‹ Les pigeons (volume 2)Chapitre 32 sur 62 · COLOMBE A NUQUE ÉCAILLÉE · texte numérisé non relu

COLOMBE A NUQUE ÉCAILLÉE

p,.. xv.

-i Columba Portoricensis. Mihi.

INo us ne trouvons dans aucun ouvrage d'histoire naturelle , ni dans les relations de voyages, des détails relativement, à la Colombe de cet article. Nous la considérons, pour cette raison, comme une espèce qu’on peut appeler nouvelle.

Mangé est le premier qui a rapporté de Porto-Rico des individus de la Colombe à nuque écaillée. Il est probable que ce zélé naturaliste n’a pas manqué d’étudier les mœurs et la manière de vivre de cet oiseau -, mais comme il ne nous reste, des nombreux travaux de ce voyageur, aucun écrit, ni même des notes (au moins qui nous soient connues), nous nous trouvons dans la nécessité de garder le silence sur la partie descriptive la plus intéressante à donner touchant les espèces nouvelles que nous faisons connoître.

Cette Colombe est une de ces espèces dont le tour des yeux a une nudité plus ou moins considérable. Nous formons de ces Colombes à joues dénuées de plumes une petite section , où nous désirons placer en série naturelle toutes les espèces qui ont ce caractère : cette section sera terminée par la Colombe Oricou. Nous n’avons cependant pas jugé le caractère de nudité aux joues assez important pour former de ces Pigeons une subdivision dans la famille des Colombes.

La Colombe à nuque écaillée mesure, depuis le bout du bec à l’extrémité de la queue , quatorze pouces et demi 5 le bec a treize lignes ; les tarses sont robustes, et les doigts, garnis de rebords charnus, forment une plante de pied épatée. La queue, composée de douze pennes, est longue et carrée-, l’extrémité des ailes aboutit vers le milieu de la longueur des pennes caudales j

Un beau gris-bleu foncé est répandu sur toutes les plumes du dos, sur les petites et les moyennes couvertures alaires, et sur les parties inférieures. Un pourpre vineux colore le devant du cou et la poitrine -, des teintes de cette

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dernière couleur sont répandues sur la tête. La nuque est richement décorée par des plumes couchées les unes sur les autres, et disposées de manière à imiter des écailles : ces plumes, suivant les incidents de la lumière, jettent des reflets de violet, de pourpre et de vert; elles sont toutes terminées de couleur mordoré mat : la réunion d’une quantité de ces plumes forme , audessous de l’occiput, un espace longitudinal mordoré qui imite le velours. Les scapulaires sont d’un gris terreux ; les grandes pennes des ailes et celles de la queue sont de couleur d’ardoise; les pieds sont rouges, les ongles jaunes, la base du bec rougeâtre, l’iris d’un beau rouge, et l’espace nu où l’œil se trouve placé est semé de petites papilles d’un rouge incarnat.

Nous n’avons vu d’autres individus de la Colombe à nuque écaillée que ceux rapportés par Maugé : ils sont au Muséum de Paris , chez M. Dufresne , et dans ma collection. Celui de M. Dufresne a servi de modèle.

DES COLOMBES

COLOMBE ROUSSARD, mm*.

Pi. XVI-

Columba Guinea, Lath. Ind. orn. v. 2 } p. 602, sp. 35 .

— Gmel. Sfst. 1 , p. 774.

Le Pigeon de Guinée. Bujf. v. 2 , p. 538 . — Briss. orn. v. 1 , p. 1 3 2.

— Sonnini , édit, de Buff. v. 0. , p. 2.42.

La Tourterelle du cap de Bonne-Espérance. Sonnerai , voy. Ind. v. 2 , p. 17 g. Le Ramier Roussard. Le P aillant, Hist. nat. des Ois. d’Afr. i ce pi.

Ti iaugular-spoued Pigeon. Edw. t. 75. — Lath. Sjn. v. l\ , p. 63g.

D’après Le Vaillant, qui a observé cette Colombe clans la partie de l’Afrique qu’il a visitée, nous donnons à l'espèce le nom de Roussard, qui nous paroît plus convenable que celui de Pigeon de Guinée. Il en est encore de meme de la dénomination de Pigeon à taches triangulaires, par laquelle Edwards le désigne. Ce dernier joint à la description de son Pigeon une gravure très recommandable pour son exactitude.

BufFon ne manque pas de trouver aussi à cette espèce des traits de ressemblance avec les Pigeons de nos climats j mais cette fois-ci il établit des comparaisons avec le Ramier. Le Biset, quoique bien plus assorti à notre Roussard, pour ce qui regarde la taille et les formes totales, n’est pas considéré par ce naturaliste comme le type de ce Pigeon.

Comme cette monographie est destinée à répandre une connoissance plus parfaite sur les espèces connues, nous désirons aussi, en relevant les erreurs commises par les naturalistes qui nous ont précédés , donner des preuves non équivoques de celles-ci. En comparant donc nos figures du Ramier vulgaire et du Roussard, et en confrontant notre texte avec, celui deBuffon, il ne sera pas difficile de se convaincre que l'espèce désignée sous la dénomination de Roussard n’est pas une de ces variétés produites par l’influence des climats. Au reste, voici le sentiment de BufFon.

« Le Pigeon de Guinée, dit cet auteur, étant à demi patu, et à peu près k de la grandeur du Ramier d’Europe, nous le rapporterons à celte espèce

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« comme simple variété, quoiqu’il en diffère par les couleurs, étant mar- <c qué de taches triangulaires sur les ailes , et qu’il ait tout le dessous « du corps gris, les yeux entourés d’une peau rouge et nue, l’iris d’un beau « jaune , le bec noirâtre ; mais toutes ces différences de couleur dans le cc plumage , le bec et les yeux , peuvent être regardées comme des variétés ce produites par le climat. »

Si les différences de couleur dans 'le plumage, le bec et les yeux, n’ont pas paru d’une conséquence majeure, et que, pour former du Roussard une espèce distincte de celle du Ramier, il soit besoin d’autres preuves de dissemblance , on pourvoit encore ajouter que le Roussard est plus petit de beaucoup 5 qu’il a les ailes plus longues en proportion de sa taille 5 qu’il a une nudité considérable à l'entour des yeux 5 que toutes les plumes de la poitrine et du cou sont autrement conformées ; enfin qu'il n’est pas même modelé sur les formes de notre Ramier indigène.

M. Le Vaillant, qui a observé le Roussard dans son pays natal, pourra nous donner des renseignements exacts sur les manières de vivre de cette espèce. Nous sommes au reste persuadés que ce naturaliste est de notre avis relativement aux dissemblances que nous trouvons entre l’espèce du Ramier et celle du Roussard. M. Le Vaillant ne nous ayant communiqué qu'une note peu circonstanciée relativement à l’espèce de cet article , nous renvoyons nos lecteurs , pour ce qui peut concerner plus amplement les mœurs du Roussard, à la partie descriptive des Pigeons africains, qui doit paroître incessamment dans Y Histoire naturelle des Oiseaux cTJfricjue.

Le Roussard habite dans toute l'étendue de la partie méridionale de l’Afrique, depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu'à la rivière de la Goa: on le trouve aussi sur les côtes de Guinée et sur celles d’Angole. Mon ami Le Vaillant m’a dit que cette espèce niche indifféremment, et suivant l’occasion, ou sur la sommité des arbres, ou bien dans quelques trous de rochers, où la femelle pond deux œufs blancs. Le Roussard va souvent en plaine , et fréquente par bandes innombrables les champs cultivés. Il fait sa principale nourriture de grains. Dans la colonie du Cap, on désigne l’espèce par le nom de Boseh-Duyf (Pigeon des bois ).

La longueur totale du Roussard, prise de la pointe du bec à l’extrémité de la queue , est de douze pouces et demi. Le bec a un pouce ; il est conformé comme celui de nos Pigeons vulgaires; les yeux se trouvent placés dans un espace dénué de plumes ; la peau lisse qui revêt cet espace est d'un rouge vif; l’extrémité des ailes, lorsqu'elles sont fermées, aboutissent

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environ aux deux tiers de la longueur de la queue : celle-ci est composée de douze pennes.

Toute la tête, la gorge, le ventre, l'abdomen, le croupion et les couvertures du dessus et du dessous de la queue sont d'un gris-bleu clair. Le haut du dos, les scapulaires et toutes les couvertures des ailes sont d’un rouxcanelle pourpré. Une tache blanche , de forme triangulaire , termine le centre de chacune de ces plumes de recouvrement : les grandes et les moyennes pennes alaires sont d’un brun cendré 5 le bord antérieur des barbes se trouve liseré d’une couleur plus claire ; les pennes caudales sont grises depuis leur origine , et terminées de noir.

Toutes les plumes du cou et celles de la poitrine sont échancrées vers le bout en forme de fer de lance ; cette échancrure paroit être occasionnée par l'interruption de la baguette et le manque de barbes centrales adhérentes à celle-ci, tandis que les barbes latérales s’allongent considérablement, et sont terminées de chaque côté en pointe ; toutes ces pointes bi fourchues sont rousses à leur origine, et nuancées, sur leurs pointes latérales, de vert métallique, ce qui leur donne des reflets dorés, suivant les incidents de la lumière. Nous figurons séparément une de ces plumes sur la planche qui représente le Roussard mâle.

La femelle ne diffère du mâle que par des couleurs moins vives ; les taches triangulaires sur les ailes sont beaucoup plus petites, et moins blanches que dans le mâle. La partie nue qui entoure l’œil paroit aussi moins grande chez la femelle.

Le bec est noirâtre, et la membrane qui recouvre les narines cendrée; les pieds sont d’un rouge pâle, les ongles bruns, et l’iris est d’une belle couleur orangée.

Je possède un de ces individus; celui du Muséum de Paris a servi de modèle.

HISTOIRE

COLOMBE FOUNINGO.

Pl. XVI 1.

Columba Madagascariensis. Lath. Ind. orn. v . 2 , p. 6o4 , sp. 4o.

— Gmel. Syst. i , p- 779.

Le Founingo. Buff. , v. 2 , p. a .3 9 . — Sonnini, édit, de Buff. , v. 7 , p. 2 /p.

— Le Vaill. Hist. natur. des Ois. d’J.friq.

Le Pigeon Ramier bleu de Madagascar. Brïsson. orn. v. 1 , p. i4o.

— Buff. pl. enl. 1 1 .

Madagascar Pigeon. Lath. Syn. v. 4 5 p- £>4°-

Le Founingo est encore de la classe des Colombes qui ont un caractère marquant par la nudité plus ou moins considérable dans laquelle les yeux se trouvent placés. Ce caractère semble être échappé à Buffon, lorsque cet auteur a pu établir des ressemblances entre le Founingo Menérabou de cet article et le Founingo Maitsou, figuré dans notre planche troisième de la division des Colombars.

Buffon, en parlant de ces Pigeons, dit qu’il n'y a entre eux d’autres différences que celle de la couleur verte à la couleur bleue, et que peutêtre ils ne diffèrent effectivement que de sexe ou d’âge. Il seroit inutile de réfuter cette supposition à un naturaliste moins célèbre que Buffon; mais c’est par rapport à la juste renommée dont jouit ce savant que nous ne devons passer sous silence aucune de ses erreurs.

La Colombe Founingo diffère du Colombar Maitsou par la taille, par les formes totales, par les couleurs, la construction du bec et des pieds, et par l’espace dénué de plumes sur les joues. Le Founingo est d’un beau bleu violacé sur tout le plumage; le Colombar Maitsou a diverses teintes de vert sur sa livrée. Le premier a le bec très long, mince et flexible, les pieds et les doigts conformés comme dans tous nos Pigeons vulgaires. Le Maitsou a le bec épais, très renflé du bout, et corné, la base des deux mandibules engagée dans une peau nue, les pieds courts, et la plante de ceux-ci épatée; il n’a point de nudité apparente à l’entour des yeux-, tandis que le Founingo a un grand espace dénué de plumes, au centre duquel les yeux se trouvent placés. En comparant nos planches enluminées, qui représentent

DES COLOMBES. 4 7

ces oiseaux de grandeur, naturelle , on ne manquera pas de s’apercevoir de toutes les différences que nous venons de présenter.

Le Founingo ne se trouve pas exclusivement à Madagascar, où il paroît cependant nicher j mais il est probable qu’après le temps des pontes il émigre de cette île , et vient peupler et embellir par sa présence les romantiques forêts de l’Afrique méridionale. Le Vaillant nous a dit avoir trouvé le Founingo dans cette partie du monde.

Le Founingo a dix pouces six lignes, mesure prise depuis le bout du bec à l’extrémité de la queue j celle-ci est longue de trois pouces trois lignes $ son bec à onze lignes 5 ses ailes, lorsqu’elles sont pliées, s’étendent presque jusqu’au bout de la queue.

Cette belle espèce a la majeure partie du plumage d’un bleu foncé , nuancé de violet , et brillant. Les plumes du cou et de la poitrine sont longues et étroites 5 ce bleu est plus terne sur ces parties, et semble couvert d’une poussière grisâtre ; les pennes de la queue et leurs couvertures inférieures sont d’un pourpre violacé très éclatant. Les yeux sont placés au centre d’une peau nue, colorée du plus bel incarnat. Les pieds, qui sont couverts de plumes presque jusqu’à l’origine des doigts, sont rouges 5 le bec est aussi de cette couleur, mais la pointe est noirâtre $ les ongles sont noirs.

Le Founingo a été rapporté de Madagascar.

HISTOIRE

COLOMBE JOUNUD, im.

Pl, XVIII.

Columba Gjmnopbtalmos. Mihi.

Columba Leucoptera. Latii. Ind. orn. v. p. 5 g 5 , sp. 6. — Gstcl. Sjst. i p. 7-3. Pigeon des Indes orientales. Briss. orn. v. 1 , p. lo 5 . — BnjJ. édit, de Sonrnni , v. , p. 210. — Edwards , t. 76.

While-winged Pigeon. Gatii. Sjn. v. 4 , p ■ 617, sp. 6. — Id. sup. p. 197.

Si l’on s’en rapportoit à ce qui a été dit de cette Colombe par les auteurs que nous venons de désigner dans notre synonymie, on auroit de la difficulté à reconnoître l’espèce. Brisson , Edwards et Latham lui donnent la taille d’une Tourterelle ; ils fixent sa longueur totale à huit ou neuf pouces, tandis qu'effectivement elle approche bien plus de la taille du Colombin , étant du reste modelée sur les formes des Pigeons proprement dits. La planche d’Edwards qui représente notre Colombe Jounud est assez exacte: il paroit cependant que l’individu qu’il a figuré est une femelle, la nudité à l’entour des yeux se trouvant peu considérable.

La Colombe Jounud mesure, depuis le bout du bec à l’extrémité des pennes caudales, treize pouces 5 le bec a onze lignes ; il est fortement renflé du bout 5 le tour des yeux , ainsi qu’un espace considérable des joues , est dénué de plumes ; la peau nue de ces parties est semée de papilles charnues, dont la couleur est d’un beau bleu foncé, foiblement violacé 5 la queue est composée de douze pennes.

La tête, le haut du cou, la gorge et la poitrine sont d’une belle teinte vineuse 3 cette couleur est aussi répandue sur le ventre, et se nuance plus foiblement sur les cuisses 5 la nuque et les côtés du bas du cou se nuancent en bleu clair et en pourpre tendre. Deux zones ou demi-lunes se dessinent sur l’extrémité des plumes de ces parties; la zone supérieure est blanche, et l’inférieure ou celle qui termine chaque plume est bleuâtre, avec de légers reflets violacés. Au-dessous des orifices des oreilles se trouve une longue tache noirâtre, placée transversalement, composée de plumes très courtes, de façon qu’elle 11e paroît que lorsque l’animal étend un peu le cou. Le haut du dos,

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les scapulaires, les petites et les grandes couvertures des ailes sont d’un grisbrun terne 5 il y a du blanc sur le bord extérieur des ailes ; les grandes et les moyennes pennes de celles-ci sont noires , et toutes sont bordées de gris à leurs barbes extérieures; le dos et le croupion sont d’un gris-bleu clair; la queue est grise en dessus , et blanchâtre en dessous ; l’abdomen et les couvertures inférieures de la queue sont d’un blanc pur; le bec et l’iris sont rougeâtres, les pieds et les doigts d’un rouge rembruni.

La femelle est plus petite que son mâle; elle a les couleurs du plumage d une teinte moins vive, et la nudité qui entoure les yeux n’est pas, à beaucoup près, si considérable ni si vivement colorée que dans le mâle.

Nous ignorons jusqu’à présent la manière de vivre et les mœurs du Jounud. Edwards nous apprend qu'il relève souvent et subitement la queue.

Le Jounud mâle qui. nous a servi de modèle se voyoit autrefois dans la collection du prince d’Orange; maintenant il appartient au Muséum de Paris. Une femelle fait partie du cabinet de M. Raye de Breukelerwaert , à Amsterdam.

HISTOIRE

COLOMBE-HÉRISSÉE, mai*.

Pl. XIX.

Columba Franciæ. Lath. Inil. orn. v. 2 , y. 60 \ , sy. [\ a.

— Gmel. Sjst. i , y. 779.

Le Pigeon-Hollandais. Sonnerai , voy. Irai. v.2j y. ij 5 , t. 101. Le Ramier-Hérissé. Le P'aïll. Hist. nat. des Ois. d' Afr. v. 6, pl. Hackled Pigeon. Lath. Sjn. v. 4 , y- 64.1 j sy. 36 .

Ce magnifique Pigeon se distingue de toutes les autres espèces de la famille colombace par la forme singulière des plumes du cou. La nature lui a prodigué ses riches dons, en décorant de couleurs fraîches et brillantes l’élégante livrée de cet oiseau. Des plumes étroites et lustrées ornent sa tête ; il porte sur le cou une large touffe composée de longues plumes qui se dessinent élégamment sur le haut du dos , où elles paroissent former une espèce de manteau nuancé de teintes d’un blanc argentin. Cette couleur opère un contraste admirable avec les diverses teintes de bleu foncé répandues sur les autres parties du corps : lorsque les doux feux de l’amour viennent, au renouvellement de la saison, aiguillonner le désir des jouissances, ou bien lorsqu'un objet imprévu inspire la crainte à cette Colombe, elle s’embellit encore en redressant et en faisant revenir par-dessus sa tête toutes les longues plumes dont le cou est décoré.

Sonnerat est le premier voyageur qui a fait connoître l’espèce ; il dit qu’elle se trouve à File de France. On nous a assuré que la Colombe-Hérissée habite aussi à Madagascar; et ce qui paroît le prouver, c’est que Le Vaillant a rencontré de ces Pigeons par troupes nombreuses dans ses voyages en Afrique.

Toutes les plumes de la tête, du cou et de la poitrine, sont longues, étroites, et se terminent en pointe. Leur forme est extraordinaire; l’extrémité est dure, cartilagineuse et polie; elle paroît former un prolongement aplati de la baguette ; sa substance ressemble aux appendices lustrés qui terminent quelques plumes alaires du Jaseur de Bohême , ainsi qu’à ces larges lames cartilagineuses dont est pourvue une espèce de coq sauvage

DES COLOMBES. 5i

des Indes. Nous aurons occasion, dans la suite de cet ouvrage, de faire connoître plus particulièrement cette intéressante espèce.

La Colombe-Hérissée mesure en totalité de douze à treize pouces. Sonnerai s abuse en disant que sa taille est plus forte que celle du Ramier vulgaire. Latham, en copiant le voyageur cité, commet la même erreur : le bec de notre oiseau avoit un pouce depuis la pointe jusqu’aux angles des deux mandibules, qui se trouvent engagées dans une peau nue 5 cet espace dénué de plumes se prolonge sur les joues, et aboutit derrière l’orifice des oreilles: celles-ci sont seulement recouvertes de quelques poils 5 les ailes atteignent vers le milieu delà queue, dont toutes les pennes sont d’égale longueur 5 le tarse est couvert de plumes jusque vers l’origine des doigts. La tête, le cou et la poitrine sont d'un beau gris blanchâtre 5 le reste du corps, les ailes et le dessous de la queue sont d’un beau bleu-violet foncé 5 les grandes pennes alaires n'ont de cette couleur que sur leurs barbes extérieures, les barbes intérieures étant noirâtres. La queue, en dessus, est colorée d’un rouge cramoisi vif 5 les baguettes des pennes du centre sont d’un bleu foncé, mais celles des plumes latérales sont de la même couleur que leurs barbes 5 la partie nue des joues est couverte d’une peau lisse, colorée d’un rouge incarnat 5 les yeux, placés au centre de cette nudité, sont rouges, de même que la base du bec, dont la pointe est jaunâtre 5 les pieds et les ongles sont d’un noir bleuâtre.

Deux individus de cette espèce sont au Muséum de Paris $ ce sont les mêmes envoyés par Sonnerai pour le cabinet du roi : l’état de dégradation où se trouvent ces oiseaux prouve évidemment contre l’opération destructive des fumigations qu’on employoit autrefois pour garantir les oiseaux des insectes rongeurs j procédé au reste bien plus dangereux et plus nuisible aux collections d histoire naturelle que les légions voraces des insectes destructeurs : les soins qu’on prend aujourd’hui à la conservation de ce riche dépôt font honneur à l’administration.

M. Le Vaillant nous a dit posséder un individu delà Colombe-Hérissée, tué par lui dans ses voyages en Afrique.

HISTOIRE

COLOMBE ROUGE-CAP, Màie.

Pl. XX.

Columba Ilubricapilla. Lath. lnd. orn. v. 2 , p. 5 gg , sp. 19.

- — Gmel. Syst. i , p. 784.

Le Pigeon Violet à tète rouge d’Antigue. Sonnerai , voy. Nouv. Gain. , p. 1 12 , t. 67. — Sonnini , édit, de Buff. v. 7 , p. 261.

Red-Crowned Pigeon. Lath. Syn. v. 4 , p ■ 628 , sp. 17.

La faculté de relever et de hérisser en quelque sorte les plumes de la tête et du cou est aussi une habitude propre à l'espèce de Colombe que nous nommons Rouge-Cap, dénomination bien plus simple, que nous préférons à celle de Pigeon Violet à tête rouge > par laquelle Sonnerat et Sonnini désignent cet oiseau.

On peut ranger ce Pigeon dans la classe des oiseaux qui se trouvent ornés d’une manière extraordinaire par des plumes de parade capables d’érection : celles-ci, quoique ne se trouvant pas disposées sur un nerf érecteur, comme dans presque tous les oiseaux pavaneurs, ont néanmoins la faculté de se redresser , par l’attitude que ce Pigeon sait donner à son corps ; l’oiseau, en baissant la tête et en la retirant en même temps sur la poitrine, raccourcit considérablement le cou , ce qui oblige toutes les plumes à se relever; celles-ci, très longues et effilées, lui forment comme une large perruque. Le Rouge-Cap est encore remarquable par des carnosités placées sur la mandibule supérieure du bec; sa base est engagée dans une peau nue qui forme entre cette partie et l’œil plusieurs tubercules; dans les plis de ces carnosités naissent de petites plumes très courtes.

Les plumes du cou ont aussi une forme particulière : la longueur totale de celles placées sur la nuque est de quinze lignes; leur baguette cependant n’a que six lignes ; le prolongement de ces plumes est occasionné par les barbes latérales, qui dépassent les baguettes de plusieurs pouces, se terminent en pointe aiguë, et forment un angle ouvert; ces barbes sont entièrement désunies entre elles, et soyeuses : les plumes du devant du cou sont à peu près

DES COLOMBES. 53

de même nature, mais la partie excédante des barbes latérales n'est pas si allongée. Nous figurons une de ces plumes sur notre planche.

Le Rouge-Cap, mesuré depuis la pointe du bec jusqu’à l’extrémité de la queue, a environ dix pouces. Cette dernière est courte, et les pennes foiblement étagées; les ailes pliées atteignent à leur extrémité ; des plumes d’un beau noir bleuâtre, à nuances violettes, revêtent le ventre, le dos, les ailes et la queue ; sa couleur paroit comme saupoudrée de grisâtre sur les barbes des pennes caudales et alaires : des plumes fines, à barbes déliées, disposées en calotte, et d'un rouge très éclatant, recouvrent le sommet de la tète; un beau gris nuancé de bleuâtre colore le cou, le haut du dos et la poitrine; cette couleur prend des teintes claires, et devient blanchâtre en approchant du corps. Lorsque l'oiseau ne relève point les plumes de ces parties, il semble revêtu d’un camail touffu. Les pieds, dont le tarse est à moitié recouvert de plumes, sont, ainsi que les doigts et les ongles, d'un gris cendré 5 la base du bec est noirâtre, mais la pointe est jaunâtre 5 les carnosïtés sont colorées d’un beau rouge incarnat; un cercle gris-clair entoure l'iris; il est suivi d'un autre cercle d’un beau rouge.

Ces Pigeons habitent aux îles Panay. Sonnera t les a trouvés à Antigue. Plusieurs individus ont été rapportés vivants en Hollande, où ils ont vécu long-temps dans la ménagerie de M. Gevers, à Rotterdam.

Un des deux individus de l’espèce du Rouge-Cap , déposés dans les galeries du Muséum de Paris, nous a servi de modèle. Un mâle fait partie de mon cabinet. R n’auroit pas été inutile de représenter ce Pigeon dans l'état de parure î mais, ne voulant pas augmenter le nombre déjà considérable des planches, nous avons cru devoir nous abstenir de donner celle-ci.

HISTOIRE

COLOMBE ORICOU, mu*

Pl. XXI.

Columba Auricularis. Miln.

Si la nature a décoré et embelli à nos yeux une multitude de ses productions, en leur accordant les apanages du luxe et les ornements recherchés d’une parure élégante et gracieuse, elle semble aussi avoir pris plaisir à affubler grotesquement quelques uns d’entre les êtres que sa main a formés. Nous ne saurions souvent nous rendre raison des fins qu’elle s’est proposées en donnant à quelques oiseaux des appendices plus ou moins extraordinaires $ ce n'est, qu’en étudiant les mœurs et les diverses habitudes de ces espèces que nous pouvons espérer de parvenir à la connoissance des voies sages et bonnes qui l’ont guidée dans l'œuvre de la création. En nous appliquant à connoitre la manière de vivre des animaux, nos lumières se développeront insensiblement sur l’état de leur organisation, ainsi que sur les causes qui y ont souvent donné lieu : ce n’est qu’en nous attachant de préférence à observer la nature animée, et en établissant les rapports qu’ont entre eux les divers êtres, que nous viendrons à bout de simplifier et d'orner en même temps de plus de charmes cette science, malheureusement trop encombrée par les idées philosophiques de savants qui s’imaginent avoir découvert du centre de leur bibliothèque les règles immuables suivant lesquelles ils prétendent dicter des lois à la nature.

Il est peu d’oiseaux qui se trouvent aussi singulièrement décorés que l'est la Colombe de cet article. Des prolongements charnus sont adhérents à la peau nue qui recouvre le devant du cou ; ils forment trois barbillons à-peu-près semblables à celui que porte le Dindon ; unecarnosité arrondie, de la grosseur d’une cerise , semée de tubercules , s’élève sur la base de la mandibule supérieure du bec. Ces appendices , quoique extraordinaires, ne nuisent pas à la parure de cette Colombe ; elles ajoutent même à sa beauté, principalement

DES COLOMBES. 55

lorsque ces carnosités sont décorées de leurs teintes vives et naturelles. Une troupe de ces Pigeons doit former un coup-d’œil ravissant.

LOricou est à-peu-près de la taille du Pigeon vulgaire, ou Biset; sa longueur, depuis le bout du bec à l'extrémité de la queue, est de onze pouces quatre lignes ; le bec a onze lignes; les pennes caudales sont d’égale longueur, et les ailes pliées atteignent jusqu'aux deux tiers de la queue.

Les joues, jusque derrière l’orilice des oreilles, sont dénuées de plumes*, la peau nue se dirige sur tout le devant du cou , où elle donne naissance à trois appendices ou barbillons flottants : le premier prend son origine à la base de la mandibule inférieure du bec, et forme plusieurs plis sur le devant du cou; les deux autres se dirigent sur chacune des parties latérales de cette peau; ces dernières prennent naissance au-dessous des yeux : lec narines sont surmontées d'une épaisse carnosité d’un beau rouge.

Le plumage de cette Colombe est d’un blanc uniforme; la queue seulement est. grise à son origine, et noire vers le bout; les barbes extérieures des pennes latérales de chaque côté sont blanches jusqu'aux trois quarts de leur longueur; les grandes et les moyennes pennes des ailes sont d’un gris-blanc à leur origine, et noires vers leur extrémité; la penne extérieure de chaque aile est entièrement de cette couleur; l’aile bâtarde est d’un gris noirâtre.

Nous renvoyons nos lecteurs, pour les formes de cet oiseau, à la planche très exacte qui représente la Colombe Oricou de grandeur naturelle.

Nous avons vu une variété entièrement blanche qui n’avoit du noir que sur la queue; d autres avoient le plumage plus ou moins marqué de taches grises et noires : ces derniers nous ont paru être de jeunes oiseaux. Les pieds sont constamment d’un beau rouge, et le bec est noir.

Nous présumons que l’Oricou habite les îles de la mer Pacifique, c’est du moins par des vaisseaux venant de ces parages que quelques individus ont été rapportés en Angleterre. Le Pigeon qui a servi de modèle à notre planche coloriée est déposé dans le cabinet de M. Raye de Breukelerwaert , à Amsterdam. Cet amateur possède aussi la variété de cette espèce, dont les ailes sont entièrement blanches.

HISTOIRE

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