COLOMBE GÉANT
Planche I nc .
Columba spadicea , Lath. Itid. ont. supp. r. a, pl. LX , sp. 7. Chesmit-shoulderecl Pigeon, Lath. Syn .supp. r i , acid. p. 570.
Lie vaste Archipel de l’Asie australe, si riche en productions diverses, vient de fixer , depuis un petit nombre d’années , l'attention particulière de quelques gouvernements intéressés aux progrès des sciences; les voyages entrepris à diverses époques autour du monde ont fait découvrir une infinité d’iles qui recèlent, pour toutes les parties de l'histoire naturelle, un nombre considérable d'objets nouveaux : ces pays, encore peu exploités, nous ont fait connoître plusieurs nouvelles espèces de Pigeons, dont la plupart se trouvent décorés de couleurs brillantes. J1 en est parmi eux qui ont certaines parties de leur plumage d'une forme particulière.
L’espèce qui fait le sujet de cet article, déjà remarquable par sa grande taille, se distingue encore des autres Colombes de cette division par sa queue un peu fourchue, les plumes latérales étant de deux lignes plus longues que les intermédiaires; toutes ces plumes sont larges d’un pouce six lignes, rudes au toucher, comme le sont celles des Calaos et des Anhingas.
Latham donne une description imparfaite de cette magnifique Colombe ;
HISTOIRE
il se contente de nous apprendre très succinctement les couleurs de l’oiseau, sans prendre notice de la conformation des pennes caudales; à juger même d’après le peu que ce naturaliste en dit, on seroit en droit de présumer qu'il ne cite cet oiseau que sur de simples ouï-dires.
La Colombe géant, mesurée depuis le bout du bec à l’extrémité de la queue, a environ dix-neuf pouces ; cette dernière en a sept et demi : les pennes qui la composent sont au nombre de douze; leur partie supérieure est d’un brun bistre, à reflets de vert et de pourpre foncé; l’extrémité est de couleur d’ocre; en dessous, la queue est d’un gris blanchâtre, changeant légèrement en vert métallique; vers son extrémité est une large bande d’un brun bistre. Les ailes, qui aboutissent vers la moitié de la longueur de la queue, ont les grandes pennes de couleur gris-de-lin foncé, à reflets de vert éclatant, sur les barbes extérieures; les moyennes pennes et les grandes couvertures sont gris-de-lin clair; cette couleur prend des teintes verdâtres à certaines réflexions de la lumière; les moyennes couvertures sont vertes dorées; les petites couvertures, les scapulaires et le haut du dos mordorés, à reflets métalliques; l'occiput et les parties postérieures du cou sont d'un vert rembruni; la tète, les parties antérieures du cou, ainsi que la poitrine, sont d’un beau vert foncé, à reflets éclatants; le ventre et toutes les parties inférieures sont d'un blanc pur; le bec et les pieds sont rouges.
Cette belle Colombe habite les îles des Amis; il est probable quelle se trouve aussi dans d’autres parties du vaste Archipel austral.
Je n’ai vu qu’un individu de cette espèce; il fait partie de mon cabinet.
Le format que nous avons choisi pour cet ouvrage ne nous ayant pas permis de le figurer de grandeur naturelle, nous l'avons réduit à moitié.
DES COLOMBES
COLOMBE RAMIER, mau.
Pl. II.
Colurnba Palumbus, Lath. Ind. orn. 2, p. 601. — Gmel. Syst. i, p. 776. — Frisch. t. i 38 — Briss. Orn. v. 1 , p. 89. sp. G.
Le Pigeon ramier. Buffon , 2, p. 53 1 , t. il[. — Pl. enl. 3 i 6 .
Ring Pigeon, Lath. Syn. v. l\. , p. 635 , sp. 29. Id. supp. p. 198.
Ringeltaube. Meyer Dents . Orn. p. 48 , pl. enl.
Les quatre parties du monde nourrissent une foule d’oiseaux qui appartiennent au genre pigeon ; tous les pays chauds en sont abondamment peuplés : l’Europe est de toutes les contrées du globe celle où ce genre est le moins abondant : quatre espèces principales y vivent dans l'état sauvage; on peut considérer ceux-ci comme espèces vraiment distinctes les unes des autres, vu qu’il ne s’est pas encore trouvé entre eux d'exemple d’une production féconde , fruit du mélange naturel.
Buffon n'admet en Europe que trois espèces de Pigeons, et deux autres qu’il regarde comme intermédiaires; il se fonde sur ce que les Grecs ne donnoient jamais des noms différents à leurs oiseaux , qu’autant qu’ils se trouvoient persuadés qu'il y avoit effectivement diversité d’espèces : à partir de ces principes, M. de Buffon se seroit donc vu dans la nécessité d’établir cinq espèces de Pigeons propres aux climats de l’Europe , puisque les Grecs désignent ce nombre par des dénominations différentes.
E11 effet, Buffon s’est abusé en considérant l'Œnas des Grecs, ainsi que leur Phaps, comme espèces intermédiaires; ces deux espèces nominales ne forment effectivement qu une espèce réelle; les descriptions de ces Pigeons paroissent se rapporter au même oiseau. Nous présumons au reste, avec quelque fondement, que les Grecs ont bien connu notre Colombin, qu’ils ont sans doute désigné par leur Phaps. Ces Pigeons Colombins, peu abondants en individus, n’ont pas été soigneusement observés par Buffon; il a donné plus de crédit aux opinions du vulgaire, qu’il ne s’est appliqué à chercher la vérité dans la nature.
On est encore assez généralement d’opinion , en France, que le Biset et le
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Colombin sont de la même espèce: lorsqu’il sera question de ces oiseaux, nous tâcherons de les mieux faire connoitre, et nous prouverons leur dissemblance spécifique.
Le Ramier est la plus grande espèce d’entre nos Pigeons indigènes, il n’habite pas l’Europe dans toutes les saisons de l'année , la plupart de ces oiseaux émigrent dans le mois de novembre , et reviennent s’établir dans nos contrées vers le commencement de mars ; on ne les voit qu’en avril dans les climats septentrionaux. Bufïbn a vu plusieurs nids de Ramiers dans le commencement d'avril, les Ramereaux étoient déjà forts à cette époque. — Ce Pigeon fait deux pontes par an, la première est en avril 5 les Ramereaux prennent alors leur essor dans le mois de mai: la seconde ponte se fait en juillet, et les Ramereaux volent en août. Dans ces deux périodes de l’année on voit régulièrement de jeunes Ramiers.
Le Ramier place son nid sur la cime des plus hauts arbres, et le construit en entrelaçant assez grossièrement une certaine quantité de branches sèchesj c'est là que la femelle dépose ses œufs, au nombre de deux, quelquefois elle en pond trois, mais ce cas est extraordinaire; le mâle et. la femelle couvent alternativement ; l'incubation est de seize ou de dix-huit jours.
Ce Pigeon aime à se percher sur les branches élevées de quelque arbre mort, habitude qu'il a en partage comme presque tous les oiseaux dont le naturel est farouche, et qui s’enfuient à la première indice du danger ; perché sur la sommité d’un arbre mort, l'oiseau aperçoit au loin son ennemi: aussi est -il très difficile d'approcher du Ramier à portée du fusil. O11 ne parvient guère à le tirer dans les bois, même en employant toutes les ruses. Cet oiseau, très méfiant, prend son essor au plus léger bruit.
Les Ramiers ont pour ennemis la Martre des arbres, qui leur ravit leurs œufs et leurs petits; le Milan et le Faucon pèlerin les guettent du haut des airs; ils paroissent ne pas craindre beaucoup la Buse, puisque, outre un fait rapporté à cette occasion par M. Mayer, j’ai été dans le cas de faire aussi une observation à cet égard. Dans une campagne voisine de la Haye, on prend toutes les années, avec de petits filets, un nombre considérable de Ramiers; les Buses sont toujours en très grande abondance dans ce lieu, que cependant les Ramiers ne quittent pas. Ils ne paroissent point craindre ces rapaces.
Je 11e suis pas du sentiment de M. de Bufïbn , qui présume que les plus grandes races de nos Pigeons de volière sont issues des Ramiers; si la chose étoit ainsi , on verroit certainement parmi ces Pigeons domestiques
DES COLOMBES, des individus dont le plumage porte quelque indice d’une telle origine : au reste , le Ramier ne propage pas avec le Biset , môme en captivité , et cela seul détruit la supposition de M. de BulFon. Il est assez connu de nos jours que le Biset doit être considéré comme le type de nos Pigeons de colombier, et que les variétés accidentelles de ces derniers proviennent, pour la plupart , des races de nos Pigeons de volière. Nous nous étendrons plus au long sur ces pigeons soumis aux caprices des hommes , et nous ferons connoitre toutes les races constantes de ces oiseaux à l’article du Biset sauvage.
Le Ramier se trouve dans plusieurs contrées de l’Asie et de l’Afrique; mais on auroit beaucoup de difficultés à reconnoître l’espèce dans toutes les indications que les divers voyages autour du monde nous donnent de cet oiseau. Ces indications sont trop succinctes , non seulement pour y retrouver le Ramier de nos climats, mais même toute autre espèce exotique. On parle dans ces relations de Ramiers d’un gris plus ou moins obscur, sans autres définitions de couleurs, ou bien d’attributs caractéristiques.
Dampier (1) a vu des Ramiers à la baie de Tous les Saints; il est incertain cependant si effectivement ces pigeons étoient de l’espèce qui habite en Europe, ou bien si ces Ramiers , dont le plumage est d’un gris plus ou moins obscur , étoient des espèces propres aux climats de l’Amérique; nous connoissons dans cette partie du monde plusieurs Colombes, dont les teintes principales du plumage sont d’un gris plus ou moins sombre; et ceux-ci sont néanmoins des espèces différentes de nos Ramiers d’Europe.
La Colombe ramier, mesurée depuis le bout du bec à l’extrémité de la queue, a environ dix-sep t pouces et demi; son envergure est de deux pieds cinq pouces; la queue dépasse les ailes de deux pouces lorsque celles-ci sont dans l’état du repos.
Le Ramier se distingue par une tache blanche qui se dessine des deux côtés du cou; toutes les autres parties du cou sont d’un cendré bleuâtre, avec des reflets de vert et de pourpre; les parties inférieures du plumage sont d'un gris clair; le manteau et les petites couvertures des ailes sont d’un cendré bleuâtre; le dos et le croupion ont une teinte de gris bleuâtre ; les grandes pennes alaires sont noires , avec un petit liseré blanc ; le blanc pur règne sur les barbes intérieures des couvertures les plus voisines du bord de l’aile; la queue est d’un cendré bleuâtre, passant au noir vers l’extrémité des pennes; le genou est recouvert de plumes; la partie nue du tarse et les doigts sont d’un beau
( i ) Dampier, v. 4 > P- 66.
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rouge ; le bec est d’un blanc rougeâtre à sa base , recouverte d'une carnosité molle, qui paroît saupoudrée de blanc; l’iris est d’un jaune clair.
La femelle ressemble au mâle pour les couleurs, mais sa taille est plus petite; les jeunes ont une teinte de gris-cendré très foncé; le collier blanc n’est point visible dans la première année , ce n’est qu’à leur première mue qu’ils prennent ce caractère. L’individu qui a servi de modèle appartient à M. Dufresne du Jardin des Plantes.
DES COLOMBES
COLOMBE MUSCADIVORE 5 Mâle et Femelle
Pl. III et IF.
Columba auea. Lath. Incl. orn. v. •!, p. 602 . sp. 33.
— Gjvtel. Syst. i j p. 780 .
Palurnbus Moluecensis. Briss. orn, v. 1 , p. r48 , sp. 4i.
Pigeon ramier des Moluques. Buff. v. ■>. , p. 58 pl. enl. i64-
— Sonnini, éclit. de Buff. v. j , p. 2 ^ 0 .
Pigeon cuivré mangeur de muscade. Sonnerat, Voy. p. 168 , t. 102 . Nutmeg. Pigeon. Lath. Syn. v. 4 , p • 636 ^ sp. 5o. — Id. p. 65 r i , var. A.
Parmi le nombre considérable d’erreurs queBuffon a commises à l’égard de l’origine de la plupart des Pigeons exotiques, qu'il suppose mal à propos être des variétés provenues d’espèces qui fréquentent habituellement les régions de l'Europe, aucune, sans contredit, n'est plus mal fondée que celle où ce naturaliste met en doute les différences spécifiques qui caractérisent la Colombe dont nous faisons le sujet de cet article.
& Quelque éloigné, ditBuffon, que soit le climat des Moluques de celui de et l’Europe, ce pigeon ressemble si fort à notre Ramier par la grandeur et la « figure, que nous ne pouvons le regarder que comme une variété produite « par l'influence du climat. »
Pour faire des rapprochements semblables, il faut sans doute avoir l’esprit préoccupé d’un système qu’on tâche d’étayer indistinctement par toutes sortes de suppositions 5 on peut difficilement se persuader, en lisant d’un bout à l’autre la partie des Pigeons dans l'ouvrage de Buffon, que ce célèbre naturaliste en soit l'auteur.
S’il est prouvé que les climats chauds opèrent, par leur seule influence, des variations ou plutôt des changements si peu conformes aux gradations régulières que nous remarquons toujours dans la nature, les travaux du naturaliste doivent , dans ce cas, se borner uniquement à la connoissance des espèces qui habitent une contrée que celui-ci aura soigneusement exploitée; il sera dans la nécessité d’écarter toute étude tendant à embrasser l’ensemble des productions que lui offrent les divers climats; des recherches
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ultérieures le porteroient dans des doutes que ni lui , ni un nombre considérable de ses successeurs ne seroient dans le cas de pouvoir résoudre.
Nous avons donné à cette Colombe le nom de Muscaclivore, parceque dans certains temps de l’année , sur-tout aux époques où les muscades sont en maturité, elle en fait sa principale nourriture: ce Pigeon donne la préférence au macis dont les noix des grandes muscades se trouvent entourées 5 pour les petites noix , il ne se contente pas d’en enlever la pulpe, mais les avale avec l'enveloppe $ le macis servant uniquement de nourriture , se trouve trituré dans les viscères digestifs sans que la noix éprouve la moindre altération en passant dans ces organes: le Muscadivore, en parcourant les îles voisines, sème ces noix en les rendant avec ses excréments.
Voies sublimes et admirables de la nature! jusque même dans les actions les plus insignifiantes en apparence qu’effectuent tes créatures, tu te proposes un but d’utilité que les hommes, ingrats pour tes bontés prévoyantes, sont loin d'imiter pour leurs semblables: tandis qu’ils abusent des riches dons de la nature, celle-ci pourvoit à maintenir la balance égale, en plaçant, pour réparer leurs dilapidations , une fugitive Colombe qui , parcourant un espace considérable de mers , vient porter , comme par un charme , l'abondance dans des lieux où l'homme se seroit gardé de faire produire la terre.
Il paroît que les Muscadivores émigrent à certaines époques de l'année $ ce temps est sans doute celui où les jeunes Colombes se trouvent en état de suivre la troupe -, apparemment ces émigrations se font quand le muscadier ne peut plus leur fournir la nourriture qui leur convient.
On voit arriver ces oiseaux en bandes innombrables, et peupler les forêts de l’ile de Java 5 mais vers le temps des pontes ils l’abandonnent. —Une note que mon ami M. Laischenault a eu la complaisance de me communiquer, porte que les Colombes muscadivores se nourrissent, à Java, du fruit du ficus religiosus , appelé, en langue javane, pohon vrique; c'est une petite figue de la grandeur d’une cerise que produit \e figuier bagncin.
Il est étonnant que Sonnerat, qui a vu cet oiseau à la Nouvelle-Guinée, en parle dans des termes si peu propres à faire reconnoître l’espèce 3 ce voyageur dit que le Muscadivore est du double plus fort de taille que notre Ramier d’Europe. Il mé paroît que Sonnerat ne s’est pas trop bien rappelé que la Colombe ramier a déjà dix-sept pouces et demi de longueur totale.
Le capitaine Forster, dans les relations de son voyage autour du monde, dit, à la page 55 a de l’édition anglaise, qu'à l’île de Tanna se trouve une espèce
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cle Pigeon qui se nourrit de muscades : il y a toute apparence que eetle espèce désignée par le capitaine Forster est la même que celle dont nous donnons l’histoire.
Les divers individus de l’espèce de Muscadivore diffèrent assez sensiblement entre eux pour la taille ; il en est de ceux-ci comme des autres espèces de Pigeons, et c’est aussi le cas pour les diverses espèces de Perdrix; ces oiseaux varient presque toujours de taille à raison de l’abondance ou de la disette en grains ou en fruits qui leur servent de nourriture ; un terrain aride produit en général des oiseaux moins forts et plus petits , tandis qu’exposé sous le même degré, un canton fertile et abondant en toutes sortes de nourritures contribue à donner aux individus d’une même espèce une taille plus élancée, et décore leur plumage de teintes plus vives et plus fraîches.
Cette espèce a le bec supérieur foiblement arqué vers la pointe; il est plus fort, d’une substance plus cornée que ne l’est d'ordinaire le bec des Pigeons. Les tarses sont robustes, très courts, et en partie emplumés: les doigts nerveux ont des rebords charnus qui forment une plante de pied épatée, comme dans les Pigeons Colombars; les pieds de cette Colombe ressemblent absolument à ceux des Calaos ; la carnosité de la partie supérieure du bec est recouverte par de petites plumes.
Le mâle adulte a toute la tête, le cou, ainsi que les parties inférieures du plumage, d’un beau gris-bleuâtre; le manteau , le dos, les grandes et les petites couvertures des ailes sont d’un beau vert foncé, à reflets métalliques; les grandes pennes alaires, ainsi que les pennes secondaires, sont cl’un bleu verdoyant; la queue, composée de douze plumes, est d’un beau bleu de roi, changeant en vert doré, en dessous ces plumes sont noirâtres; les couvertures inférieures de la queue sont d’un roux ferrugineux; les pieds sont rouges, le bec et les ongles noirs , et l’iris est d’un rouge orangé.
La femelle, toujours moins forte de taille que son mâle, a en général tout le plumage d’une couleur plus terne que ce dernier ; le cou et le ventre sont d’une teinte vineuse : sur la nuque est une grande espace roussâtre foncé.
Les jeunes Muscadivores sont d'un roux plus ou moins foncé par-tout où le mâle adulte a du gris; dans cet état, les ailes et le dos sont d’un brun bistre à reflets de vert; les grandes pennes des ailes et celles de la queue sont d’un noir grisonnant.
Le Muscadivore habite les Moluques et la Nouvelle-Guinée; on m’a assuré qu’il se trouvait aussi dans quelques îles de l’Océan Pacifique. Un mâle de cette
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espece, ainsi cpi un jeune individu à 1 epocjue de son passage du jeune âge à l’âge fait, m’a été envoyé de Batavia 5 j’ai vu un mâle à Londres, dans le Leverian Muséum 5 la femelle déposée aux galeries du Muséum de Paris a servi de modèle ; le mâle fait partie de mon cabinet.
DES COLOMBES
COLOMBE RÀMRON, M*ie.
Pl. V.
Colomba Arquatrix. Milii.
Le Ramron. Le "V aillant, Hist. natur. des Ois. d’Afrique.
Le Vaillant a découvert, dans ses voyages en Afrique, vers le tropique du Capricorne, une nouvelle espèce de Colombes qui habite en grandes troupes les immenses forêts de la partie méridionale de ce continent ; c’est dans le charmant pays d’Anteniquoi que Le Vaillant vit, pour la première fois, cette belle espèce , et eut occasion d’étudier ses mœurs, qui, se rapprochent à beaucoup d’égards de ceux de nos Colombes ramiers, ils diffèrent néanmoins par des caractères trop tranchés pour se permettre de confondre ces deux espèces, lors même que la distribution des couleurs répandues sur cette Colombe ne suffiroit pas pour déterminer sa dissemblance spécifique.
La dénomination de Ramron indique déjà en partie une habitude bien singulière de cet oiseau; il paroit en effet s’amuser d’une façon toute particulière de se jouer dans l’air. Jamais son vol n’est régulier et soutenu comme dans la plupart des Pigeons : en partant de dessus un arbre , le Ramron commence par décrire une parabole; il continue, tant que dure sa course, à former par intervalles des arcs-boutants, et c’est en faisant ce manège que l’air retentit au loin du son mélodieux de sa voix.
Le Ramron a un ennemi terrible dans l’Aigle blanchard, dont nous devons aussi la découverte au voyageur cité (i); c’est dans les ébats amoureux du Ramron, lorsque cette Colombe voltige, en décrivant des cercles au-dessus de l’arbre où sa femelle est perchée, que le Blanchard part de l’endroit où il étoit en embuscade; si le Ramron n’a pas le temps de se précipiter dans l’épaisseur du bois avant que son adroit adversaire ne se soit placé entre la sommité des arbres et lui, il tombe infailliblement dans les serres de cet Aigle, qui, joignant la ruse à la vélocité de sa course, ne manque pas de s’emparer de sa proie.
Le Ramron , mesuré depuis le bout du bec à l’extrémité de la queue , a
(i) Le Taillant, Histoire naturelle des Oiseaux d’Afrique, vol. I , à l’article du Blanchard.
HISTOIRE
à peu près quinze pouces; le bec a treize lignes, et le tarse en a douze. Les teintes dominantes qui décorent cet oiseau sont le bleu couleur de plomb plus ou moins foncé, et le rouge vineux; cette dernière couleur se trouve répandue sur le front, sur Je haut du dos et sur toutes les parties inférieures-, elle est d une teinte plus claire sur le cou et sur la poitrine: les plumes de cette partie ont du noir sur leur centre, et paroissent maillées. Le haut de la tète, demême que 1 occiput, est d un gris-bleuâtre-, sur les petites et sur les moyennes couvertures des ailes, se dessinent plusieurs taches blanches de forme arrondie; d autres de la même couleur, mais de forme triangulaire, sont semées sur le ventre: une partie du tarse est couverte de plumes, le reste est nu, d’un jaune clair ; les doigts et les ongles sont de cette couleur : le bec est jaune foncé, mais la peau molle qui recouvre les narines est orangée*, les yeux sont d’un brun orangé.
Le Ramron est connu, dans la colonie du Cap de Bonne-Espérance, sous le nom de (Olyf-Duif), ce qui signifie Pigeon d’Olivier-, cet oiseau fait sa nourriture principale d’une espèce de fruit semblable à l’olive.
On sera sans doute étonné de me voir décrire les moeurs de quelques Pigeons africains avant mon ami Le Vaillant, qui publie l’Histoire des oiseaux découverts par lui dans cette partie du monde : il m’est bien agréable de faire connoitre ici l’aménité de caractère de ce naturaliste, qui n’a d'autres torts envers la foule de ceux qui tâchent à lui nuire dans leurs écrits, que de posséder des talents bien supérieurs à ceux-ci en étude de la nature : tandis que ces calomniateurs, sans doute jaloux de ne pouvoir joindre ce talent à leur âpre étude de cabinet, condamnent sans réserve cette partie, à la vérité un peu négligée dans les ouvrages de M. Le Vaillant; son ornithologie d’Afrique sera nonobstant, en dépit de tous les détracteurs, une source où les soi-disant naturalistes, qui ne connoissent la nature que par les livres, seront obligés de venir compiler la partie de cette science qui leur est le plus souv ent étrangère.
J’ai dit, dans l’introduction de cet ouvrage, que mon ami Le Vaillant m’a voit fait part de toutes ses notes sur les Pigeons et les Gallinacés africains, que je lui devoisdes observations intéressantes sur ces oiseaux, qui, n'ayant encore été décrits par aucun auteur, se seroient trouvés simplement figurés dans cette monographie, d’après des individus de ces espèces déposés dans mon cabinet, sans autres indications de mœurs ou d’habitudes.
Le public, en joignant sa reconnoissance à la mienne, ne rendra qu’un hommage bien mérité à un désintéressement si rare.
Le Ramron mâle fait partie de mon cabinet.
DES COLOMBES
COLOMBE GRIYELÉE.
pl. n.
Columba Armillaris. Miht.
Les parages de l’Asie australe nourrissent une nouvelle espèce de Colombe, dont nous ne trouvons pas même d’indications dans les divers voyages. Nous avons rapporté de Londres deux individus de ce Pigeon, que nous désignons par le nom de Colombe grivelée, le ventre étant marqué de taches irrégulièrement semées. Aucune particularité sur la manière de vivre de cet oiseau ne nous étant connue, nous sommes obligés de nous en tenir à la description succincte des couleurs qui caractérisent cette belle espèce.
La Colombe grivelée, quoique plus petite de taille que le Ramier d'Europe, est modelée sur les formes de cet oiseau. Sa longueur, depuis le bout du bec a l’extrémité de la queue, est de quinze pouces et demie ; le bec a quatorze lignes ; la peau molle qui en recouvre la base est de couleur rosée, et paroît saupoudrée de blanc. Un bleu couleur d’ardoise règne sur le plumage supérieur et sur le devant du cou 5 la même teinte se trouve encore sur une espèce de ceinturon qui se dessine des deux côtés de la poitrine, mais dont les extrémités ne se joignent point; le front et la gorge sont d’un gris blanchâtre; une espèce de hausse-col prend son origine de chaque côté au-dessous de l’orifice des oreilles, et descend sur la poitrine. Il est d’un blanc pur, et paroît imiter un ornement encore de mode il y a peu de temps; toutes les élégantes avoient coutume de se parer de certains colliers qu’on désignoit par le nom d’esclavages; ceux-ci ressemblent, par la manière dont ils descendent sur la gorge, au collier qui se dessine sur la poitrine de notre Colombe. Toutes les parties inférieures de cet oiseau sont blanches; sur le milieu du ventre il y a des taches oblongues. Les plumes de flancs de l’abdomen et les couvertures inférieures de la queue ont du noir en forme de fer de lance à leur centre; elles sont toutes frangées de blanc pur; les grandes pennes des ailes sont d’un brun terne, toutes ont le bord des barbes extérieures liserées d’un
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brun roux j les quatre pennes latérales de chaque côté de la queue sont terminées de blanc.
Nous avons figuré cet oiseau d’après un individu d’une conservation très pure qui se trouve dans ma collection. Cet oiseau, ainsi que le précédent , ont été réduits à moitié, le format ne nous permettant pas de les représenter de grandeur naturelle.
DES COLOMBES