HENRI MONNIER DANS « LA. FAMILLE IMPROVISEE
E. Lami, del.
deville : Etienne Arago (*), son directeur — qui fut maire de Paris en 1870 — était d'ailleurs un des héros des
(1) A peine M. Arago était-il au pouvoir que la révolution de 1830 éclata. Le jeune directeur improvisa,, avec M. Duvert, une pièce de circonstance appelée Les 27, 28 et 29 Juillet.- Ce vaudeville, véritable manifeste politique, brillait par beaucoup d'esprit et de gaîté, mais aussi par beaucoup d'exaltation : né des barricades, il devait sentir la poudre à canon. Le Vaudeville prit alors le titre de Théâtre National. — Chronique des petits Théâtres de Paris, par Brazier, p. 120.
LE THEATRE DU VAUDEVILLE
« Trois Glorieuses », ayant mis à la disposition des soldats de la Révolution les costumes, armes et accessoires utilisés dans une pièce militaire, le Sergent Mathieu, alors en cours de représentation. Le comique Arnal — cher à nos grands-pères — fait acclamer le répertoire
HE.v«u monnier (d'après Gavarni).
abracadabrant de Duvert et Lauzanne; et le spirituel Henri Monnier triomphe dans La Famille improvisée, une bouffonnerie à transformation dont — seul — il remplit tous les rôles... ou à peu près! Le théâtre était en pleine vogue, lorsqu'un incendie vint le réduire en cendres (16 juillet 1838). Le Vaudeville dut chercher un refuge provisoire dans une salle de « spectacle-café » dépendant du bazar Bonne-Nouvelle, près la Porte-Saint- Denis... Cela dura peu, et le 16 mai 1840, le théâtre put
s'installer définitivement en un immeuble situé place de la Bourse, abandonné par la troupe de l'Opéra-Gomique. Ce fut dans cette salle — construite sur l'emplacement actuel de la rue du Qualre-Septsmbre, dans le prolongement des maisons faisant face au Palais de la Bourse — que se livrèrent pendant près de trente ans les belles batailles dramatiques qui révolutionnèrent Paris.
Un groupe de jeunes dramaturges, Th. Barrière, E. Augier, Octave Feuillet, A. Dumas fils, V. Sardou, créa un art nouveau, jetant sur la scène le mouvement, la vie, les passions, modernisant le romantisme conventionnel de 1830... Le 2 février 1852, le théâtre du Vaudeville afficha la première représentation de la Dame aux Camélias dont A. Dumas fils, son glorieux auteur, contait ainsi la genèse : « Elle fut écrite dans l'été de 1849 en huit jours à peine, au petit bonheur... sur tous les morceaux de papiers carrés ou non trouvés sur ma table ». Dumas fils nous dit ensuite avec quelle émotion il lut les trois premiers actes à son grand homme de père... « Allons, lis-moi le reste », et, me parlant ainsi, il me regardait comme il ne m'avait jamais regardé... Il était deux ou trois heures. J'avais un rendez-vous auquel il m'était impossible de manquer... « Va et reviens vite, j'ai hâte de connaître la fin... ». L'affaire* qui m'appelait au dehors fut promptement expédiée et je revins en courant à l'avenue Frochot. Au moment où j'ouvrais la porte de son 'cabinet, mon père se leva tout en larmes et me serra dans ses bras. « Je n'ai pu résister, me dit-il,
LE THEATRE DU VAUDEVILLE
« Je voulais savoir si tu t'en étais bien tiré jusqu'au « bout... Ce sera un immense succès, si la censure laisse « jouer ta pièce... ». Nous nous embrassâmes encore une fois, une longue fois, en pleurant tous les deux, et
ARNAL DANS k UNE FIEVI.E BRULANTE ».
le grand succès de la pièce ne m'a certainement pas causé le quart du bonheur que j'avais éprouvé ce jour-là. »
Les Filles de marbre, les Parisiens, les Faux Bonshommes, le Mariage d'Olympe, le Roman d'un jeune homme pauvre — où débute une délicieuse jeune fille,
Blanche Pierson — continuent la triomphante série que couronnent quelques-unes des premières œuvres du
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