‹ Les pigeons (volume 2)Chapitre 19 sur 62 · COLOMBE MARINE · texte numérisé non relu

COLOMBE MARINE

Pl. VII.

Coluraba Lilloralis. Mi/ii.

Columba Abba. Lath. Ind. orn. v. a, p. 602, sp. 34 .

— Gmel. Syst. i ,p. 780.

Pigeon blanc Mangeur de muscade. Sonnerai. Voy. p. i6<j l. ro 5 . Pigeon Ramier blanc Muscadivore. Sonnini , édit, de Buff. v. 7 , p. 257. While nuimeg Pigeon. Lath. Syn. v. t\,p. 638 , sp. 5 x.

C’est à juste titre que Sonnini ne réunit pas le Ramier blanc muscadivore avec le Pigeon cuivré mangeur de muscades, comme l’ont fait assez mal à propos plusieurs ornithologistes-, le muscadier servant , en certains temps de l’année, de nourriture à ces deux espèces, il ne s’ensuit pas qu’elles doivent être considérées comme ayant des rapprochements intimes-, il est cependant évident que la préférence que ces oiseaux donnent au fruit du muscadier peut être considérée comme l’unique motif sur lequel on se soit permis des analogies touchant ces deux espèces, qui ne se ressemblent du reste en aucune manière.

Nous avons cru nécessaire de substituer un nom plus caractéristique à la place de la phrase par laquelle ce Pigeon est désigné dans Sonnini ; la dénomination de Colombe marine nous paroit plus convenable à cette fin ; elle donne à connoitre une habitude particulière propre à celte espèce, et lui convient mieux que celle de Pigeon Ramier blanc Muscadivore, dénomination par laquelle nous avons déjà désigné une Colombe qui semble faire sa principale nourriture de la pulpe dont les noix muscades sont entourées.

Mon ami M. Laischenault , qui a souvent été à même d’observer cette Colombe à l’ile de Java, où elle habite en certains temps de l’année, m’a communiqué, sur sa manière de vivre, une note très intéressante.

Les Javans désignent cette Colombe par le nom de Bouron clora-louw, ce qui signifie oiseau Pigeon de mer: en effet, ces oiseaux habitent de préférence les rochers qui bordent la mer dans la partie où est l’ile de Java. C’est dans les trous et les crevasses naturelles des rochers qu’ils nichent et élèvent leurs petits. Ces oiseaux viennent par grandes troupes se poser sur l’espèce de

HISTOIRE

palmier appelé par les Javans poukio-kebau ; ils sont très friands du. fruit. queproduit cet arbre ; après le temps des pontes, et lorsque les jeunes Colombes marines sont en état de suivre leurs parents, tous quittent l’île de Java, et émigrent vers d’autres parages. En combinant ce fait rapporté par M. Laischenault, avec ce que Sonnerat dit de son Pigeon blanc mangeur de muscades , il est à présumer que la Colombe marine vient habiter la Nouvelle- Guinée à certaines époques régulières de l’année 5 d’après Sonnerat, qui a très bien désigné l’espèce, il paroît donc qu’elle y vit des mêmes aliments qui servent de nourriture au Muscadivore, et qu’elle dissémine les muscades avec ses excréments, sans que ces noix souffrent, la moindre altération en passant par les organes de la digestion.

Nous avons donné un exposé de cette manière, qui contribue a propager en abondance le muscadier, à l’article de la Colombe Muscadivore. Il est encore d’autres espèces de Pigeons qui ont cette habitude toute particulière de contribuer à multiplier en abondance certains arbres fruitiers ; le capitaine Forrest parle d’un Pigeon de Ceylan qui plante le Cinnamon (1). Les Voyages de Parkinson (a) nous apprennent qu’il y a des Pigeons qui servent à propager, par un instinct à peu près semblable, le loranthus stelis de Linnæus, que les insulaires d’Othaeite désignent par le nom de tootaoopa.

La Colombe marine, mesurée depuis le bout du bec à l'extrémité de la queue, porte treize pouces 5 tout le plumage de cet oiseau est d’un blanc très pur, si on en excepte cependant les grandes pennes alaires, qui sont entièrement noires, les moyennes pennes de ces dernières blanches à leur origine, mais noires sur les trois quarts de leur longueur, enfin les extrémités des plumes caudales qui sont de cette dernière couleur; sur celles-ci le noir se dessine en forme de demi-lune. Les pieds et le bec sont d’un gris livide ; cette teinte colore aussi la peau nue, formant un cercle étroit autour des yeux ; ceux-ci sont d’un jaune clair.

La Colombe marine ne fréquente pas exclusivement les parages de la Nouvelle-Guinée; elle se trouve encore répandue dans toutes les îles situées entre ce pays et l’île de Java , puisqu’on a rapporté de ces oiseaux des Moluques, et qu’il est probable qu'ils nichent aussi dans les îles voisines de celle de Java.

( 1 ) Voyez Forrest , Voyage, p. 345.

( 2 ) Voyez Parkinson, Voyage Soutli-Seas , p. 58.

DES COLOMBES

COLOMBE LUMACHELLE, Mâle.

Pt. FUI.

Columba chalcoptera. Lath. Ind. orn. v. 2 ,p. 6 o 4 j sp. 5y.

Bronze-winged Pigeon. Pldll. Bot. Buy. t. p. 162. — 'White’s. Journal, t.p. i 4 G. — Lath. Syn. s'ùpp. 2 , />. 266.

La Tourterelle aux ailes dorées. Sonnini } édit, de BuJJ. v. n ,p. 3 09 .

Une des plus belles espèces de Pigeons qu’on connoisse, est sans contredit la Colombe Lumachelle, qui fait le sujet de cet article. Des points brillants d’un éclat radieux sont semés sur les ailes de cet oiseau, dont le plumage', généralement de couleur uniforme sur tout le reste du corps, contribue encore à relever la richesse éblouissante de ces taches, qui paroissent comme autant de rubis, de saphirs et d’opales.

Le capitaine Phillip, dans son voyage à la Nouvelle-Galles, et le chirurgien général White, dans son voyage au port Jackson, font mention de cette Colombe: Labillardière, qui en tua aussi à la Nouvelle-Hollande, l’avoit déjà trouvée au cap de Diemen : les naturalistes qui accompagnoient le capitaine Baudin en ont rapporté deux individus tués au canal d'Entrecasteaux. L’espèce paroit en général très abondante dans toutes les parties de l'Océan pacifique: on les trouve aux îles Norfolk, dans les diverses parties de la Nouvelle-Hollande; ils sont principalement très communs dans les environs de Sidney-Cove et de la baie Botanique.

Les Colombes Lumachelles se plaisent dans les lieux sablonneux et arides, elles aiment à se tenir à terre ou sur des branches basses ; on ne les voit à la baie Botanique que depuis le mois de septembre jusqu’à celui de février. Ces oiseaux se montrent toujours par paires ; ils pratiquent leurs nids dans les trous d’arbres peu élevés de terre , et souvent sur la terre même , et pondent deux œufs blancs; leur nourriture principale est un petit fruit ressemblant à la cerise; on trouve toujours les noyaux de ce fruit dans leurs gésiers. Il est facile de s’assurer du lieu de leur retraite, le roucoulement très sonore de cette espèce imitant à une certaine distance le beuglement des vaches. Les insulaires de

18 HISTOIRE

la Nouvelle-Hollande désignent le Lumaclielle par le nom de Goad-Gang ; les Anglais l’appellent Grouncl-Pigeon ^ ce qui signifie (Pigeon de terre.)

Nous allons décrire le mâle et la femelle, ainsi que le jeune âge de cette espèce, d’après trois individus que j’ai rapportés de Londres 5 nous n’avons figuré que le mâle dans nos planches coloriées , pour ne pas multiplier inutilement le nombre des gravures; la description mettra le naturaliste â même de reconnoître facilement les deux autres.

Le mâle adulte a quinze pouces et demi , depuis la pointe du bec à l’extrémité de la queue; le front est d’un blanc pur, et se nuance successivement par de légères teintes en rose clair; cette couleur devient plus violacée en approchant de l’occiput, et forme, en passant sur les yeux, une espèce de fer à cheval. Les orifices des oreilles sont recouvertes par de petites plumes blanches. La couleur dominante sur les parties supérieures est d’un cendrébrun; chaque plume est bordée de jaune terreux. Les grandes couvertures des ailes ont vers leur extrémité une tache d’un éclat radieux. Les reflets chatoyants du rubis et de l'opale brillent à l'envi sur ces plumes, qui par leur réunion, lorsque l'aile est dans l’état du repos, forment deux bandes transversales sur cette partie; ces plumes sont terminées d'un beau blanc couleur de perle. Les petites et les moyennes couvertures ont encore de ces mêmes taches brillantes , plus ou moins irrégulièrement distribuées ; elles sont terminées de gris -jaunâtre. Sur les pennes secondaires des ailes il y a de grands miroirs d’un vert-pourpré. La queue est composée de dix-huit pennes cendrées (1), avec une bande noire vers leur extrémité; les deux plumes du milieu sont de la couleur du corps: le dessous de la queue est aussi gris-cendré, mais toutes les pennes sont traversées par une barre brune. Les parties inférieures du corps sont grises, avec des teintes vineuses sur la poitrine. Le dedans des ailes est roux de rouille; le bec est noirâtre, mais sa base est rougeâtre; les pieds sont rouges.

La femelle n’a point de blanc sur le front, toute la tête est d'un gris-cendré; cette couleur règne sur les autres parties de l'oiseau, mais les teintes sont en général plus claires que chez le mâle; les bords de toutes les plumes sont d’un blanc jaunâtre; les taches brillantes sur les ailes sont beaucoup plus petites et moins vives; leur chatoyant n’imite pas celui qui brille dans les rubis, mais les reflets sont plutôt d’un vert métallique. Les miroirs sur les plumes secondaires sont aussi moins grands et plus ternes.

(1) Latham et Sonnini comptent seulement seize plumes à la queue du Lumaclielle. Ces auteurs se trompent en ne lui donnant que ce nombre ; tous les individus observés par nous avoient dix-huit pennes.

DES COLOMBES. 19

Les jeunes Lumachelles ont la livrée dun cendré -noirâtre, et toutes les plumes sont bordées de couleur de terré d’ombre. Le front et la gorge sont blanchâtres, et les miroirs sont de couleur sombre, avec des légers reflets verdâtres.

Les individus qui ont servi à cette description sont dans ma collection ; deux mâles dans le plus parfait état de conservation sont au Muséum de Paris; plusieurs se voyent à Londres.

HISTOIRE

COLOMBE-LARGUP.

Pl. IX.

d Columba cristata. Mihi.

Columba pacifica. Lath. Ind. orn. v. i , p. 6oo, sp. 27.

— Gmel. Syst. 1 , p. 777.

Pigeon cendré ferrugineux. Sonnini , nouv. édit, de Buff. , v. 7 , p. 225. Ferrugineous-vented. Pigeon. Lath. Syn. v. l\ , p. G33 sp. 2.4.

Voici encore un Pigeon bien remarquable, qui se distingue de tous ses congénères par un caractère d'autant plus particulier, qu'il est jusqu'à présent unique dans les oiseaux qui composent cette nombreuse tribu.

Dans presque tous les genres d'oiseaux on connoit des espèces qui, pour ornement extraordinaire , portent sur la tète des pl unies plus ou moins longues, capables d’érection : le genre columbace ne nous avoit pas encore présenté ce caractère ayant l’époque où nous écrivons.

Nous avons donné le nom de Colombe-Largup à ce Pigeon, par rapport à la largeur que présente l'ensemble des plumes occipitales; celles-ci s’alongent tout à coup sensiblement, et forment une huppe touffue, qui ceint l’occiput; ce caractère très marquant dans la Colombe représentée dans nos planches paroit être échappé à Latham; le naturaliste anglais rend défectueusement les couleurs brillantes qui parent cet oiseau. Ou pourroit même présumer, avec assez de fondement, que Latham décrit notre Colomb-Largup, ou d’après quelque mauvais dessin, ou bien simplement d’après des oui-dires. Sonnini ayant traduit le texte du naturaliste anglais, n'a rien ajouté à la connoissance plus parfaite de l’espèce.

Le Largup a la taille de notre Biset, il mesure en totalité treize pouces deux lignes; le bec, qui a un pouce, est fortement courbé vers la pointe. La tête, le cou, la poitrine et le ventre, sont, d'un gris nuancé en teintes de pourpre clair, à reflets métalliques sur le cou et sur la poitiioc ; au-dessous des yeux, ainsi que sur la gorge, est une grande tache d un jaune- terreux. Le manteau, les scapulaires et les petites couvertures des ailes sont d un violetpourpré à reflets : les grandes couvertures et les pennes secondaires sont

DES COLOMBES. ai

noirâtres, avec de légers reflets pourprés sur les premières. Le noir verdâtre règne sur le dos et sur toutes les pennes caudales. Les cuisses, l’abdomen, ainsi que les couvertures inférieures de la queue ont une belle couleur ferrugineuse, les grandes pennes alaires sont teintes d’un roux vif 5 les pieds sont rouges, le bec et les ongles sont bruns.

Cette magnifique espèce se trouve aux îles des Amis, dans la mer du Sud 5 Labillardière (1), qui ne donne aucun détail relativement aux couleurs de cette Colombe , dit qu’il tua dans ces parages un individu de cette espèce.

La Colombe-Largup est de ma collection. Nous en avons vu une chez M. Raye de Breukelerwaert, et une autre à Londres. Cette espèce est encore très rare dans les cabinets. Ses grandes dimensions ne nous permettant pas de la figurer de grandeur naturelle , nous l’avons réduite à moitié.

( 1 ) Voyage à la recherche de La Peyrouse. V. i , p. io5.

HISTOIRE

Page 1