yacht élégant où nous déjeunions l'autre matin en la spirituelle compagnie d'artistes, écrivains, avocats, journalistes, et tous nous contemplions, ravis, ce paysage de Seine — pourtant si familier — qui ce jour-là nous semblait tout nouveau !

On croit connaître Paris... erreur profonde, carParis- Protée, sous la seule influence de la saison, du jour, de l'heure... voire lu temps qu'il fait, se modifie, se transforme à ce point que c'est une ville inattendue, imprévue, presque ignorée, qui soudainement apparaît à ses amoureux, leur prodiguant l'enchantement de visions enecre insoupçonnées.

Teî est aujourd'hui notre cas, alors que chacune des grandes arches du Pont-Neuf — qui dans la Seine verte font des ronds bleus — encadre bizarrement un coin de l'horizon ! Ici la magie du décor exalte la magie du souvenir. Songez que notre vision commence aux lointains violets des arbres des Tuileries, suit les palais du Louvre, la pointe feuillue de la Ci.é, les maisons historiques de la place Dauphine, s'arrtte sur le Pont-Neuf, longe le Palais de justice, Notre-Dame et va mourir làbas, après le pont Saint-Michel, derrière la rue Galande, que domine le vénérable clocher de Saint-Séverin, la vieille église parisienne, où Dante a, dit-on, prié! Alors les évocations se mêlent aux nobles lignes du paysage, comme les reflets des ponts, des clochers et des toits se

PAYSAGES DE SEINE

m(s|cnt en tremblotant — à l'eau du fleuve qui, doucement, coule sous la quille du yacht d'où nous contemplons ce féerique tableau.

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