SARDOINE
cès de prospérité, crut faire un sacrifice suffisant, et rendre don pour don à la Fortune, parla privation volontaire d’une pierre, Il crut que le chagrin de cette unique perte serait suffisant pour le mettre à l’abri de l’envie et de l’inconstance de la déesse.
Las d’un bonheur que rien n’interrompt, il s’embarque, atteint la haute mer, et jette son anneau dans les ondes. Un énorme poisson, grandi pour la bouche d’un roi, avale la gemme, puis, tombé aux mains du cuisinier de Polycrate, la laisse reparaître aux yeux du monarque.
Présage sinistre ! perfide restitution de la Fortune ! Cette gemme, on l’assure, était une sardoine : on la voit à Rome, au temple de la Concorde.enfermée dans une corne d’or, offrande d’Auguste. C’est presque la moindre du temple : cent autres, plus belles, ont la première pla«e (i).
Pline.
274. — Description d'une table de sardoine. — « Les veines de cette table offrent les contours sinueux des ailes d’un aigle; une fleur brillante en relève l'é-
(i) Polycrate fut vaincu et pris par le satrape Oroute, qui le
d’abord écorcher vif, puis périr sur la croix,
SÉLÉNITE
clat. La mosaïque représente encore un autre oiseau : on dirait que son aile de pierre s’essaie à voler. »
Claudien ( Epigramme XLIV).
27K. — Scolopide. — Voyez Clupéa.
276. — Sélénite. — Proclus, excellent philosophe platonicien, escrit en un petit traicté qu’il a intitulé Du sacrifice et magie des anciens, qu’il y a une certaine pierre qui se change, transforme et figure tout ainsi que fait la lune, dont elle est nommée Sélénite ou Sélénilrope , poui autant qu’elle ensuit, et imite toutes les mutations et changements delà Lune. Il me souvient d’avoir veü la semblable a un mien amy, fort docte et ingénieux, qui, à l’imitation du prudent Vlysses, avoit faict longs et divers voyages, tant par mer que par terre, afin de pouvoir cognoisœe les mœurs et singularitez des païs, et signamment les secrets et choses rares de nature. Qui fut cause que, par deux fois, il visita les païs Antarctiques et terres appelées Neuues, pour autant que depuis cent ans elles ont est trouuées et descouuertes.
La pierre dont ie parle estoit de la largeur et grandeur d’vn noble à la roze, mais plus espesse, noire comme est la poix, représentant les augmentations et
SÉLÉNITE
diminutions du corps et lumière de la Lune par un certain poinct et marque blanche, qui croissoit et decroissoit, s’augmentoit et diminuoit (selon sa proportion) tout ainsy que faict la Lune un chascun iour de son mois.
De laquelle chose doubtant,et pensant véritablement que plustost elle feust artificielle que naturelle, ou, pour mieux dire, supernaturelle, afin d’estre deliuré de tel escrupule, i’impetray facilement de nostre susdict amv la garde et retenue de sa pierre, pour quelque temps, qui feut un mois Lunaire, et peu plus.
Pendant lequel temps ie fus si soigneux de diligemment l’observer, en la présence de ce grand et illustre Mathématicien du Roy, Oronce Fine (que de sa grâce et faveur pour lors melogeoit), que véritablement n’y fut recogneue aucune imposture.
La façon estoit telle. A l’instant de la conionction de la Lune avec le Soleil, l’indice et marque lunaire apparaissait tout au plus haut de la rotondité de la pierre, comme un petit grain de mil fort obscur, qui puis, un chaque iour, croissoit en cornichon blanc, et visiblement s’augmentait, descendant contre bas, soubz semblable forme que la Lune, iusques à ce qu’il feust paruenu au centre et milieu de la pierre, où
SÉLÉNITE
il apparaissait en tout et partout rond, comme vn gros pois, signifiant ce iour estre pleine Lune.
Puis, dudict centre et milieu, la marque remontait contre hault, se diminuant et appétissant, à l’imitation du corps et lumière de la Lune, et soubz telle proportion qu’elle avait tenu en descendant, iusques à ce que peu à peu s’anéantissant et diminuaut, elle feust parvenue au lieu d’où elle estait issue. Auquel se donnait advertissement de l’accomplissement et fin d’une révolution lunaire, pour soudainementen recommencer et reprendre une nouuelle.
Voylaune des choses les plus merveillables et mémorables qu’encores i’ay sceu veoir,et le plus précieux thrésor qu’on sçaurait penser.
Pavois adverty nostre susdictamy, ayant en sa possession une tant rare et inestimable bague, d’en faire présent à quelques-vns de noz Princes brançois, afin d’en retirer bonne et iuste récompense ; mais quoy ? il me paya sur-le-champ de ceste réponse : le sçay, dict-il, qu’en France il n'y a point de récompense ; par quoy i’ay voué et dédié mon petit miracle de nature (ainsi appelait-il iustement sa pierre) au petit et ieune roy d’Angleterre Edouard (qui pour lors estait en grande estimation) ; car véritablement il sçait dis-