‹ Les pierres magiquesChapitre 6 sur 59 · LE BLASON DE LA MARGUERITE · texte numérisé non relu

LE BLASON DE LA MARGUERITE

ET DES AUTRES PIERRES PRECIEUSES

A l’illustre princesse Marguerite de France, Reine de Navarre.

Je chante des pierres d’élite.

La force et valeur non petite,

Dont l’une à la prospérité,

L’autre aide aux longueurs de la vie.

L’une à l’amour, à la santé,

L’autre aux biens de fortunée amie :

11 n’est pierre (outre sa beauté)

Qui n’ait quelque propriété.

Dy-moy donc, ma douce Vranie Muse qui me tiens compagnie,

Dy-moy comment et en quel lieu Elles croissent ; aussi les causes De leurs belles vertus, que Dieu Ha pour nous dans elles enclozes ;

(i) Jean de la Taille de Bondaroy, gentilhomme de Beauce, etc. Paris, 1574, in-8.

AVANT-PROPOS

Dy-moy la couleur et le nom Des pierres de plus grand renon.

Aux lieux où l’Aurore vermeille,

Se parant de roses, s’éveille,

Du suc des métaux endurcy

Au pris qu’il fond (r) les pierres croissent,

Entre rochers naissant ainsi

Que les enfans au ventre naissent,

Qu’au corps de l’homme un poireau croist. Qu’à l’arbre un nœud ou glande naist.

Nul sçait de leurs vertus la cause.

Mais quant à moy, maintenir j’ose Que Dieu, moteur de l’univers,

Leur départ diverse puissance Par les sept Planètes divers.

Au reste, on peult par leur substance,

Par l’œil, la lyme et le toucher,

Les pierres vrayes rechercher.

Selon le métal et Planète,

D’elles la différence est faite ;

Celle qui d’or, ou d’argent cler Procèdent, sont les plus exquizes ;

(1) Au fur et à mesure qu’il fond

AVANT-PROPOS

Qui du plomb, de l’airain, du fer S’engendrent,sont les moins requizes.

Le Diamant bien cher on tient Qui de l’or et du soleil vient.

Non seulement elles ont vie,

Mais subiectes à maladie.

Nourriture, vieillesse et mort ; Languissent la plus part, et mesmes S’offusquent si on leur faicttort,

Se rouillant et deviennent blesmes ; Les vertes plus subiectes sont Au tort du feu qui les corront.

Entre les pierres merveilleuses,

On en tient sept plus précieuses :

Le Diamant, le Saphir pers,

La ronde et blanche Marguerite (i), L’Emeraude, L’ÛPAL’divers,

Le iaune et luysant Chrysolite,

Puis le Rubis au rouge esclair :

Sur eux n’entrent lyme ni fer.

Mais l’Escarboucle en teint diverse, L’Agate, la Turquoyse perse,

(i) La Perle.

AYANT-PROPOS

Le rouge Iacinth, le Coral,

L’Eliotrope rouge et verte,

L’Amatiste et le Crystal,

Si précieuses ne sont, certe,

Ni l’Onyx, le Iaspe et l’Aymant,

Qui souffrent lyme et ferrement.

Mais quant aux vertus différentes Que, par sept Estoilles errantes.

Dieu donne aux pierres icy-bas :

Iupiter au Diamant donne L’heure d’esbattre (ô merueilleux cas !) L’Esprit et l’œil de la personne.

Et par sa beauté qui treluyt, D’empescher les frayeurs de nuict.

Mercure à l’Emeraude vraye Donne aussi (par sa verdeur gaye) Pouvoir d’esjouir l’œil humain ;

C’est de toutes la plus plaisante.

Qui plus entretient l’homme sain.

Et qui plus la mémoire augmente ; Elle émeut le songe ; au surplus, Souvent rompt au feu de Vénus.

Au Rubis, qui est une espèce D’escarboucle, Phoebus adresse

AVANT-PROPOS

Vertu de luyreès obscurs lieux ; D’éueiller l’esprit, rendant l’homme Aymable envers tous et ioyeux ;

Ce que la Lune donne, en somme Au bleu Saphir qui, au surplus.

L’œil de l’homme esjouit le plus.

Le Chrysolite, ou la Topasse,

Du soleil a ce don, qu’il chasse La mélancolie estant beu (bu) ;

La soif, estant mis en la bouche ; L’ardeur de Vénus, quand un peu A nostre chair mêmes il touche ;

Et les vains phantosmes de nuict,

Par son iaune vert-gay qui luyt.

Le même soleil donne encore A l’Opale ou à la Pantaure(i)

Et les couleurs et les vertus Des autres pierres, qu’il attire Comme l’Ambre â soy les festus.

Poison ne peut, à qui l’a, nuire :

Rien n’est si beau, ni de tel pris.

Pour l’œil esbattre et notre esprit.

(i) Emeraude.

AVANT-PROPOS

A I’escarboucle étincelante D’un rouge éclat (celle qu’on vante Sur toutes ), le soleil départ Sa clerté la nuict, et luy donne D’éveiller nostre esprit gaillard ;

Gardant de venin la personne.

Si vraye elle est, et si celuy qui l’a N’est pas trop rongé d’ennuy.

L’Agate, d’espèce diverse,

Blanche ou jaune ou, roug’astre ou perse, Nous représente ou prezou monts Forest ou fleuue à l’onde bleue ;

De Mercure elle a ces beaux dons De faire (aydant a nostre veue)

Son porteur (qui en peult sceller)

Estre agréable et bien parler.

La Turquoyse, à l’azur céleste,

Rend sans mal nostre cheute. Au reste Phœbus encore et Iuppiter Font au IaciNTH ce don de rendre L’homme aymé, s’il touche à la chair ;

De l’esiouir, et le deffendre Du tonnerre à l’eclattant son,

De foudre, peste, et de poyson.

AVANT-PROPOS

L’Eliotrope aux rouges vaines Allonge nos vies humaines,

Rend l’homme aymable par Phcebus, Voire invisible (ô grand'merveille !) luppiteret Mars, au surplus.

Rend, par I’Amathyste vermeille, L’esprit et le teint vif et frais,

Et chasse les esprits mauvais.

L’Onyx, de l’ongle en toute sorte Couleur, et forme et nom rapporte ; Esprit et corps plus forts nous rend, Rabbat Vénus ; par qui, en somme.

Le Corail et luy nous defïend Du mal qu’épilepsie on nomme ;

Le Corail qui, fort rouge et beau, Nous conforte et en cur et cerveau ;

Qui d’une maladie extrême Ou d’un venin (par un taint blesme) Nous advertit, au col l’ayant.

La Iaspe rouge-vert arreste (Par Saturne) le sang coulant,

Et l’ardeur d’amour déshonneste.

L’Aymant obscur (par Mars guerrier) Attire le fer et l’acier.

AVANT-PROPOS

Mais sur toutes pierres d'élite le veux chanter la Marguerite.

C’est une perle et une fleur,

Qui en noblesse, honneur et grâce, Qui en beauté, qui en valeur,

Les perles d’Orient efface,

Tant soyent-elles à nos esprits De grand’merveille et de grand prix.

Plus que toutes pierres du monde La Marguerite est blanche et ronde, Qui, née aux coquilles de mer.

De rondes écailles consiste ;

A qui la Lune et Iuppiter Donnent de purger le sang triste ; Sa grâce gist en sa rondeur.

En sa blanche et vifve splendeur.

De ce nom i’honore une Royne En grâce et beauté souveraine,

Qui a plus de force et d’effect Que tant de pierres qu’on admire ; Qui tous cueurs par sa grâce attrait.

Comme a soy la Pantaure attire Toutes pierres, et qui estaint Des plus belles pierres le taint.

AYANT-PROPOS

Jean de la Taille donne, dans ce petit poème, une simple idée générale des propriétés que l’on attribuait aux principales pierres précieuses. Dans le courant de cet ouvrage, il reviendra plus longuement, et en prose, sur chacune d elles ; comme aussi un grand nombre d auteurs anciens ou du moyen-âge nous diront ce qu’ils pensaient des vertus de ces pierres et d’une foule d’autres dont ils nous ont transmis les noms, et qui nous sont à peu près inconnues aujourd’hui.

Un mot maintenant de l’odeur des pierres précieuses.

Le docteur Olaüs Borrichius donnait ainsi qu’il suit, en 1757, le résultat d’expériences qu’il avait faites à ce sujet (1) :

« Lorsqu’on veut faire usage, en médecine, des pierres précieuses, il faut les broyer jusqu’à ce qu’elles soient réduites en une poudre si fine, qu’elle ne crie pas sous la dent ; ou, comme le dit Galien, il faut que cette poudre soit impalpable comme celle qu'on souffle dans les yeux.

Cette trituration ne se faisant pas ordinairement (1) Collection académique , Paris, 1757, toihelV, in-4, page 338.

AVANT-PROPOS

avec assez de soin par les apothicaires, je priai un étudiant en médecine qui logeait chez moi, d’employer un mois entier à broyer quelques-unes de ces pierres ; je lui donnai des émeraudes, des hyacinthes, des saphirs, des rubis et des perles, de chaque espèce une once. Comme ces pierres étaient brutes et entières, il les écrasa d’abord un peu dans un mortier de fer bien poli, avec un pilon de même métal ; après quoi, il se servit d’un pilon et d’un mortier de verre, employant chaque jour quelques heures à ce travail; au bout d’environ trois semaines, son cabinet, qui était assez grand, se trouva parfumé d’une odeur très agréable, et par sa variété et par sa douceur ; cette odeur, qui tirait beaucoup sur celle de la violette de mars, dura pendant trois jours et plus. Dans tout le cabinet il n’y avait rien qui pût produire de l’odeur ; ainsi, il est certain qu’elle sortait de cette poudre de pierres précieuses. »

Donnons enfin, pour terminer cette rapide étude préliminaire des principales gemmes, un aperçu de l’importance dont elles jouissent encore aujourd’hui, en raison des vertus occultes que les astres leur communiquent, dans le culte magique ressuscité.

AVANT-PROPOS

Voici, d’après Eliphas Lévi (i), quelles sont les Œuvres magiques ; quelles relations les planètes ont avec les différentes parties du corps humain ; quels sont les rites suivant lesquels on doit célébrer les offices magiques, chaque jour de la semaine ; et quels ornements, pierres précieuses, etc., que le célébrant doit porter :

« Les Œuvres magiques sont au nombre de sept :

i°. — Œuvres de lumière et richesse, sous les auspices du Soleil.

2°. — Œuvres de divination et de mystères, sous l’invocation de la Lune.

3°. — Œuvres d'habileté, de science et d'éloquence, sous la protection de Mercure.

4». — Œuvres de colère et de châtiment, consacrées à Mars.

5°. — Œuvres d'amour, favorisées par Vénus.

6°. — Œuvres d’ambition et de politique, sous les auspices de Jupiter.

7°. — Œuvres de malédiction et de mort, sous le patronage de Saturne.

(i) Eliphas Lévi, Rituel de la haute magie ; Paris, 1861, a vol. in-8: tome II, p. n6.

AVANT-PROPOS

En symbolisme théologique, le Soleil représente le Verbe de vérité ;

i^a Lune représente la religion elle-même ;

Mercure, l’interprétation et la science des mystères ;

Mars , la Justice ;

Vénus, la miséricorde et l’amour ;

Jupiter, le Sauveur ressuscité et glorieux ;

Saturne, Dieu le père, ou le Jéhovah de Moïse.

Dans le corps humain, le Soleil est analogue au cœur ; la Lune , au cerveau ; Jupiter, à la main droite ; Saturne, à la main gauche ; Mars, au pied gauche ; Vénus, au pied droit ; Mercure, aux parties sexuelles, ce qui a fait représenter parfois le génie de cette planète sous une figure androgyne.

Dans la face humaine, le Soleil domine le front ; Jupiter, l’œil droit ; Saturne, l’œil gauche ; la Lune règne entre les deux yeux, à la racine du nez, dont Mars et Vénus gouvernent les deux ailes ; Mercure enfin exerce son influence sur la bouche et sur le menton.

Ces notions formaient, chez les anciens, la science occulte de la physionomie, retrouvée imparfaitement depuis par Lavater.

AVANT-PROPOS

Le Mage qui veut procéder aux Œuvres de lumière doit opérer le dimanche, de minuit à huit heures du matin, ou de trois heures de l’après-midi jusqu a dix heures du soir. Il sera revêtu d’une robe de pourpre, avec une tiare et des bracelets d’or.L’autel des parfums et le trépied du feu sacré seront entourés de guirlandes de lauriers, d’héliotropes et de tournesols; les parfums seront le cinname, l’encens mâle, le safran et le santal rouge. L'anneau sera d'or , avec une chrysolithe ou un rubis ; les tapis seront des peaux de lions ; les éventails seront de plumes d’épervier.

Le lundi on portera une robe blanche lamée d’argent, avec un triple collier de perles, de cristaux et de sélénites. La tiare sera couverte de soie jaune, avec des caractères d’argent formant, en hébreu, le monogramme de Gabriel, tel qu’on le trouve dans la Philosophie occulte d’Agrippa ; les parfums seront le santal blanc, le camphre, l’ambre, l’aloès, et la semence de concombre pulvérisée ; les guirlandes seront d’armoise, de sélénotropes et de renoncules jaunes. On évitera les tentures, les vêtements et les objets de couleur noire, et l’on n’aura sur soi aucun autre métal que l’argent.

Le mardi, jour des opérations de colère, la robe

AVANT-PROPOS

sera couleur de feu, ou de rouille, ou de sang, avec une ceinture et des bracelets d’acierjla tiare sera cerclée de fer, et l’on ne se servira pas de la baguette, mais seulement du stylet magique et de l’épée; les guirlandes seront d’absinthe et de rue, et l’on aura au doigt une bague d’acier, avec une améthyste pour pierre précieuse.

Le mercredi, jour favorable à la haute science, la robe sera verte, ou d’une étoffe à reflets ou de différentes couleurs; le collier sera de perles creuses en verre, contenant du mercure ; les parfums seront le benjoin, le macis et le storax ; les fleurs : le narcisse, le lis, la mercuriale, la fumeterreet la marjolaine; la pierre précieuse sera l’agate.

Le jeudi, pour des grandes oeuvres religieuses et politiques, la robe sera d’écarlate, et l’on aura sur le front une lame d’étain avec le caractère de l’esprit de Jupiter et ces trois mots : giarar, béti-ior, samgabiel; les parfums seront l’encens, l’ambre gris, le baume, la graine de paradis, le macis et le safran. L’anneau sera orné d’une émeraude ou d’un saphir ; les guirlandes et les couronnes seront de chêne, de peuplier, et de grenadier.

Le vendredi, jour des operations amoureuses, laro-

AVANT-PROPOS

be sera d’un bleu azuré ; les tentures seront vertes et roses ; les ornements, de cuivre poli ; les couronnes seront de violettes ; les guirlandes, de roses, de myrte et d’olivier ; l’anneau sera orné d’une turquoise ; le lapis-lazuli et le béryl serviront pour la tiare et les agrafes ; les éventails seront de plumes de cygne, et l’opérateur aura sur la poitrine un talisman de cuivre avec le caractère d’Anaël et ces paroles : Aveeva Vadelilith.

Le samedi, jour des œuvres funèbres, la robe sera noire ou brune, avec des caractères brodés en soie de couleur orangée ; on portera au cou une médaille de plomb avec le caractère de Saturne et ces paroles : Almalec, Apiiiel, Zarahiel ; les parfums seront le diagridum , la scammonée, l’alun, le soufre, et l’assa fœtida ; la bague aura une pierre d’onyx. Les guirlandes seront de frêne, de cyprès et d’ellébore noir. Sur l’onyx de la bague on gravera avec le poinçon consacré, et aux heures de Saturne, une double tête de Janus. »

Et maintenant, voyons les vertus médicales, mystérieuses, mystiques et magiques que d’autres âges reconnaissaient aux pierres ; la liste de celles-ci est

AVANT-PROPOS

longue, et nombreuses aussi sont les croyances affirmées par une foule d’auteurs.

Les gemmes contenaient et donnaient tous les biens et tous les maux. Elles étaient douées d’intelligence ; surveillaient ceux qui les portaient, les conseillaient, les avertissaient des dangers prochains en se brisant ou en changeant de couleur. Les unes portaient véhémentement à l’amour ; d’autres, chastes par exellence, se rompaient aussitôt, si leur possesseur avait l’audace de sacrifier, en leur présence, à la déesse Vénus. Comme les êtres animés, elles se nourrissaient, croissaient, dépérissaient et mouraient. Quelques-unes, comme le diamant et la gasidane (Voyez les §§ 125 et 155) engendraient et procréaient : la gemme gasidane portait trois mois. Les unes rendaient leur porteur gai, spirituel, aimable, adoré du sexe opposé ; les autres le rendaient détestable, furieux et irrésistiblement meurtrier ; celles-ci le faisaient riche et puissant ; celles-là habile à tous les exercices du corps et toujours victorieux de ses ennemis ; les unes faisaient lire dans l’avenir, les autres hébétaient et affolaient. Toutes avaient la puissance de guérir une ou plusieurs maladies, et 1 on pourrait faire un beau traité de thérapeuti-

AVANT-PROPOS

que en colligeant et en classant les moyens innombrables de guérir fournis par la seule application des pierres précieuses à l’extérieur ou par leur absorption dans un véhicule quelconque.

Nous avons d’ailleurs vu plus haut que le culte magique moderne a soigneusement recueilli les anciennes traditions de ces pratiques religieuses spéciales, et qu’il n’oublie pas, dans ses cérémonies rituelles, les gemmes consacrées aux planètes et aux dieux présidant à chaque jour de la semaine.

E. N. S. de Riols.

Le.' pierreô jpagiqueô

Vtv)^

f. — Acopus. — L’acopus ressemble au nitre;elle est poreuse comme la pierre ponce et semée de petits points d’or. On dit que si, harassé de fatigue, on se frotte avec de l’huile qui aura bouilli avec cette pierre, on ne sentira plus de lassitude.

(Pline, Hist. naturelle.)

2. — Aérite. — Entre les pierres, celles qui imitent les rayons du soleil en jetant des gouttes ( rayons ) d’or, comme la pierre aérite, qui répond au soleil ou l’imite en jetant de ces sortes de gouttes, elles guérissent du mal caduc et du poison (i).

Lenain.

Page 1