SECONDE SECTION
Colombe à queue fortement étagée dans la forme d’un cône.
COLOMBE VOYAGEUSE ? Mâle et Femelle.
P l. XL FI II et XLIX.
Mas.
Columba Migraloria. Lath. Ind. Orn. v. o. , p. 612 sp. 70.
— Gmel. 1 , p. 789.
Œnas Americana. Briss. Orn. v. 1 ,p. ioo, sp. 12. — Frisch. , t. 1^2.
Pigeon de passage. Cat. Car. v. 1 , t. 23 . — Sonnini, édit. deBuff.v. 7, p. 210. Passenger or Migra tory Pigeon. Lath. Sjn. v. 4 , p- 661.
Femina.
Columba Canadensis. Lath. Ind. Orn., v. 2 , p. Gi 3 . sp. 72.
— Gmel. Sjst. 1, p. 780. — Briss. Orn. v. 1 ,p. 118^ sp. 21.
Tourterelle de Canada. Buff. pl. enl. 176. — ■ Sonnini , v. 7 , p. 280, pi. 68 , f. 1 Canada Turtle. Lath. Syn. v. l\, p. 658 .
La belle espèce de Colombe qui fait le sujet de cet article doit avoir été mal connue des naturalistes, puisque aucun d’eux ne donne de l’extérieur de ce Pigeon une description vraie que l’on puisse présumer être le fruit de la connoissance parfaite de l’espèce. Tous font mention de la femelle Colombe Voyageuse dans un article différent de celui du mâle, et forment de celle-ci une espèce distincte. Nous réunissons donc ici sous un même
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article ces deux indications (1), qui ont rapport au mâle et à la femelle de notre Colombe Voyageuse.
Bufïbn , v. 2 , p. 527, fait mention de cet oiseau , que nous supposons être le mâle, puisque Fauteur cite à cet endroit le Pigeon de passage de Friscb, et celui décrit par Catesby sous le même nom, qui en effet ont donné tous les deux une figure assez exacte du mâle de notre Colombe Voyageuse. Buffon dit, à l’endroit cité : <c Que ce Pigeon ne diffère de nos cc Pigeons fuyards et devenus sauvages que par les couleurs et par les plumes <c de la queue qu’il a plus longues, ce qui semble le rapprocher de la Tourte terelle ; mais ces différences ne nous paroissent pas suffisantes pour en « faire une espèce distincte et séparée de celle de nos Pigeons. »
Un peu plus loin, à la page 55 a du même volume, Buffon fait mention et donne une figure, pl. 176, de la femelle de notre Colombe Voyageuse, qu’il désigne comme une espèce différente, puisque ce naturaliste en parle sous le nom de Tourterelle du Canada; mais ce qui est encore plus inconcevable, c’est qu’à cet article Buffon compare la femelle de notre Colombe à l’espèce de la Tourterelle V ulgaire, tandis qu’il paroît considérer le mâle comme peu différent de nos Pigeons sauvages, ou Bizets. Voici, au reste, ce que Fauteur cité dit à l'article de sa Tourterelle du Canada : « La Tourterelle, comme le « Pigeon et le Ramier, a subi des variétés dans les différents climats, et se <x trouve de même dans les deux continents. Celle qui a été indiquée par a M. Brisson sous le nom de Tourterelle du Canada, et que nous avons fait cc représenter, est un peu plus grande, et a la queue plus longue que notre cc Tourterelle d’Europe ; mais ces différences ne sont pas assez considérables ce pour qu’on en doive faire une espèce distincte et séparée (2). Il me paroît cc qu’on peut y rapporter l’oiseau donné par Edwards sous le nom de Pigeon cc à longue queue, planche i 5 , et que M. Brisson a appelé Tourterelle cc d’Amérique ( 5 ). Ces oiseaux se ressemblent beaucoup ; et comme ils ne ce diffèrent de la Tourterelle que par leur longue queue, nous ne les regarcc dons que comme des variétés produites par l’influence du climat. »
(1) Voyez l’Index A v es Columbœ qui termine ce volume.
( 2 ) Pour réfuter Buffon à cet article, il suffira de renvoyer les naturalistes à la planche 4 9 ? qui représente notre Tourterelle vulgaire ; en la comparant aux planches de cet article, il ne restera, je pense , aucun doute sur les différences bien caractérisées qui se trouvent entre ces deux espèces de Pigeons.
(3) Buffon se trompe encore à cet endroit : le Pigeon décrit par Edwards, et figuré par lui planche io , est une espèce toute différente, que Buffon décrit très exactement dans un autre article sous le nom de T ourle, sans qu’il paroisse se douter de ce double emploi. ( Voyez, noire planche 5o.)
DES COLOMBES. 109
Les Colombes habitent l’Amérique, entre le vingtième et le soixantième degré de latitude. Elles passent la saison chaude dans les contrées septentrionales, et, aux approches des frimas, elles émigrent et vont chercher un climat plus doux. Dans les pays situés à une latitude plus méridionale, on les appelle Pigeons des bois. Ces oiseaux construisent leur nid sur les arbres de haute futaie, et pondent deux œufs blancs : leur chair est un mets exquis.
On a peine à se faire une idée, dit Latham, de l'innombrable quantité de ces Pigeons voyageurs. A l’époque de leur migration, leur essaim nombreux, dont l’étendue occupe quelquefois deux lieues de terrain sur un quart de lieue de largeur, obscurcit l’air. A la chùte du jour, toute une troupe se perche en peloton serré sur les arbres , dont les branches plient sous le poids. Le peuple de Philadelphie a coutume de les abattre de dessus les toits des maisons. A la Nouvelle-Angleterre, on les abat durant leur halte de nuit; ce qui n’est pas difficile, vu que ces Colombes sont aisées à approcher, la fatigue les rendant peu farouches. A la Louisiane, on les surprend pendant la nuit. Quand les chasseurs se sont assurés qu’une troupe de ces Pigeons a pris possession d’un arbre pour s'y reposer, ils l’entourent d’herbes odoriférantes, et y mettent le feu. Les Colombes, suffoquées par la fumée, tombent de l’arbre, et deviennent pour eux une proie facile.
Latham s’est trompé en décrivant la femelle Colombe voyageuse sous le nom de Canada Tarde , et avançant, à cet article, dans le Synopsis of hirds v. ^ , p. 658, que cet oiseau (qu’il décrit du reste fort exactement), a les plumes de la queue d'égale longueur. Ce naturaliste répare cette dernière erreur dans son index , où il en fait mention dans la division des Pigeons à queue en forme de cône. Brisson décrit succinctement le mâle sous le nom de Pigeon sauvage d’Amérique. Le même auteur parle un peu plus loin de la femelle, sous la dénomination de Tourterelle du Canada. Nous reconnoissons parfaitement cette dernière dans la description de Brisson ; mais il a eu tort de parler d’une femelle qu’il croit appartenir à l’espèce de sa Tourterelle du Canada. L’oiseau que ce naturaliste présume être de ce sexe n’est effectivement qu’une variété accidentelle dans l'espèce, variété qui cependant est assez rare, et que nous nous contenterons d’indiquer succinctement, après avoir décrit le mâle et la femelle, que nous avons figurés dans les planches qui accompagnent cet article.
Le mâle a seize pouces depuis la pointe du bec jusqu’à l’extrémité de la queue, qui seule en a huit. Les ailes, longues de huit pouces, aboutissent vers le milieu de la longueur de la queue : un gris-bleu cendré est la couleur
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dominante du haut de la tête, des joues, du derrière du cou, des moyennes couvertures des ailes et du croupion. Sur les côtés du cou sont quelques plumes violacées à reflets dorés; du gris-terreux est répandu sur le manteau et sur les grandes couvertures des ailes, qui ont toutes des taches noires disposées irrégulièrement sur les barbes extérieures. Les rémiges sont noirâtres, bordées de blanc roussâtre \ une teinte d'un roux nuancé de vineux est répandue sur les plumes du devant du cou , de la poitrine et du ventre. Elles prennent un ton plus clair sur cette dernière partie, et deviennent blanches vers l’abdomen. Les couvertures inférieures de la queue sont de cette dernière couleur ) les deux pennes du milieu de la queue sont noirâtres : toutes les autres sont d’un gris-blanchâtre. Celles-ci ont vers leur origine, sur leurs barbes intérieures, une grande tache rousse au-dessous de laquelle est une grande tache noirâtre. Les yeux sont placés dans un petit espace dénué de plumes, de couleur rouge: l’iris est d’un rouge orangé ; le bec est noir et les pieds rouges.
La femelle, qui est d’un pouce moins grande dans toutes ses dimensions que le mâle, s’en distingue aussi par les couleurs du plumage. Chez celle-ci, le haut de la tête, le derrière du cou, le manteau et les grandes couvertures alaires sont d’un gris-brun ; elle a , comme le mâle , des taches noires sur ces dernières. Les pi urnes des côtés du cou, quoique nuancées de légères teintes violacées, n’ont cependant pas les reflets brillants et dorés. Le croupion esL, comme chez le mâle, d’un gris-cendré ; mais les couvertures du dessus de la queue, et les deux pennes intermédiaires de celle-ci sont d’un brunterreux ; toutes les autres pennes sont gris-blanc : la partie intérieure des barbes a les mêmes grandes taehçs rousses et noires. Le devant du cou, la poitrine et le ventre ont diverses teintes de cendré -brun et de blancgrisâtre. Cette première nuance règne principalement sur la poitrine, tandis que la dernière est répandue sur le reste des parties inférieures de l’oiseau.
Une variété que Brisson donne à tort comme la femelle de sa Tourterelle du Canada a toutes les plumes de la tête, du cou, de la poitrine et de la partie supérieure du dos, terminées par une bande d’un blanc-grisâtre.
Nous avons examiné plusieurs individus de cette espèce. Parmi ce nombre il s’en trouvoit qui n'a voient pas une taille aussi forte que celle des deux individus dont nous donnons ici la mesure. Un mâle de cette espèce est déposé au Muséum de Paris , et M. Dufresne possède celui qui a servi de modèle au dessin de madame Knip. Deux de ces Pigeons, mâle et femelle , font partie de mon cabinet ; c’est cette dernière que représente la planche 4q.
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COLOMBE TOURTE, MMe.
Pt.. L.
-fColumba Carolinensis. Lath. Ind. Orn. v. i, p. 6 i 3 , sp. 71. — Gmel. Sjst. 1, p. 789. • — Briss. Orn. v. 1 p. 110. sp. 18, l. 8 ,f 1.
Coliimba Marginal». Lath. Ind. Orn. v. 2 , p. 6 r 4 , sp. j 3 . — Gmel. Sjst. 1 , p. 791. Turtttr Americanus. Briss. Orn. , v . 1 , p. 101 sp. 24.
La Tourte, ou Tourterelle de la Caroline. Buff. pl. enl. ij 5 . Femelle.
La Tourterelle à longue queue. Edw. t. i 5 . Le mâle.
Tourterelle de Caroline. Seligm. Sarnm. selt. Vogel , v. 1 , pl. 48 . Mâle.
Carolina Pigeon. Lath. Sjn. v. 4 , p. 663 .
Mai'ginated Pigeon. Id. v. 4 , p. 664 -
La plupart des auteurs ont encore fait un double emploi de cette espèce $ ils donnent la description du mâle dans un article, sous les noms de Tourterelle à longue queue, Tourterelle d’Amérique, et de Tourterelle de Caroline. Buffon en fait mention comme d’une variété dans l’espèce de sa Tourterelle du Canada (i). Il décrit la femelle de la Tourte sous cette dénomination*, mais dans sa planche enluminée, l’oiseau y porte le nom de Tourterelle de la Caroline. Latham, en copiant Brisson, a commis la même erreur. Cet auteur décrit le mâle sous le nom de Marginaled Pigeon s et, un peu avant, il fait un autre article de la femelle sous le nom de Carolina Pigeon. Nous pensons qu’il est nécessaire de relever ces erreurs , afin de procurer par la suite aux méthodistes et aux compilateurs la faculté de déterminer avec plus de précision leur synonymie , vu que ces derniers ne se soucient guère de vérifier leurs méthodes sur la nature : renfermés dans le centre de leur bibliothèque, ils assignent de là à chaque espèce la place qu’elle doit occuper.
La Tourte mesure en totalité onze pouces j la queue seule en a environ cinq. Les ailes, lorsqu'elles sont pliées, s'étendent jusqu’au quart de la longueur de celle-ci. Le mâle, dans cette espèce, se distingue principalement par quelques plumes noires, lustrées de violet, placées immédiatement
(1) Cet oiseau, dont nous tenons de parler dans l’article précédent, est la femelle de la Colombe voyageuse
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au-dessous de l'orifice des oreilles. La partie antérieure de la tête et la gorge sont d’un brun roussâlre 5 l’occiput est d’un bleu-cendré ; les parties supérieures de l’oiseau sont d’un gris-brun foncé ; les scapulaires et les grandes couvertures des ailes les plus proches du corps sont marquées vers leur extrémité de taches noires ovales de différentes grandeurs. La partie inférieure du dos, le croupion et les couvertures du dessus de la queue, sont d’une teinte cendrée. La partie inférieure du cou jette des reflets de violet et de vert-doré : la poitrine et le devant du cou sont d’un rouge vineux qui s’éclaircit par demi-teintes sur les flancs et sur le ventre, prenant un ton de brun-cendré. Depuis la base du bec jusqu’aux yeux s'étend, de chaque côté, une étroite ligne blanche ; les pennes de l'aile sont d’un brun foncé, et ont leur bord extérieur roussûtre ; celles de la queue sont fortement étagées 5 les deux du milieu sont les plus longues; les autres vont en diminuant par degrés jusqu’à la plus extérieure, qui n’excède guère la moitié des pennes du centre. Ces dernières sont brun-cendré \ les deux qui suivent de chaque côté sont cendrées à leur origine, marquées de noir dans le milieu, et cendre-clair vers le bout : les trois latérales sont cendrées depuis leur origine jusqu'au centre; ensuite elles sont noires, et toutes sont terminées de blanc. Le tour des yeux est nu, de couleur terne ; l’iris est brun ; le bec est couleur de corne, et les pieds sont rougeâtres.
La femelle est un peu moins grande que le mâle ; elle n’a pas de tache violacée au-dessous de l’orifice des oreilles. Les plumes des côtés du bas du cou n’ont point de reflets dorés, et le devant du cou, ainsi que la poitrine, est d’un cendré-brun : cette couleur règne en général sur toutes les parties inférieures de l’oiseau.
La Tourte se trouve à la Caroline, au Brésil, à Porto-Rico et à Saint- Domingue. Latham nous dit que l'espèce habite à la Caroline durant toute l'année, et qu’elle y niche.
L’individu mâle qui a servi de modèle appartient à M. Dufresne. Nous avons vu un mâle et une femelle dans le Leverian Muséum, à Londres, et un au Muséum de Paris.
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