LES DÉPUTÉS DE LA RIVE GAUCHE (4 SEPTEMBRE
le Caprice', à l'Opéra-Comique, Zampa, avec Léon Achard; à la Gaîté, la Chatte blanche] au Palais-Royal, les Diables roses. Bal au jardin Mabille et au Tivoli- Vauxhall.
Un gros rassemblement devant le théâtre du Gymnase (où Mlle Desclée joue ce soir le Demi-Monde) : les
sergents de ville occupant le petit poste tapi contre les marches donnant accès à l'église Bonne-Nouvelle auraient chargé la foule à coups d'épée... « Us ont bien fait, ripostent quelques-uns; des voyous avaient tiré sur eux des coups de revolver... » Les grilles sont fermées ; deux gardes nationaux, l'arme au bras, montent la faction devant le poste hermétiquement clos.
Toute une population, frémissante, nerveuse, se presse sur les boulevards, beaucoup de citoyens en bourgeois, coiffés d'un képi ou d'un shako — dont l'aigle a été arrachée — et porteurs d'un fusil orné de feuillages enlevés aux arbres des squares, beaucoup de femmes, beaucoup d'enfants; les marchands de coco font des affaires d'or. C'est à peine si l'on parle de la guerre et de nos pauvres soldats... On semble espérer... on « veut» espérer qu'un changement de régime amènera un changement de fortune, et il est inouï de constater qu'en ce jour de deuil, Paris prend un air de fête !
A l'angle du boulevard et de la rue Saint-Denis, deux chanteurs ambulants dégoisent des couplets orduriers sur l'Impératrice...
Le dîner est fiévreux... Chacun raconte les épisodes effarants, touchants, patriotiques ou comiques recueillis au hasard de ses courses. Notre père- a rencontré Sardou, qui lui a narré son entrevue avec le général Mellinet, la diplomatie qu'il dut employer pour amener le général à retirer les soldats et à éviter une inutile effusion de sang... Vers deux heures le drapeau avait
été amené (4), l'Impératrice-Régente ayant quitté le château; à trois heures, les voltigeurs de la garde impériale