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De l'allemand grauwacke, roche "grise

*M LES PIERHES.

mienne, puis les époques triasique et jurassique. Nous savons pourquoi ou les a baptisées de ces uoms. Les mineurs belges, qui font peu de géologie savante, mais beaucoup de géologie pratique, appellent pittoresquement les mortj-terrat'ns ou terrains-morts les formations supérieures au terrain houiller, parce qu'ils n'y rencontrent pas la houille. En retour ils appellent terrains d adieu les terrains inférieurs au terrain houiller, ceux sur lesquels s'appuie la formation carbonifère, parce que, nasse ce niveau, il faut dire adieu au charbon, il n'y a plus d'espoir de le rencontrer. Ici, comme il arrive presque toujours, les expressions populaires ont le pas sur celles des savants : elles sont plus justes et surtout plus imagées.

Les terrains permien, triasique et jurassique, qui sont les morts-terrains du centre français, présentent tous les trois des traces nombreuses au-dessus du bassin houiller de Saône-et-Loire. Les grès rouges appartenant aux deux premières époques recouvrent presque complètement les grès et les schistes carbonifères, si bien qu'il y a probabilité, nous dirons même certitude, de rencontrer la houille au-dessous. Cependant aucun des sondages entrepris dans ce but n'a encore tout à fait réussi. Au Creusot. la recherche de l'inconnu, entreprise avec une hardiesse et uue persistance qui ne se sont jamais démenties, a été un jour soudainement arrêtée par un accident en apparence insignifiant, la rupture d'un outil au fond du trou de sonde! C'est ainsi que les plus petites causes se mettent souvent eu travers des entreprises de ce monde, qu'elles ruinent subitement.

Passant des considérations géologiques au côte industriel de la question, nous voyons cette houille enfouie comme à dessein sous le sol, au temps où le globe nais-

sait, et devenue pierre elle-même, vivifier, féconder à notre époque plusieurs départements. Cette transformalion s'opère non-seulement par la création d'industries diverses, et d'une usine de premier ordre, que tous les pays étrangers nous envient, mais encore par tout le mouvement auquel donne lieu la houille, matière encombrante, de grand poids et de faible valeur. La houille veut avoir à son service non-seulement les routes de terre, mais encore les routes perfectionnées, les canaux, les chemins de fer, même les fleuves et les rivières, ces chemins qui marchent, comme les appelaient Rabelais et Pascal. Il faut aller le plus loin possible, et avec le moins de frais. Voyez les pays houillers, les pays noirs, ce sont de véritables Indes, au dire des Anglais, et les Anglais sont bons juges en pareille matière. Ne visitez même ces pays qu'en France et dans le district que nous avons choisi. Le Creusot, une ville plus peuplée que la plupart de nos chefs-lieux de département, Épinac, Montchanin, Blanzy, le Montceau, tous ces centres de population sont nés avec l'exploitation de la houille. Le diamant brut et opaque a fondé toutes ces villes, et son glorieux frère, le diamant cristallisé et limpide du Brésil ou de l'Inde, qui joue aussi en ce monde un rôle civilisateur, n'a pas de plus belles pages à nous montrer dans son histoire.

Et que dirons-nous maintenant des bouilleurs? de cette armée vaillante, aguerrie, qui brave sans murmure tous les périls ? de cette armée qui succombe, sans se plaindre, dans une lutte où l'ennemi est d'autant plus terrible qu'il est caché, et porte ses coups dans l'ombre, à l'improviste ? Cette armée, nous l'avons vue à l'œuvre, sur son champ de bataille. Nous les avons suivis dans leurs noirs souterrains, ces fils vaillants et dévoués de sainte Barbe, et si nous n'avons pas raconté ici, une fois encore, tous leurs

combats, toutes leurs misères, nous n'en avons pas i appelé l'attention, à plusieurs reprises, sur le rôle glorieux et élevé qu'ils remplissent.

Ainsi, d'uue part, les miracles que produit l'industrie; de l'autre, la lutte incessante du travailleur contre les éléments, voilà ce que nous a offert ce voyage à travers le département de SaÔDe-et-Loire. N'y a-t-il pas, dans ce genre de spectacle, uue sorte de poésie? Qui a dit que l'industrie desséchait le cœur et n'avait rien que de prosaïque? Comment tant de merveilles, qui s'accomplissent chaque jour sous nos yeux, n'ont-elles pas déjà ému davantage et l'écrivain et l'artiste? Qui racontera, dans leur grandiose réalité, les travaux des mines et des usines? Qui fera enfin l'épopée du travailleur? II n'est pas vrai que l'intérêt soit la seule cause qui a produit tout ce que nous avons vu. Nous savons même que le soldat de l'abîme est mû par un mobile encore plus élevé que le soldat des armées ; pour lui, pas d'honneurs, pas de croix, pas d'avancement, et une paye toujours modeste ; et cependant, invariablement fidèle à ta discipline, il fait énergiquement son devoir. Unique soutien de sa famille, c'est pour^agner le pain quotidien qu'il expose à chaque instant sa vie. Mais son salaire le soutient à peine, et ce n'est pas par amour de l'argent qu'il brave de continuels dangers.

I^es chefs n'ont pas toujours non plus le lucre seul pour objet. Cet ingénieur commande ses hommes, et se met à leur tête dans les moments de péril, comme un capitaine le fait pour sa compagnie. Ce directeur, qui consacre ses journées et ses veilles à la conduite d'une immense entreprise, c'est le général qui combine et mène une opération, et de qui dépend tout le gain de la bataille. Souvent l'amour du pays guide autant cet homme, que vous appelez l'industriel, le manufacturier, que son intérêt propre, et il

mérite bien de ses concitoyens en se consacrant tout entier à une grande affaire dont la réussite est utile à tous.

C'est sous de tels aspects que l'on aimerait à voir ceux qui tiennent aujourd'hui en maîtres la plume ou le pinceau, représenter le travail industriel. Il y a autre chose dans l'industrie que cette femme allégorique que les classiques font éternellement poser sur une pile de ballots de coton, revêtue de la toge romaine, et ayant à ses pieds des roues d'engrenage, des ancres, ou des compas et des niveaux. Il y a dans l'industrie, dans la science qui lui vient en aide, l'évolution de la société moderne, les luttes et les aspirations de notre époque tout entière, époque de travail et de progrès ; il y a une porte toujours plus grande ouverte à l'égalité; il y a la matière domptée, assouplie, les agents physiques mieux connus, qu'on réduira peut-être à un seul; il y a la connaissance du grand Tout qui se prépare, la science de l'avenir.

Tel est le côté par lequel il faut envisager le travail industriel et le rôle qu'il remplit à notre époque. Les pierres, les minéraux usuels sont au fond de tout labeur humain, et les arts utiles, comme on les a si bien nommés, sont non moins indispensables au bien-être et au développement des sociétés que les beaux-arts; ceux-ci ne doivent pas proscrire ceux-là, mais leur tendre fraternellement la main.

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