‹ Les pierres de ParisChapitre 22 sur 61 · QUARTIER SAINT-MERRI. — ANCIEN HÔTEL DE LA REYNIB · texte numérisé non relu

QUARTIER SAINT-MERRI. — ANCIEN HÔTEL DE LA REYNIB

24, rue Quincampoix.

signalant des hôtels meublés à six sous la nuit. . . Nous côtoyons des entrées de porte suspectes, des angles d'ombre inquiétants, des « zincs » devant lesquels des clients, au masque blême, jouent une dernière tournée au Zanzibar. Des filles en cheveux, très jeunes ou d'un âge improbable, nous regardent passer en fumant des

cigarettes... l'un de nous a une casquette de chauffeur et un grand macfarlane gris... Une voix grasse glapit :

— C'est des grands-ducs en balade!

Une halte à l'hôtel de la « Haute-Loire », 24, rut Quincampoix — ex-hôtel de la Reynie. Ce fut parait-il. jadis, une demeure seigneuriale habitée par Gabrielle d'Eslrées! Ce n'est plus, aujourd'hui, qu'un « dormoir » à l'usage des porteurs aux Halles et des maçons; braves gens, forcés professionnellement à se lever au milieu de la nuit ou aux premières heures du jour. Aussi se couchet-on de bonne heure à l'hôtel de la « Haute-Loire » et y dort-on à poings fermés. Nous entrons, nous gravissons le curieux escalier de bois sculpté, contemporain de Henri IV, où s'accrochèrent peut-être les jupes lamées d'argent de la royale favorite, et au premier palier nous lisons cet a\is: « Le propriétaire de l'hôtel prévient MM. les locataires qu'il tient à leur disposition des linges à l'usage des pieds. » Les successeurs de Gabrielle d'Estrées portent des « chaussettes russes » !

L'hôtel est tout secoué de ronflements sonores... Un rapide coup d'œil au « Sénat » ; c'est la chambrée de choix réservée à MM. les habitués... Une vingtaine de lits bien alignés, bien propres, dont le patron s'enorgueillit à juste titre :

— Pensez donc, messieurs, que nous avons des « sénateurs » qui couchent ici depuis plus de quinze ans, dont un marchand de mouron qui fut riche à plus de deux millions!...

PARIS LA NUIT

Par la rue de Venise., encombrée de pochards et de pierreuses — cette rue de Venise où, sous la Régence, en 1720, pendant la folie déchaînée sur Paris par le banquier Law et ses actions du Mississipi, le jeune comte de Horn, prince allemand apparenté au Régent, assassina pour le voler un « porteur d'actions» nommé Lacroix, — nous gagnons le boulevard Sébastopol, — le « Sébasto » cher aux apaches.

Déjà, sous la nuit bleue, les braves travailleurs des Halles déchargent les voitures de navets, de carottes, de choux, de panais et de céleris; des gaillards aux solides épaules transportent au bout d'une courte perche ferrée des bœufs dépecés,

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