TÛT
- Maître mineur des houillères do SaOne-ei-Loire (min' d'après F. Bonhomme,
comme le fantassin porte le bâton de maréchal dans sa giberne, ou le matelot son bâton d'amiral ; les caporaux eux-mêmes, les maîtres mineurs (fig. 90) savent que bien rarement ils pourront s'élever jusqu'au grade de capitaine, celui d'ingénieur ou de directeur de la mine. Mais l'amour de la vérité nous force à dire que si le mineur, ce pionnier
modeste, héros obscur, peut-être plus méritant encore que celui qui défend la patrie, fait si glorieusement son devoir, les compagnies font aussi le leur. Aucune d'elles n'a failli à sa mission, non-seulement dans la Saône-et- Loire, mais dans tontes les autres mines françaises. On a vu de quels soins vigilants, paternels, les compagnies houillères entourent tous leurs ouvriers. Voilà ce que nous ne devons pas méconnaître, nous qui ne sommes ni avec les ouvriers courre les compagnies, ni avec les compagnies contre les ouvriers, et voilà ce que nous sommes heureux de proclamer, faisant à chacun la part qui lui convient.
Il faut maintenant revenir sur tout ce qui a été dit, et résumer, dans un coup d'œil d'ensemble, les différents spectacles auxquels nous avons successivement assisté. .Après l'analyse, la synthèse.
Un bassin houiller a donné naissance aux diverses industries que nous avons fait tour à tour passer sons les yeux du lecteur : extractions souterraines, fabrication Jn verre, de l'huile minérale, de la fonte, du fer, des machines, cuisson de la chaux, du ciment, de l'argile, etc. Ce bassin, dont l'exploitation concourt ainsi ù la prospérité de quelques-uns de nos départements du centre, est entièrement compris dans le département de Saôue-et-Loire, et en a reçu le nom. Il se compose de trois Mots distincts à la surface, réunis peut-être en profondeur. Ces trois îlots sont : celui de l'Autunois, le plus vaste, mais non le plus productif; celui du Creusot, le plus restreint et proportionnellement le plus fertile ; celui enfin qui longe le canal du Centre, et sur lequel sont distribuées, du nord au sud, les mines de Saiut-Berain, Long-Pendu, Montchanin. Blanzy et le Montceau, ces deux dernières les plus fécondes de tout le bassin.
La production totale du bassin de Saône-et-Loire pou-
vait être évaluée, en 1867, à un million de tonnes par an, soit un milliard de kilogrammes, le douzième de la production totale de la France. Sur ce chiffre d'un million de tonnes, Blanzy et le Montceau concouraient presque pour la moitié, soit 450000 tonnes, le Creusot pour 220000, Épinac et le bassin d'Autun pour 170000, Montchanin pour 110 000 et Saint- Berain pour 50000 environ. Tous ces chiffres sont encore augmentés aujourd'hui; mais les proportions restent sensiblement les mêmes.
Le terrain houiller est essentiellement formé de roches grenues, grisâtres, les grès, et de roches noires, lustrées, feuilletées, les schistes. C'est entre les couches de grès et de schistes qui se prolongent régulièrement sous le sol à de grandes distances, et se succèdent les unes aux autres comme les feuillets d'un livre, qu'est interposée la houille. L'accumulation et la décomposition lente des plantes qui, à l'époque carbonifère, végétaient en ces régions, ont seules contribué à la formation du combustible, et le phénomène s'est passé il y a des milliers de siècles.
Au bord d'une vaste mer, qui s'étendait entre les montagnes porphyriques du Morvan et les cimes granitiques du Charollais déjà toutes deux soulevées, croissaient alors, en taillis touffus et en hautes futaies, les calamités, les sigillaires, les lépidodendrons, les annulaires (fig. 91), les fougères arborescentes, végétaux dont l'abaissement de température du globe a depuis longtemps amené l'entière disparition, ou qui, réduits à de plus humbles formes, ont été presque tous reportés vers les contrées tropicales. Au milieu de ces espèces végétales on voyait aussi quelques conifères, comme les walchias, ancêtres des pins et des sapins. Les cycadées, à leur tour, faisaient présager les palmiers. Au pied de tous ces arbres, des plantes aquatiques formaient comme un épais tapis, et par leur
tissu feutré, tourbeux, préparaient les couches de houille, dont l'exploitation devait un jour Tenir en aide a la machine à vapeur, Tune des merveilles de notre époque.
La mer baignait partout la lisière de ces forêts antédiluviennes. Le terrain émergé n'était formé que d'îles, et dans les eaux salines poussaient même quelques-unes des plantes houillères. Dans ces eaux vivaient aussi des êtres d'espèces aujourd'hui perdues, notamment ces poissons si différents des nôtres, mais que les maîtres de la paléontologie ont su reconstituer (fig. 8tï, page 471). Ce sera la gloire de M. Agassiz d'avoir en quelque sorte fait revivre ces poissons fossiles, comme celle de M. Ad. Brorigniurt d'avoir reconstitué et remis à leur véritable place toutes les plantes de l'époque houillère.
Ou retrouve les vertèbres, les écailles et même le corps tout entier des poissons de l'âge carbonifère, en empreintes moulées dans les schistes. Au milieu de ceux-ci se sont conservés jusqu'à des coprolithes, ou déjections pétrifiées de ces animaux fossiles. Nous avons dit, eu parlant du bassin d'Autun, si riche eu débris de cette sorte, qu'un saurien, l'Actinodon, avait même été retrouvé avec les poissons. Aucun de ces êtres éteints n'appartient à des mammifères; le moment n'était pas encore venu pour les animaux supérieurs de faire leur apparition.
Quel sujet de réflexion pour le philosophe que cette succession, cette transformation de la vie sur le globe, cette série d'espèces qui vont sans cesse se modifiant, se perfectionnant, à travers les millénaires géologiques, des espèces les plus rudimentaires, les plus humbles, aux plus intelligentes, jusqu'à ce qu'enfui l'homme apparaisse, et la civilisation avec lui !
Le terrain houiller de Saône-et-Loire, déposé dans une anfractuosité marine, une sorte de baie marécageuse, qui
était comprise entre les côtes porphyriques du Morvan et les granits du Charollais, ne s'appuie pas partout directement sur ces roches éruptives. Souvent, comme au Creusot, il repose sur la grauwacke1, roche bleuâtre, grisâtre, aux tons indécis, et qui a dû être fortement calcinée par le contact du granit, au temps des grands cataclysmes géologiques. Les lignes de stratification ont sensiblement disparu ; les couches ont été soulevées presque verticalement, la roche est fendillée, et se divise en fragments irréguliers. On y retrouve, comme trace de la vie organique à l'époque où elle s'est déposée, quelques rares empreintes d'encrines, de la famille des coraux.
Nous savons que, dans ces âges lointains, qui sont contemporains de la première période de la formation terrestre, le monde, encore dans l'enfantement, était agité de convulsions violentes, qui rompaient et disloquaient les couches, souvent même pendant leur formation. Ces effrayantes trépidations du sol, dont les tremblements de terre d'aujourd'hui ne peuvent donner qu'une trèsfaible idée, ont continué pendant toute l'époque houillère, à des intervalles intermittents. Ce sont elles qui ont brisé, pétri, laminé les couches de- houille encore pâteuses (carte X), et provoqué, dans les terrains à peine consolidés, des fractures et des crevasses ; ce sont elles qui ont bouleversé des stratifications auparavant régulières, et fait émerger quelquefois, au milieu même des bassins, des pitons de roches ignées qui ont rejeté au loin les strates. C'est ainsi qu'entre Autun et le Creusot, le terrain houiller a dû être soulevé, démembré et balayé par quelque déluge après son dépôt.
L'époque houillère finie, sont venues l'époque per-