‹ Les pierres de VeniseChapitre 3 sur 29 · PREFACE VII · texte numérisé non relu

PREFACE VII

le Roi et la Reine d'Italie suivis des représentants actuels des vieilles familles de la République, ceux dont les aïeux sont peints, là-haut, coiffés du corno, à genoux devant le Christ ressuscité. Et toute cette foule, pèlerins de pays différents, de langues diverses, d'opinions divergentes, qui gravit l'Escalier des Géants et s'assemble dans la salle de l'ancien Sénat, la sâlle'dei Pregadi, sous le plafond où planent les figures du Tintoret, est unie sur ce point du globe et pour une heure par un sei< sentiment : « commémorer » le passant mystérieux de Saint-Marc, le scrutateur minutieux des tombeaux, des piliers, des voûtes et des îles.. Qu'y eut-il donc entre ces deux dates ? — Il y eut le livre dont vous avez la traduction sous les yeux.

Les Pierres de Venise sont, après les Peintres modernes, l'ouvrage le plus considérable de Ruskin. Publié de i85i à i858, il formait d'abord trois gros volumes, avec un grand nombre de planches dues aux meilleurs graveurs anglais de l'époque : Armytage et Cousen, Cuff et le Keux, Boys et Lupton, et, sous cette forme, il a été souvent réédité. Mais trois volumes, d'un format incommode, s'ils peuvent être consultés sans embarras à la bibliothèque, ne répondent guère au goût qu'ont les Anglais de faire d'un livre aimé le compagnon de lenr voyage et le confident ou parfois l'éveilleur de leurs impressions. Surtout un livre qui est une monographie et un guide plutôt qu'une histoire et, mieux encore, une sorte d'évocateur de choses invisibles en face de choses qu'on va voir, devait revêtir le format et les apparences d'un « guide ». C'est pourquoi, en 1879, est apparu la Traveller s edition ou édition du voyageur, renfermant en deux petits volumes, la matière principale de l'édition primitive, abrégée et revisée par l'auteur luimême. C'est la traduction de cetabrégéjqu'on va lire, y compris r//ic?ex vénitien, qui peut véritablement servir de « guide » au curieux ou au pèlerin. Sans doute, quelques chapitres des Stones of Venice ne figurent pas dans cette édition du voyageur, notamment le morceau célèbre intitulé The Nature of Gothic qui, reçu comme l'Evangile de l'Art nouveau par les jeunes artistes de l'Angleterre, fut réédité séparément par William Morris. Mais le chapitre The Nature of Gothic, s'il est très beau, n'est point une pièce essentielle de cet ouvrage. Ce n'en est même pas une pièce du tout. Il eût aussi bien pu paraître à propos de la cathédrale d'Amiens. Il a poussé au milieu des Pierres de Venise comme une touffe d'herbe vivace, envahissante, étincelante, qui enrichit, en le voilant un peu, le monument où le hasard l'a fait croître. On peut regretter de ne pas l'y voir. Le monument n'y perd rien. D'autres menus changements sont survenus. Quand parut ce livre, la photographie ne réalisait pas les merveilles que nous avons admirées depuis et, Ruskin, bien qu'enthousiaste de ce nouveau 'procédé d'investigation,

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