CONSTRUCTION DE L EGLISE DU SACRÉ-COEUR
Houbron, pinxit. Musée Carnavalet.
prendras la plus effroyable des purges... — Oh! pas d'danger, m'sieu Bruant, on les respecte vos quat'pattes.
— D'où sors-tu? on m'a dit que tu venais de tirer deux ans d'ombre... Où avais-tu pigé ça? — ... C'est parce qu'un agent m'avait vu donner un sou à un pauvre... Ça l'a épaté c't'homme... ma prodigalité lui a paru suspecte... 11 m'a empoigné... et aujourd'hui c'est la grande purée... Mauvaise saison pour les petites médailles... — Pas le temps de te plaindre, adieu... Donne tout de même deux cartes... — Oh! merci, Messieurs... » Et nous nous enfonçons dans le brouillard.
Longeant le Sacré-Cœur, dont les immenses murailles ont des apparences de constructions babyloniennes, nous passons devant le mur galeux où furent fusillés
— le 18 mars 1871 — les généraux Clément Thomas et Lecomte, puis nous dévalons du côté de Saint- Ouen, par de pittoresques ruelles où des moitiés de vieux puits sont encore encastrées dans des murs branlants. Nous descendons des escaliers disloqués, bordés d'iris fanés, de grands buis blancs de gel, de fusains poudrés à frimas, et nous entrons au numéro 22 de la rue du Mont-Cenis, dans un pauvre jardinet où errent des chiens maigres, où picorent des poules érupées... Des retombées de lierre voilent à demi les entrées de cave... du linge effîloqué pend, lamentable, sur des fils de fer rouilles... Ici demeura Berlioz en 1834, peu de temps après son mariage avec l'actrice Harriett Smithson; sa « Sensitive », l'Ophé-
lia adorée d'une troupe anglaise en représentation à l'Odéon. La rue du Mont-Cenis s'appelait alors la rue Saint-Denys. La maison était petite : deux pièces au rezde-chaussée, deux au premier étage. Mais quelle vue merveilleuse ! de ses fenêlres, encadrées de vigne, le jeune ménage découvrait toute la plaine Saint-Denis jusqu'à la vieille basilique. « Je me crois à Tivoli, écrivait Berlioz à un ami... Venez donc admirer notre ermitage. » Le Maître vécut ici trois ans. écrivant ses mordantes critiques dans le Rénovateur et aux Débats, achevant Harold en Italie, composant Benvenuto Cellini, bâclant des romances pour le Pilotée, journal des Modes. Ici lui naquit un fils, le 14 août 1834. Tout fier il alla le déclarer à la mairie de Montmartre... Il y eut grande fête à l'Ermitage et les amis, Alfred de Vigny, Hiller, J. Janin, E. Sue, Chopin montèrent y fêter l'heureux événement! Pauvre ermitage, si joyeux jadis, en quel état le voyons-nous aujourd'hui!... (*).
(1) On racontait qu'Alphonse Karr avait loué à Montmartre un ancien bal public, un Tivoli, à moitié tombé dans les carrières. Il ' en restait un petit bois et le bureau des cannes. La nuit, Karr se couchait dans le bureau des cannes, et le jour il se promenait dans le petit bois : ce fut là qu'il venait de composer Sous les Tilleuls.
Berlioz trouva pour le terme d'avril un logement à la campagne avec jardin. Passé la barrière des Martyrs les voici qui montent, lui et son Harriett, tous deux par une grande avenue plantée d'arbres, vers les moulins. Sur la vieille église s'élève, en façon de clocher, une massive tour ronde adaptée à la courbe du chevet et qui porte la longue potence d'un télégraphe à signaux. L'église, entourée de son cimetière plein de tombes et d'arbres, occupe le
Nous voici maintenant rue Corlot, venelle étonnante où les cimes des arbres débordent de palissades et de murailles noircies par les pluies, couvertes d'inscriptions impossibles à reproduire ; c'est la « petite correspondance » des apaches et des pierreuses montmartrois... serments d'amour, serments de haine, injures envers les puissants du jour, imprécations contre les « flics », rien n'y manque... Au numéro 16, Bruant sonne, on ouvre ; nous pénétrons dans le pittoresque logis où si longtemps se lut, au haut des six marches de pierre qui y donnent accès, cette inscription : « Chansonnier populaire ».
Toute trace de l'amusante installation d'autrefois a disparu; nous sommes dans un atelier de menuisier, rempli d'établis, de bois rabotés, de copeaux, de scies, de pots de colle... Mais le parc, l'admirable parc est intact... il s'étale devant nous dans sa sublime beauté.
centre du village. Devant elle une petite place avec des maisons rustiques; tout à côté, la mairie. Çà ^et là des cabarets avec des bosquets où l'on joue aux boules.
Leur maison est plus loin. Ils dépassent l'église et s'engagent dans la rue Saint-Denis, qui descend le versant nord, pavée seulement pour le ruisseau du milieu et ombragée par de grands arbres qui se rejoignent au-dessus d'elle.
A peine au quart de la descente, la rue Saint-Denis est coupée par la rue Saint-Vincent — une pittoresque ruelle à flanc de coteau, dominée par des terrasses et dominant à son tour d'autres jardins Au coin des deux rues, la maison à droite, c'est là.
Adolphe Boschot. Un romantique sous Louis-Philippe (4831- 4842), p 232.
Le brouillard gris, formant derrière les grands arbres un épais rideau, nous bouche les vastes horizons de la plaine Saint-Ouen, mais nous voile deux ou trois hautes bâtisses modernes qui déjà montent à l'assaut de « la Butte ». Il est stupéfiant de penser que cette enclave de la forêt de Fontainebleau ou des bois de Meudon se rencontre en plein Paris! Des arbres gigantesques, ormes, peupliers, chênes ; de longues allées de tilleuls ; des terrains vallonnés, de grandes
UNE FERME A MONTMARTRE. n , v »,
iougeres arborescentes, de hautes
Eau-forte de Charles-Jacques.
ciguës gelées où le givre accroche ses dentelles d'argent; de l'herbe, des mousses comme duvetées de sucre en poudre... un paysage de féerie d'où sortent des chants d'oiseaux,
Car les buissons barbus cachent des nids de merles (*).
Nous descendons une suite de pentes raides, nous retenant aux branches pour ne point glisser, et d'une terrasse à moitié éboulée nous surplombons l'étonnante rue Saint-Vincent. C'est ici que travaillait Bruant... c'est ici qu'il se documentait d'après n'ature. Durant les nuits d'été tièdes et bleues, penché sur cette ruelle où les irréguliers montmartrois des deux sexes
(1) Le Bois sacré (Edm. Rostand).
Cliché F'otticr.
LA RUE SALVr-VIMCENT k MONTMARTRE (1908).
s'assignent volontiers de galants rendez-vous, il écoutait les personnages de ses chansons conter leurs petites affaires, vider leurs querelles de ménage, « jaspiner » ce langage vieux comme le monde, féroce, poétique, coloré qui s'appelle l'argot, que Bruant a tenté de codifier
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LES MOULIiNS DE MONTMARTRE VERS 1845.
Lilh. de Lemercier.
en un étonnant et savoureux dictionnaire. Tous les peintres amoureux de pittoresque ont reproduit la rue Saint-Vincent, d'autres s'apprêtent à l'immortaliser de nouveau. Le pourront-ils désormais? Aujourd'hui, la ruelle fameuse est close à son débouché sur la rue des Saules, près du Moulin de la Galette... Les derniers
orages entraînant les terres ont disloqué une partie des murs de clôture.
Bruant, plus ému qu'il ne veut le dire, Bruant à qui cette verdure sauvage rappelle toute sa jeunesse est là? planté sur' un tertre, mâchant une herbe, les grosses bottes enfoncées dans la terre molle, roulé dans son large macfarlane; sa fine tête de chouan résolu, coiffée d'un énorme chapeau de feutre, se découpe — nette comme un profil de médaille — sur le brouillard... Bruant rêve à son « Montmartre », à ce peuple de bohèmes, de nomades, de jolies filles effrontées, de besogneux à l'insouciance ricaneuse, de « refilcurs de comètes », de malheureuses créatures « dont le cœur est plus piétiné qu'un trottoir » ; à tout ce monde extraordinaire, effrayant, cynique et comique, roublard et ingénu, qu'il connaît mieux que personne... et nous nous éloignons, émerveillés et pensifs, pendant que Bruant fredonne :
Quand ils l'ont couchée sous la planche Elle était tout' blanche.
Mêm'qu'en l'enscv'lissant Les croq'morts disaient qu'la pauv'gosso Était claquéeTjour de sa noce Ru' Saint-Vincent !...
Le brouillard s'épaissit de plus en plus, les becs de gaz brillent. entourés d'un halo orange et bleu... Nous suivons d'étroites ruelles où le pied glisse, rappelant de temps en temps « Toutou » qui s'obstine à flâner au-
LA VR.aiG « BUTTE )) MONTMARTRE 329
tour des bornes... Des buées tièdes qui semblent traîner sur le sol glacé sortent des bouches d'égout,
Du bruit, des lumières, des accords de guitare... Nous voici rue des Saules — au « cabaret des Assassins »... Rassurez-vous, aimables lectrices, l'endroit n'est terrible que par l'enseigne. Quand nous entrons la « patronne des Assassins », très émue, s'ingénie doucement à faire avaler un peu de lait chaud sucré à un petit chat dont un « sale chien » vient d'endommager la patte... Une grande salle, des bancs, des tables cirées, deux ou trois tonneaux vides, au mur des affiches, une cheminée à hotte où flambe un bon feu, et le chansonnier de la boîte — qui dans la journée est potier, — un joli homme à la barbe frisée, vêtu d'un suroît et d'un pantalon de velours, saisit sa guitare et, les yeux mi-clos, soupire en notre honneur, d'une voix veloutée... les stances de Ronsard :
Quand au Temple nous serons,
Agenouillés nous ferons
Les dévots selon la guise...
Les stances de Ronsard au « cabaret des Assassins » !...
La place du Châ!eau- d'Eau. — Les grands boulevards. — L'Hôtel de Ville. — Les Quais.
Ce matin-là — un radieux dimanche inondé de soleil — nous nous levâmes de bonne heure, mon frère et moi... Au dîner de la veille nos parents avaient paru si désolés, les nouvelles de la guerre semblaient si menaçantes que nous avions hâte de savoir. La porte de l'appartement de notre mère étant encore fermée, nous sortons furtivement du petit hôlel familial et courons jusqu'à la place du Château-d'Eau, actuellement place de la République.
Au milieu, s'élevait alors une vaste fontaine de pierre, transportée aujourd'hui place Daumesnil, et remplacée par une massive statue de la République. Six lions de bronze vert jetaient de l'eau dans les larges vasques... Ces lions, nous devions l'an suivant — aux derniers jours de mai 1871, pendant l'agonie de la Commune — les retrouver troués de balles et d'éclats
d'obus, renversés dans les bassins remplis d'eau teintée du sang des combattants et aussi du pétrole provenant des touries saisies par l'armée de Versailles à la caserne du Prince-Eugène et aux Magasins Réunis (aujourd'hui Hôtel Moderne) dont les ruines fumaient encore... Dans l'horrible mixture traînaient des képis de fédérés, des débris de fusils, des «godillots» en loques... Un peu plus loin, à l'entrée du boulevard Voltaire, à la hauteur du numéro 4, une barricade épaulée à une maison calcinée et sur la barricade un canon démoli, renversé, une roue engagée sous les pavés, l'autre roue en l'air avec son fer de bandage à moitié déroulé... A quatre pas de cette barricade, Delescluze avait été tué; des branches d'arbres hachées par la fusillade et la mitraille gisaient à terre ; le sol était encore rouge de sang.
Depuis les premiers jours de la guerre, nous avions pris l'habitude d'aller aux nouvelles à l'angle du mur de la caserne, où étaient apposés les bulletins officiels, au coin de la rue de la Douane. Ce dimanche 4 septembre, malgré l'heure matinale, huit ou dix personnes, silencieuses et consternées, se pressaient déjà devant l'affiche blanche... Nous nous hâtons! Toute ma vie je reverrai le papier fatal collé sur la pierre voisine d'un soupirail grillé ouvrant sur une cave sombre; depuis, jamais je ne traverse la place sans qu'invinciblement mes yeux n'aillent se poser sur cette pierre évocatrice... L'affiche disait le désastre de Sedan... « Un grand malheur frappe la Patrie... la défaite... l'Empereur rendant son
iSi
épée... » Nous n'en pouvions croire nos yeux... nous rentrons en sanglotant au logis.
Nous trouvons dans le jardin nos parents en larmes ; des amis arrivent; on s'embrasse, on discute, on divague, le vieux chauvinisme aidant on se reprend à espérer malgré tout... On cite des noms... «Avec la France il ne faut jamais... Mais que va faire Paris... que se passe-t-il dans les rues... il faut aller voir... » et nous voici, revêtus de nos uniformes de lycéens de Louis-le- Grand, remontant les boulevards.
Il est dix heures : les boulevards semblent très calmes; des rassemblements devant les bulletins et les kiosques de journaux... des estafettes circulent au grand galop... A la hauteur de la porte Saint-Denis, des groupes d'hommes, se tenant par le bras, défilent sur la chaussée, criant : « Déchéance... déchéance... Vive Trochu!... » Beaucoup de gardes nationaux en tenue, de francstireurs en chapeau tyrolien, de flâneurs en veston, le képi sur la tête, le fusil sur l'épaule... les' camelots courent, hurlant les journaux... On fait des ovations à deux officiers de mobiles passant en voiture, une dame leur lance des fleurs en pleurant... (*) »
(1) Notre grand peintre national, Edouard Détaille, alors mobile au 8me bataillon des mobiles de la Seine, a bien voulu nous confier ces pittoresques souvenirs :
« Le 4 septembre, j'étais au camp. Nous étions une bande de joyeux compagnons que les événements impressionnaient fort peu. Germain, des Nouveautés, était clairon dans ma compagnie, dont faisaient partie Walewski, Frédéric Masson, de Marescot, Lecomte,
Sur la place de la Concorde très peu de monde : les arroseurs se livrent tranquillement à leur besogne ordinaire, et l'omnibus américain — stationné à l'entrée des Champs-Elysées, près des chevaux de Marly — se garnit de promeneurs endimanchés décidés à passer la journée dans les bois de Saint-Cloud ou à manger une friture au Bas-Meudon! Le jardin des Tuileries est fermé et vide; nous suivons les quais : les pêcheurs à la ligne sont à leur poste. Le drapeau tricolore flotle sur le pavillon central du palais des Tuileries; l'Impératrice Régente est toujours au château; par les galeries vitrées du rezde-chaussée l'on aperçoit des voltigeurs de la garde. Dans la cour du Carrousel quelques officiers de service, l'air préoccupé, fument en faisant les cent pas. Deux cavaliers, la carabine sur la cuisse, immobiles, montent la garde devant les tentes de bois placées à droite et à gauche du petit arc de triomphe.
Notre déjeuner rapidement expédié, nous reprenons notre course à travers Paris ; mon frère sort avec notre père; j'accompagne mon grand-père. L'aspect des bou-
Berlin, Du Paly, Boitelle, etc.. Je me souviens que c'est Alexandre Duval qui, passant la lôte par l'ouverture de la tente où nous nous tenions, nous annonça la terrible nouvelle de la guerre et la révolution à Paris. Nous étions très jeunes et peu enclins à commenter toutes ces catastrophes. Seul Boitelle, fils du Préfet de Police, dit d'un air sentencieux : « Mais c'est papa qui ne va pas être « content ». « Nous sommes restés consignés au camp et toute la nuit nous fûmes sur pied et occupés à faire des rondes dans la crainte d'une irruption des émeutiers dans les cantonnements».
.evards s'est absolument modifié : la foule, silencieuse
et morne ce malin, est maintenant grondante et affolée.
Des bataillons de la garde nationale défilent, musique
en tête; les cuivres éclatent en notes stridentes; des
hurlements s'élèvent : « Déchéance!... déchéance!... »
Quelques « Vive Gambetla!... Vive Trochul... Vive la
République!... » qui nous
stupéfient... Pas un sergent \^
de ville. Nous emboîtons le
pas d'un bataillon et arri- /m
vons place de la Concorde. ;
Le pont est barré par une /
double haie de gendarmes ( î
à cheval... Au delà, une [ foule compacte est massée \ devant les grilles du Corps législatif. . . De grand cris. .. \ Des hourras... On dit autour \ de nous que Gambetta et Jules Ferry haranguent le peuple. Bientôt les gen- gambetta.
darmes qui gardent le pont
sont débordés et les manifestants de la place de la Concorde vont en courant rejoindre les manifestants du Corps législatif; on chante la Marseillaise et le Chant du Départ) la foule s'écarte pour laisser passer les gendarmes et un peloton de sergents de ville qui regagnent, épée au fourreau, les casernes... Sur leur passage, on
o38 LES PIERRES DE PARIS
crie: «Vive la France!... Vive Gambetla!... Vive Trochu!...» Aulour de nous on raconte que Jules Favre \ Gambelta sont allés proclamer la République à l'Hôtel de Ville... La Chambre a été envahie et la déchéance prononcée... ({) Les acclamations redoublent; la grille des Tuileries est enfoncée ; la foule pénètre timidement dans le jardin; beaucoup de curieux se « délilent » derrière les statues et les arbres, car l'on rcJoute un feu de salve tiré par les voltigeurs, rangés en bataille devant le Palais, au bout de la grande allée. C'est le général Mellinet, un glorieux balafré du premier Empire, qui les commande, et le \ieux brave n'a pas froid aux yeux. Prudemment, mon grand-père m'emmène et nous reprenons le chemin des boulevards. A toutes les fenêtres,
(1) Comment le peuple parvint-il à franchir la grille? L'incident vaut la peine d'ôlre noté.
« Des officiers du bataillon do la Garde nationale posté sur le pont de la Concorde ont besoin d'entrer au Palais. M. Stcenackcrs vient ouvrir la grille et les officiers passent. Mais comment refermer une grille poussée par vingt mille poitrines d'hommes ! Impossible. Le flot passe avec les officiers, et le peuple, en une minute, apparaît soudain dans toutes les salles...
« On dira, on a dit déjà, que ce sont les députés de l'opposition démocratique qui ont voulu entraîner la représentation nationale et proclamer la République. Mensonge!... Us ont fait des efforts inouïs pour faire sortir la foule et pour rendre inviolable le sanctuaire de la Chambre...
« La droite s'éclipse, le centre suit le général Palikao et la gauche, au nom du peuple souverain, Ut une première liste des membres qui doivent composer un gouvernement provisoire. Mille et mille voix répètent à la fois : « A l'Hôtel de Ville ! ». — (L 'Illustration).
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HAPON,
{Le Momie Illustré.)
LE GOUVEKNEMENT DE LA DÉt'ENSE NATIONALE
des curieux, très peu de voitures, les trottoirs et la chaussée noirs de monde... A l'angle de la rue Le Peletier, une cohue regarde deux hommes, dont un garde national, occupés à abattre à coups de sabre les armes impériales sculptées au-dessus de la boutique de Dussautoy, tailleur de l'Empereur; mais ces exaltés, que l'on acclame, prennent grand soin de respecter l'aigle russe à deux têles accolée à l'aigle napoléonienne...
C'est comme un signal... la foule court sus aux insignes impériaux; les commis des « fournisseurs de LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice » semblent les premiers à donner l'assaut ; en moins d'une heure, tout emblème dynastique, les couronnes, les N subversifs ont disparu des façades des magasins... quelques enragés poussent la colère jusqu'à gratter sur des affiches de commerçants les vignettes des médailles obtenues aux Expositions, médailles ornées du profil moustachu de Napoléon III.
Les terrasses des cafés devant lesquels on quête pour les blessés regorgent de consommateurs, on boit ferme, on hurle, on crie : « Vive la République! Vive Gambetta! » On échange des nouvelles, on s'interroge : « Qu'est devenue l'Impératrice? » — Est- il vrai qu'on ait arboré le drapeau rouge? A quelle heure la Chambre a-t-elle prononcé la déchéance... « Capoul, sur l'impériale d'un omnibus, chantait tout à l'heure la Marseillaise, sur la place de la Bourse, on Ta acclamé! » Boulevard Montmartre, un « moblot », grimpé sur un banc,
annonce qu'il arrive de l'Hôtel de Ville... « Henri Rochefort vient d'y entrer couvert de fleurs... en fiacre découvert... des milliers d'hommes l'escortaient, en l'acclamant... Pour délivrer son idole, le peuple a enfoncé à coups de madrier les portes de Sainte-Pélagie... Vive Rochefort! » (*)
(1) « ...Olivier Pain fit jouer la serrure, la porte s'ouvrit et une centaine d'amis se précipitèrent dans le couloir, m'enlevant dans leurs bras et me jetant dans une voiture découverte qui passait...
« La population grossissait à vue d'œil autour de nous. Bientôt notre escorte devint une armée.
« J'étais dans la Victoria avec Pain, Paschal Grousset, qui, sorti quelques semaines auparavant, était venu au-devant de rious, Arthur de Fonvielle, Charles Dacosta, de sorte que la voilure, chargée au delà de toute prévision, n'avançait plus qu'au pas.
« En un instant nous fûmes couverts de fleurs et j'apparus zébré d'écharpes et drapé de rubans rouges comme un mât de cocagne. On nous apprit que la séance de la Chambre venait d'être levée et que les députés de Paris délibéraient à l'Hôtel de Ville.
« . .Nous avions ramassé tant de monde en route que nous étions, au bas mot, cinquante mille quand nous débouchâmes sur la place de l'Hôtel de Ville.
« ...La grille qui allait céder sous la pression fut enfin ouverte par le portier de l'Hôtel de Ville, mais la porte de l'escalier menant aux appartements avait été également verrouillée, et la masse de nos accompagnateurs s'étant engouffrée avec moi dans le corridor, je crus que je n'en sortirais pas.
« Je n'en serais probablement pas sorti en effet si je ne m'étais résolu à casser un carreau dont on enleva tous les morceaux, ce qui me permit de passer à travers. Mais j'étais presque en lambeaux lorsque les huissiers m'introduisirent dans la salle des délibérations où le Gouvernement provisoire était déjà en séance ». — Henri Rochefort. Les Aventures de ma vie, t. II, p. 200.
Impénitents badauds parisiens, mon grand-père et moi regardons machinalement les affiches des spectacles : au Théâlre-Français, les « comédiens ordinaires de l'Empereur jouent, à 7 h. 1/2, le Menteur, Mérope,