‹ Les pierres de ParisChapitre 21 sur 61 · CI.OTILDE, femme de Préval, 34 au» CtoiillMll · texte numérisé non relu

CI.OTILDE, femme de Préval, 34 au» CtoiillMll

A, leur fille, 16 ans LlTHla.

raiier acte a l'hôlel et Raoul te PiHlrt. reproduction et de traduction rH.i\?s.

chapeaux, le Champagne et jusqu'aux bottines Benoîton, mais encore Frédéric Febvre et Félix, deux des meilleurs

interprètes de la pièce, purent contempler — comble de la popularité — leurs portraits exécutés en saindoux à la devanture d'un charcutier de la rue de la Mare, à Belleville ! Enfin Harmand, le directeur, fit afficher dans le vestibule du théâtre cette mirifique réclame : « Vu 'affluence des étrangers au bureau de location, on y ltrouvera, dès demain, un interprèle polyglotte ! »

'Mais les derniers jours du Vaudeville de la place de la Bourse étaient comptés. Ce fut sans regret que Paris vil supprimer par le préfet Haussmann cette salle incommode et dangereuse. Le percement de la rue du Quatre- Septembre (qui s'appela d'abord rue du Dix-Décembre) entraînait la démolition du théâtre, qui ferma ses portes le 11 avril 1869, pour les rouvrir douze jours plus tard à l'angle du boulevard des Capucines et de la chaussée d'Antin. Nous n'avons pas à conter la nouvelle odyssée du Vaudeville, ce sont là événements trop récents ; rappelons simplement les commencements difficiles du théâtre, — la guerre, le siège de Paris qui en closent les portes, les hésitations, les tâtonnements... bref, ce fut seulement en 1872 que le succès reparut avec Rabagas. Mais quelle bataille! — Paris alors était en état de siège; quelques journaux dénonçaient par avance la pièce de Sardou... Rabagas, c'était Gambetla, assuraient-ils... Or, Rabagas, écrit avant 1870, visait dans la pensée de l'auteur une tout autre personnalité politique... Menaces injures, tapage: le général de Ladmirault, gouverneur de Paris, massant — le soir de la première représenta-

LE THEATRE DU VAUDEVILLE

3fc»

tion — sa cavalerie aux alentours du théâtre!...^), quel joli prologue pour une satire politique! — Le 30 octobre de la même année, Léon ^^__^

Carvalho — le directeur ar- /^ ,NS

tiste, l'homme charmant à qui Gustave Flaubert envoyait un exemplaire de la Tentation de saint Antoine avec cette dédicace de défi :

« Mets-la en scène celle-là, mon bon ! » — donna la première représentation de r Artésienne d'A. Daudet.

Qui le croirait aujourd'hui?

la pièce parut longue, triste, dénuée de tout intérêt. La musique de Bizet, ce chefd'œuvre, passa inaperçue!., et pendant que l'orchestre jouait l'Intermezzo, Bizet, désolé, interrogeait anxieu

M1'8 BLANCHE PIKHSOX.

Ph. Reutlinger.

(1) Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques.

Paris, le 27 octobre 1905.

« Cher Monsieur Sardou,

« Je m'empresse de vous adresser ci-après les renseignements que vous désirez avoir au sujet de Rabagas.

« La première représentation a été donnée au théâtre du Vau^ deville le 1er février 1872 avec une série de 237 représentations qui a pris fin le 29 septembre.

« Du 30 septembre au 18 octobre, il y a eu une interrap-

sèment, par le judas de la toile, la salle inattentive, les spectateurs debout, tournant le dos, causant ou plaisantant!... et Bizet regagna les coulisses avec de grosses larmes coulant derrière les verres de son lorgnon...

Le succès alla à Mlle Fargueil qui jouait Rose Marnai avec d'admirables envolées de passion, et. surtout à une toute jeune fille, une inconnue, exquise de grâce, de charme, de sensibilité dans le rôle touchant de Vivette... On s'informa : la débutante sortait du Conservatoire; c'était la fille d'un brave artiste sculpteur; elle s'appelait Julia Regnault et avait adopté pour le théâtre ce nom clair de Bartet qu'elle devait auréoler de gloire. Dès sa première inoubliable apparition, la « Divine » avait conquis Paris! (*).

tion pendant laquelle 19 représentations de »& Artésienne ont été données.

« Ensuite, 36 représentations de Rabagas ont eu lieu en seconde série.

« C'est donc, pour les deux séries réunies, 273 représentations.

« Veuillez agréer, cher Monsieur Sardou, l'expression de mes bien respectueux et bien dévoués sentiments ». — • (Lettre de Gangnat, agent général, à Victorien Sardou.)

(1) Un des auteurs les plus difficiles à contenter, bien certainement, M. Victorien Sardou se décida à confier à Mlle Bartet la création d'un rôle capital dans un grand ouvrage*. Ce ne fut pas sans quelques réserves cependant, car il mit tout d'abord comme condition que ce ne serait qu'au bout de quinze ou vingt répétitions qu'il se prononcerait définitivement sur la distribution dudit rôle. M1Ie Bartet eut le bon esprit de ne pas se trouver froissée. Elle accepta la condition sine qua non de l'auteur tout-puissant et bien

PORTRAIT DE Mlle BARTET DANS « l'aRLÉSIENNE ».

A. Braun, photoj.

LE THEATRE DU VAUDEVILLE 169

Nous n'avons pas à raconter ici les fortunes diverses du Vaudeville où, de tout temps, les amoureux d'art ont pu applaudir les plus éminents comédiens. Nous ne cite-

Mm« RÉJANE DANS « Mme SANS-GÊNE ».

Reutlinger, photog.

lui en prit car, quinze jours ne s'étaient pas écoulés que M. Sardou déctarrô à la direction du Vaudeville qu'il n'aurait pas trouvé dans tout Paris une femme qui fût capable de mieux jouer le rôle et qui réalisât mieux son type. — Foyer et coulisses. (Vaudeville, p. 102.)

rons qu'un nom, celui de Mme Réjane, il n'en est pas de plus triomphant.

D'autre part, énumérer les auteurs acclamés en ce beau théâtre serait dresser le palmarès de la gloire !

Il nous a plu simplement d'évoquer quelques lointaines étapes de l'histoire du Vaudeville, si intimement liée à l'histoire de noire cher Pari».

PARIS LA NUIT

Autour de Sainî-Merri.— L'hôtel de la Haute-Loire. Chez Emile. — Le Caveau des Halles.

Onze heures; de gros nuages violacés passent devant la lune, et parfois des coups de tonnerre mêlés d'éclairs — tels des jets de lumière électrique — découpent sur le ciel les silhouettes aiguës de l'immense ville... Dans le grand atelier où ils achèvent les cigares, nos amis s'énervent... Ils ont hâte de partir, d'aller fouiller quelques coins bizarres, tragiques ou comiques du Paris nocturne. Mieux vaudrait cependant patienter; l'excursion sera d'autant plus typique que nous la ferons tardivement.

Ce n'est pas avant une heure du matin que les bohèmes, les malchanceux, les purotins, les apaches et les filous gagnent les abris que nous comptons visiter; tanières pour dormir, repaires pour boire, chanter, fumer, s'étourdir... oublier peut-être!

Jusqu'alors le troupeau des miséreux « court sa chance » ; les uns, industriels du trottoir, embusqués à

la porte des théâtres, des cafés, des cinémas, hèlent tes autos, ouvrent les portières, ramassent les bouts de cigare, hurlent le Sport ou la Presse... « Demandez la Presse... dernière édition ». D'autres — artistes désabusés — dépouillent philosophiquement la défroque des seigneurs Louis XV ou les pittoresques harnachements des cow-boys qu'ils viennent de « figurer », à quinze sous par tête, au Châtelet, à la Porte-Saint-Martin ou à l'Ambigu, et prennent le chemin des Halles, des refuges, des asiles de nuit... pauvres diables, vaincus de la vie, qu'il faut plaindre et soulager. Le reste — vagabonds dangereux, gibier de correctionnelle, candidats « à la Nouvelle, etc. — arpente le pavé gras, en quête de mauvais coups à faire, de passants attardés à attaquer, de pochards à dévaliser, de filles à rançonner.

Nous partons enfin; minuit tinte au clocher de Saint- Merri quand nous nous enfonçons dans le lacis de ruelles boueuses et de « rues chauldes » enserrant la vieille église parisienne.

C'est comme une plongée dans un Paris d'un autre âge, un Paris contemporain de Rabelais, rempli de truands, de mauvais garçons , de maupiteux et de francs-licheurs... Les noms mêmes des rues que nous suivons — sentes noires au fond desquelles danse de loin en loin la lueur d'une étoile reflétée dans des flaques d'eau sale — fleurent la cour des Miracles : rue Taille-Pain, rue Brise-Miche, rue Pierre-au-Lard , impasse de la Baudroirie... A droite, à gauche, des tau-

1,'ÉGI.ISE SAINT-MERIU»

Ronargua frères, del. et sculp.

PARIS LA NUIT

dis, des maisons croulantes, disloquées, hydropiques, avec des « plombs » collés comme des verrues sur leurs façades crasseuses. Par-ci par-là des lanternes blafardes

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