SUR
IN ou s suivrons pour l’ordre de classification des Pigeons la méthode de Latham , comme elle a été publiée dans son Index ornithologique , en établissant cependant certaines modifications nécessaires , et en rectifiant les erreurs que nous avons cru découvrir dans le traité de ce naturaliste. Pour la synonymie, nous nous sommes restreints aux auteurs les plus fidèles dans leurs descriptions , à ceux qui, faisant bien connoître les oiseaux, ne se contentent pas de les indiquer vaguement. Nous citerons à cette fin Latham, Linnæus , édition de Gmelin ; Buffon, Brisson , Edwards et Sonnerat.
L’ouvrage que nous offrons au public aura cet avantage qu’il renferme tous les individus connus qui se trouvent dans l’ordre des Pigeons. J’ai visité les principaux cabinets d’Histoire Naturelle de l’Europe, et j’y ai soigneusement recueilli tout ce qui pouvoit servir au complément de cet ouvrage.
Buffon nous apprend qu’il y a peu d’oiseaux aussi propres à fournir de longues courses que les Pigeons. Il ajoute que la
plupart des races sauvages se trouvent dans presque tous les climats.
Les divers voyages autour du monde nous confirment dans cette assertion. Les Pigeons sauvages se trouvent dans presque toutes les contrées, même les plus brûlantes, où ils sont toujours les mêmes, sans varier de couleur; ils habitent dans ces lieux avec les autres espèces de Pigeons dont Buffon fait autant de rejetons du Bizet ou Pigeon Fuyard, sans que cependant ces rejetons supposés s’allient jamais avec leur souche primordiale; ce qu’il ne manqueroit pas de faire, si effectivement ils en tiroient leur origine.
Le Pigeon brun de la nouvelle Espagne dont parle Buffon, et que Fernandès nomme le Hoilotl ( a ) celui indiqué par le même auteur sous le nom de Hoilotl (b) ainsi que le Kacalioiiot (c), sont trop vaguement désignés; les descriptions que nous en avons sont si imparfaites, qu’il nous est impossible de distinguer les différences spécifiques. Il faudra se résoudre à rayer ces Pigeons de la liste nominale, jusqu’à ce que des indications plus exactes nous les fassent mieux cônnoître.
Buffon dit plus loin : « Le Pigeon indiqué par M. Brisson « sous le nom de Pigeon violet de la Martinique (d), et qui est « représenté pl. n° 162 sous ce nom de Pigeon de la Martinique, « ne nous paroît être qu’une très légère variété de notre Pigeon « commun; celui de ce même auteur, appelé simplement Pigeon
(a) Colmnba Mexicana. Laht. Ind. orn. v. 2, p. 6ui , sp. 28.
(b) Columba Nævia. Lath. Ind. orn. v. 2 , p. 60 1 , sp. 29. Columba Hoilotl. ibid. sp. 3 o.
(c) Columba Cærulea. ibid. sp. 3 i.
(d'j Columba Martinica. Lcith. Ind. orn. v. 2, p. 090 , sp. 7.
« de la Martinique, et qui est représenté dans les pi. enl. n° iZjn? « sous la dénomination de Pigeon roux de Cayenne, ne forment « ni l’un ni l’autre des espèces différentes de celle de notre Pigeon ; « on les appelle improprement Perdrix à la Martinique , ou il a n’y a point de vraies Perdrix; mais ce sont des Pigeons qui ne « ressemblent à la Perdrix que par la couleur du plumage , et « qui ne diffèrent pas assez de nos Pigeons pour qu’on doive « leur donner un autre nom. »
Certes , il ne seroit guère venu dans l’idée des naturels de la Martinique de donner à cette espèce, ainsi qu’à plusieurs autres, le nom de Perdrix, si, par leurs observations, bien souvent mieux fondées que tous nos systèmes, ils n’a voient aperçu quelque analogie entre le genre de vie de ces Colombes et les allures des Perdrix. Ce n’est donc pas la couleur du plumage qui a donné lieu à cette dénomination de Perdrix, mais bien mieux la conformité de mœurs entre ces Gallinacés et quelques espèces de Colombes dont nous aurons occasion de parler plus au long en décrivant les individus qui appartiennent à cette petite famille.
Buffon rapporte le Ramier donné par Edwards, pl. 76 ( a ), à notre Bizet, sans prendre notice des caractères de dissemblance qu’il dit exister entre ces oiseaux. Ce Ramier, qu’Edwards nomme Pigeon brun des Indes, est plus fort de taille que notre Bizet; il a le corps plus long et plus fort; toute la région des yeux et des oreilles est dénuée de plumes , et il relève souvent sa queue.
La Colombe voyageuse (b), quoique ayant la queue cunéiforme
[a) Columba Leucoptera. Lath. Incl. OT'ti. v. 2, 2 q 5 , sp. 6.
(b) Columba Migratoria. Lath. Incl. orn. v. 2, p. 612, sp. 70.
et la taille allongée , n’a pas même fait d’exception : à en croire Buffon , elle ne diffère de nos Pigeons fuyards et devenus sauvages que par les couleurs et par les plumes de la queue, qui sont plus longues.
Il en est encore de même du Pigeon décrit par Brisson sous le nom de Pigeon vert des Philippines , et que (a) Latham nomme Pigeon Perroquet (b); il est d’un tiers plus petit que le Bizet, tout son plumage est d’un beau vert jaunâtre, relevé sur la poitrine par un large plastron d’un lilas tendre.
Cet oiseau, selon Buffon, ne diffère de nos Pigeons fuyards que par la force des couleurs, qu’il attribue à l’influence des climats chauds , comme si le climat de Ceylan , d’ou cette Colombe est originaire , possédoit le pouvoir magique de diminuer la taille et de changer totalement la couleur du plumage d’un oiseau qui , dans nos contrées tempérées , est d’un bleu couleur de plomb, en un vert jaunâtre éclatant et en lilas tendre.
Comment se peut-il que Buffon ait attribué un si grand pouvoir à l’influence des climats chauds ?
Le Pigeon vert d’Amboine (c) des pl. enl. 160 n’a pas attiré plus particulièrement l’attention de ce naturaliste, quoique ce Pigeon, ainsi que plusieurs autres qui lui ressemblent, porte des caractères bien distincts qui le séparent de tous ses congénères; caractères que nous ferons observer plus loin en établissant la division des petites familles ou sections qui se trouvent dans la nombreuse tribu des Pigeons.
(a) Columba Vernans. Lath. Ind. orn. v. 2, p. 5 gg, sp. 22.
(b) Parrot Pigeon. Lath. Synops. v. p. n° 20.
(c) Columba Aromatica. Lath. Ind. or«. v. 2 , p. 5 gg : sp. 2 . 3 .
Le Pigeon de File de Saint-Thomas dont parle Marcgrave («) est encore une espèce particulière [b) qui appartient à la petite famille des Colombars.
Je trouve dans Sonnini une note de M. Virey (c) , qui s’apercevant aussi de la grande confusion qui règne assez généralement dans les indications si peu vraies des divers auteurs, et présumant qu’il n’y a guère de caractères spécifiques pour les oiseaux autres que les couleurs , propose de rassembler dans la même phalange toutes les espèces du même genre qui ont une couleur fort dominante ; ainsi les Pigeons , continue M. Virey, seroient distingués à peu près comme les Papillons; ces groupes faciliteroient l’étude de ces animaux et soulageroient la mémoire.
Ne seroit-ilpas plus aisé de distinguer ces Pigeons verts par des caractères plus évidents que celui de la couleur du plumage ? Les Pigeons dont M. Virey fait l’énumération diffèrent assez entre eux pour qu’on puisse facilement les reconnoître.
Le Pigeon indiqué par Hans Sloane (d), qui est notre Colombi- Galline à balafres blanches (e), a encore été considéré comme une simple variété du Rizet. Cette Colombe diffère cependant du Rizet par son plumage d’un brun-pourpre. Elle est remarquable par cieux traits blancs qui partent de la base du bec; sa longueur
(a) Marcgrave , Hist. nat. Brasil , p. 2x3.
(è) Colomba Sancti Thomæ. Lath. Ind. orn. v. 2 , p. Coo, sp. i!\.
( c ) Baffon, édit, de Sonnini, v. 7 , />. 21 4 , note.
(d) Sloane Jamaica , p . 3 oi, pl. 261, Jig. 1.
(e) Colnmba Montana. Lath. Ind. orn. v. 2, p. 5 ^, sp. \. — M. Sonnini se trompe dans la synonymie de l’espèce dont il est question. Le Pigeon dont parle Buffon à cet article n’est pas le Colnmba Jamaicensis de Latham, sp. 5 , mais c’est le Columba Montana, sp. 4.
totale est de neuf pouces, tandis que le Bizet en a quatorze depuis le bout du bec à l’extrémité de la queue.
Buffon fait aussi dériver de notre Pigeon sauvage le Pigeon que je décrirai sous le nom de Colombe à calotte blanclie (a), malgré les différences qui existent entre ces oiseaux.
Plusieurs Ramiers exotiques ont été considérés comme les descendants du Ramier sauvage d’Europe , sans prendre garde que cette espèce se rencontre aussi dans les climats brûlants , et qu’elle j porte les mêmes distributions et nuances de couleurs comme dans les régions tempérées et froides; Buffon, qui ne pouvoit ignorer ce fait, attribue à l’influence du climat des différences qui ne laissent aucun doute sur l’identité des espèces.
Le Pigeon Ramier des Moluques, pi. enl. n° 16/j , auquel j’ai donné le nom de Colombe Muscadivore (b), est le premier que Buffon confond avec l’espèce indigène. «Quelque éloigné, dit « cet auteur, que soit le climat des Moluques de celui d’Europe, « il ressemble si fort à notre Ramier par la grandeur et la figure, « que nous ne pouvons le regarder que comme une variété « produite par l’influence du climat (c). »
La Colombe Muscadivore ressemble, il est vrai , pour la taille et les formes au Ramier d’Europe ; mais la couleur verte dorée qui recouvre tout le bas, les ailes et la queue, l’éloigne beaucoup de ce dernier ; ajoutez à cette différence une autre bien plus importante qui réside dans la conformation des pieds; le Ramier
(a) Columba Lencocephala. Lath. Ind. orn. v. 2 , p. 5g4 , sp. 5. (J)) Columba Æuea Lath . Ind. orn. v. 2 , p. 5g4, sp. 5.
( c ) Buffon, édit, de Sonnini, v. 7 ,p. 241 .
Muscadivore les a plus forts, le tarse et les doigts sont plus nerveux, et ces derniers sont plus longs.
Le Pigeon à taches triangulaires d’Edwards , pl. 7 5, qui est ma Colombe Roussard (a), ne peut pas être confondu avec le Ramier d’Europe , il en diffère par des caractères trop marquants ; nous les déterminerons lorsque nous en serons à la description particulière de cette espèce.
Le Pigeon h queue annelée de la Jamaïque (b), indiqué par Hans Sloane, est encore rapporté par fiuffon au Ramier d’Europe, quoiqu’il en diffère par la totalité des couleurs, par la taille qui est de deux pouces et demi moins forte, par les jeux d’un rouge plus vif, et par deux tubercules à la base du bec; tous ces caractères font de cette Colombe une espèce bien distincte.
Le Ramier de la Nouvelle Zélande (c) dont parle Latham n’est pas, comme M. Virey le croit, une variété du Ramier Caraïbe, c’est une espèce.
Dans la classification de ses Tourterelles, Buffon dit : a Celle
(c du Canada (d) ressemble si fort à la Tourterelle d’Europe, qu’il « ne faut la regarder que comme une variété produite par l’in-
« fluence du climat.» Un peu plus loin et en parlant de la Tourte (e), qu’il dit être une espèce distincte , cet auteur est dans la supposition que la Tourterelle du Canada pourroit bien être la femelle de la Tourte ou Tourterelle de la Caroline.
(а) Columba Guinea. Lath. Ind. orn. v. a , p. 6 oa, sp. 35.
( б ) Columba Caribæa. Lath. Ind. orn. v. 2 ,p. 6o3, sp. 36.
(c) Columba Zælandica. Lath. Ind. orn. v. 2 , p. 6o3, sp. 3^.
( d ) Columba Canadensis. Lath. Ind. orn. v. 2 , p. 61 3, sp. 72 .
( e ) Columba Carofinensis. Lath. Ind. orn. v. 2 , p. 6x3 , sp. 71 .
Il j a ici une double erreur ; d’abord cette prétendue Tourterelle du Canada n’est pas une variété de notre espèce produite par l’influence du climat, et secondement elle n’est pas la femelle de la Tourte ou Tourterelle de la Caroline* mais la Tourterelle du Canada est indubitablement la femelle de la Colombe Voyageuse ( a ); il faudra donc par la suite ajouter la synonymie de la Tourterelle du Canada à celle de la Colombe Voyageuse dont nous avons déjà parlé plus haut.
La Tourte, qui a la queue longue et cunéiforme, est une espèce bien distincte, non seulement de la Colombe Voyageuse, mais encore de la Tourterelle d’Europe; Buffon se trompe quand il croit qu’il faut rapporter à la Tourte le Pigeon indiqué par Albin (b), et celui de Brisson (c), le meme que Buffon nomme Tourterelle de la Jamaïque, pl. enl. iy 4 i cet oiseau a la queue très courte et peu étagée; comparer enfin un Pigeon qui construit son nid à terre, et dont les habitudes tiennent beaucoup de celles des perdrix, à une espèce dont les mœurs sont entièrement opposées, c’est bien vouloir s’obstiner à rapprocher des espèces qui n’ont aucune analogie entre elles.
La Tourterelle du Sénégal des pl. enl. de Buffon, n° i6o (ci), que nous nommerons Colombe Émeraudine, n’est pas, comme cet auteur le présume, une variété de sa Tourterelle à Collier du Sénégal, pl. enl. 161 (e) : la première de ces espèces n’a que huit
(a) Columba Migratoria. Lath. Ind. orn. v. 2, p. 6x2, sp. 70.
( b ) Albin, tom. 2, p. 32 , pl. l\g.
(c) Turtur Jamaicensis. Bris. orn. v. 1 , p. i 65 , pl. i 3 ,y 1.
(d) Columba Afra. Lath. Ind. orn. v. 2, p. 6x1 , sp. 64 -
(e) Columba Vinacea. Lath. Ind. orn. v. 2, p. 61 r , sp. 63 .
pouces de longueur totale ; elle a la queue courte , et deux taches de couleur d’émeraude ornent les ailes de cet oiseau; la dernière mesure dix pouces; elle est modelée sur les formes de la Tourterelle Vulgaire, et porte un collier noir sur la nuque. Nous devons encore faire observer que Buffon commet ici une seconde erreur en assimilant à la Tourterelle Vulgaire celle à Collier du Sénégal, dont nous venons de faire mention; cette dernière forme une espèce distincte, que nous considérons, d’après des naturalistes qui ont observé cet oiseau dans son pays natal, comme la souche de la Tourterelle à Collier (a), dont l’espèce vit et se propage en domesticité dans presque toutes les contrées de l’Europe : nous désignons celle-ci dans notre monographie sous la dénomination de Colombe Blonde.
Après cet exposé succinct des principales erreurs que Buffon a commises en rapportant à nos espèces indigènes la plupart des espèces exotiques, nous allons faire connoître la méthode suivant laquelle nous nous proposons de classer les nombreuses espèces qui composent cette intéressante tribu.
Tous les Pigeons ont le bec droit, la mandibule supérieure plus ou moins renflée vers le bout, recouvrant l’inférieure qui forme un angle plus ou moins ouvert; à la base du bec une protubérance molle et charnue dans laquelle les narines se trouvent placées; les pieds robustes, munis de quatre doigts, les trois de devant presque divisés jusqu’à leur origine, celui de derrière s’articulant fort bas sur le tarse et à niveau des doigts de devant;
rr
(a) Columba Risoria. Lath. Ind. orn. v. 2 . p. 607, sp. 5 i,
la couleur dominante des pieds est le plus souvent rouge. La plupart des espèces vivent par couples, font un nid en commun, et pondent deux œufs (a) ; le mâle couve pendant quelques heures dans le milieu de la journée, tandis que la femelle pourvoit à ses besoins; ils se partagent le soin de nourrir leur progéniture, ce qu’ils font en dégorgeant dans l’œsophage des petits des aliments qui auparavant ont été plus ou moins macérés dans leur
A considérer la tribu des Pigeons, il paroît que cet ordre doit être divisé en trois familles ou sections. Cette subdivision esl principalement fondée sur les mœurs et le genre de nourriture propre aux oiseaux qui composent ces familles; les quatre espèces de Pigeons qui habitent l’Europe semblent, il est vrai, présenter entre elles quelques légères différences dans les habitudes; mais les caractères qui tiennent aux formes extérieures et aux mœurs se trouvant les mêmes, on ne sauroit, dans une monographie, se permettre de classer ces espèces indigènes dans les subdivisions établies par les auteurs qui nous ont précédés, d’autant plus que les nombreuses espèces exotiques qui peuvent être comparées à celles d’Europe nous ont déterminés à rejeter cette ancienne classification.
Notre première division sera composée d’une petite famille de Pigeons qui se distinguent des autres espèces comprises dans les deux suivantes sections, par des caractères extérieurs très apparents et faciles à saisir; des différences se remarquent encore dans
(a) On trouve dans la troisième division des Pigeons que nous nommons Colombi-Gallines, une espèce qui pond un nombre d’œufs plus considérable.
SUR L’ORDRE DES PIGEONS. n
leur genre de vie : nous les désignons par la dénomination de Colombars.
Les Pigeons de cette division ont le bec épais, large à sa base, sensiblement renflé vers la pointe; la mandibule supérieure forme à son extrémité une forte courbure, et l’inférieure, en se renflant également, forme un angle ouvert ; cette partie dilatée est recouverte d’une substance cornée très épaisse formant une sorte de pince solide; le reste du bec est engagé dans une peau molle où sont placées les narines : le tarse est court; les doigts larges sont soudés à leur origine par une petite membrane; celui de derrière a une large membrane, dont il est comme liseré; les ailes sont longues et effilées ; la première penne étant à peu près de la longueur de la seconde, qui est la plus longue, la queue est toujours composée de quatre pennes d’égale longueur entre elles. Si l’on en excepte cependant l’extérieure de chaque côté, qui est un peu plus courte que les autres. Les Colombars ont le naturel très farouche; ils nichent sur la sommité des arbres; le nid est composé de petites branches, la femelle y dépose deux œufs que le mâle couve durant une partie de la journée. Ces Pigeons habitent les grandes forêts et se montrent rarement en plaine; leur nourriture consiste uniquement en baies et autres fruits moux.
La seconde division comprendra, sous le nom de Colombe, le Ramier, le Bizet, ou Pigeon proprement dit, et la Tourterelle, ainsi que toutes les espèces exotiques dont la manière de vivre et les formes extérieures sont analogues à celles de ces espèces indigènes. Ces Pigeons, sans distinction de taille, appartiennent à la même famille, dans laquelle nous établissons deux sections;
i2 DISCOURS
la première composée de Colombes dont la queue est carrée ou légèrement étagée ; la seconde ceux qui ont la queue longue et très étagée en forme de cône : tous ont le bec droit et mince, les mandibules tendres et flexibles, la supérieure légèrement renflée vers le bout, et le tarse court à doigts entièrement divisés.
Ces Pigeons habitent les lieux boisés , ils nichent sur la sommité des grands arbres ou dans des troncs vermoulus ; ils construisent leur nid le plus souvent de petites branches sèches qu’ils entrelacent grossièrement : tous se perchent habituellement de jour comme de nuit; dans cette action ils empoignent, avec les doigts, une branche, et s’y affermissent en la serrant fortement.
Notre troisième division comprendra, sous le nom de Colombi- Gallines, toutes ces espèces qui semblent former le passage des Pigeons aux vrais gallinacés ; nous les nommons Colombi-Gallines, parceque joignant des caractères mixtes des uns et des J autres , ils lient entre eux ces deux tribus. À chaque espèce il sera fait mention des caractères qui lui sont particuliers.
Les Pigeons Gallines qui composent cette division n’entreprennent point de longues courses comme les Pigeons proprement dits, ou Colombes; ils ont l’aile moins forte, leur taille est plus ramassée ; ils portent la queue basse et pendante. Le bec de ces oiseaux, quoique formé sur le modèle de celui des Colombes, est cependant plus mince , plus flexible et moins renflé vers le bout que dans ces derniers; ils ont le tarse long, le plus souvent très lisse; les écailles sont petites, et les ongles sont menus; le doigt postérieur s’articule au niveau de ceux de devant, comme dans les oiseaux de l’ordre colombar ; tandis que dans les oiseaux
SUR L’ORDRE DES PIGEONS. i3
gallinacés, et particulièrement clans les Perdrix, ce doigt s’articule plus haut sur le tarse. Les ailes sont courtes et arrondies , la penne extérieure étant de beaucoup plus courte que la seconde, et celle-ci moins longue que la troisième. Ces Pigeons sont toujours à terre, où ils trottent comme les Perdrix : la plupart des espèces se réunissent en petites troupes composées comme celles des Perdrix; ils pratiquent leur nid à terre, le placent contre quelque buisson ou sur les branches rampantes. Les Colombi- Gallines ne se perchent point comme les autres espèces de Pigeons; ils se posent seulement sur les plus grosses branches des arbres, encore ne le font-ils cpie lorsqu’on les poursuit, ou bien pour passer la nuit : ils choisissent souvent l’enfourchure d’une branche, et s’y tiennent blottis.
Nous terminons cette partie en observant que les Pigeons Colombars qui composent la première division habitent sur toute l’étendue de l’Afrique, dans les îles du vaste Archipel indien, à la Nouvelle-Hollande et dans les îles de l’Océan Pacifique : on ne trouve point des espèces analogues à ces Pigeons, ni en Europe, ni dans le Nouveau-Monde. Les Pigeons Colombes que nous réunissons dans la seconde division vivent dans les quatre parties du monde. Les Colombi-Gallines sont propres aux climats du Nouveau-Monde, de l’Afrique et de l’Asie : on ne les trouve point en Europe.
Extrait du Rapport de l’Institut national Classe des Sciences physiques
et mathématiques.
Le Secrétaire perpétuel pour les Sciences naturelles certifie que ce qui est ci-dessous est extrait du procès-verbal
de la séance du lundi i 5 juin 1807.
Nous avons été chargés, M. La. Cépède et moi (Cuvier) , d’examiner douze figures coloriées de Pigeons, que mademoiselle Pauline de Courcelles se propose de faire entrer dans un Ouvrage sur l’Histoire Naturelle de ce genre d’Oiseaux, et quelle a soumis à l’approbation de la Classe.
Depuis long-temps les naturalistes ont cherché à suppléer à la pauvreté du langage par des peintures qui pussent faire saisir à l’oeil les formes variées des objets peu connus.
La première idée en appartient, dit-on, à Aristote; on voit encore dans quelques endroits de ses écrits des lettres qui servoient a expliquer des figures; celles-ci n’ont pas été copiées dans les manuscrits qui nous restent , et l’on doit peu les regretter si elles ressembloient à celles que l’on voit encore dans quelques manuscrits de Dioscoride.
Les naturalistes du seizième siècle employèrent des gravures en bois, et les figures de Rondelet, de Gessner et d’Aldrovande ne perdent pas tout leur mérite dans la grossièreté de cette méthode de multiplication.
Les gravures en taille-douce devinrent plus communes dans le dix-septième siècle, et permirent d’exprimer les plus petits détails des objets avec précision. Vers le commencement du dix-huitième siècle , les gravures enluminées devinrent nombreuses. La Hollande , et ensuite l’Allemagne exercèrent beaucoup ce genre d’industrie , et les ouvrages publiés alors dans ces deux pays sont encore à présent très utiles à la science.
Cet usage d’orner les livres d’Histoire Naturelle de planches en couleurs est à présent général; et l’art de faire ces planches est devenu si parfait, qu’il est difficile de croire qu’il puisse jamais allerplus loin , quant à la vérité et la magnificence.
C’est un art particulier qui doit différer en plusieurs points de la peinture ordinaire
Mademoiselle de Courcelles a préseuté, il y a quelque temps, k la Classe, l’Histoire des Tangaras, des Manakins et des Todiers, dont le texte étoit rédigé par M. Desmarest; elle l’avoit orné de très belles planches, faites d’après ses dessins, et coloriées par elle.
Les planches de Pigeons qu’elle vient de soumettre à votre examen nous paroissent dignes de la même approbation.
Ce genre d’Oiseaux, par les envois des naturalistes voyageurs, commence à devenir riche en espèces exotiques, dont un grand nombre sont remarquables par leur grandeur ou l’éclat de leur plumage, et dont nous parviendrons peut-être à acclimater quelques uns.
Ce sont ces diverses espèces que mademoiselle de Courcelles se propose de peindre, et l’Histoire Naturelle ne peut en effet que gagner k voir fixer, par de belles gravures, tant de formes et de nuances différentes.
La Classe, qui a vu les figures que mademoiselle de Courcelles a mises sous nos yeux, a pu juger par elle -même de leur mérite sous le rapport de l’art.
Yos commissaires les ont comparées aux originaux déposés au Muséum d’Histoire Naturelle, et peuvent vous garantir quelles ne laissent rien a désirer sous le rapport de la ressemblance et des caractères distinctifs.
Ils n’hésitent donc point k vous proposer de leur accorder votre approbation.
Fait au Palais impérial des Beaux-Arts, le i 5 juin 1807.
Signe LA CÉPÈDE, CUVIER, Rapporteurs.
La Classe approuve le Rapport, et en adopte les conclusions.
Certifié conforme à l original, le Secrétaire perpétuel. Cuvier.
LES COLOMBARS.
CARACTÈRES ESSENTIELS
Bec épais, racorni vers la pointe et sensiblement renflé, tarse court, doigts réunis à leur base.
COLOMBAR COMMANDEUR, mai.
Planche /"*.
Columba Militaris , Mihi.
Columba S. Thomæ, Lath. Ind. orn. v. 2 p. 600 sp. od\. — Gmel. Syst. 1 , p. 778.
S. Tboiuas Pigeon, Lath. Syn. v. l\,p. 63 n° 22.
Je place à la tête de cette division la plus grande espèce connue. Sa longueur, depuis le bout du bec à l’extrémité de la queue, est de douze pouces et demi-, le bec a onze lignes, celui-ci est très épais, large à sa base, la pointe en est renflée, et les bords des deux mandibules sont échancrées. Ce caractère paroit indiquer que l’oiseau fait sa principale nourriture de quelques fruits, dont les noyaux très durs occasionnent des fractures à celte partie. On ignore cependant à quel fruit ce Colombar donne la préférence, ses mœurs n’étant pas encore connues.
Latham fait très succinctement mention de ce Colombar sous le nom de Pigeon de file de Saint -Thomas ; Buffon en parle aussi en passant-, mais ces descriptions vagues ne permettent guère de reconnoître l’oiseau.
Le Commandeur mâle a toute la tête, jusque derrière l’orifice des oreilles, d’un gris-bleu clair ; sur la poitrine est un large plastron jaune dont les extrémités se dirigent jusque sur le haut du dos, où une zone d’un grisbleu- cendré entoure cette couleur-, le reste des parties supérieures est d’un vert- pomme sale; cette couleur prend une teinte de gris vers le croupion; les petites plumes du poignet de l’aile, qui forment une espèce d’épaulette, sont d’un beau brun -pourpré; les moyennes et les grandes
HISTOIRE
pennes des ailes sont noires-, les premières sont frangées de jaune-blanchâtre et les dernières de jaune-olivacé; ceux-ci ont un petit bord jaune-blanchâtre 5 le ventie et tout le dedans des ailes sont d un gris-bleuâtre } les cuisses sont d’un beau jaune de paille-, les couvertures inférieures de la queue sont rousses, et chaque plume est terminée de blanc. Le dessus de la queue est moitié vert et moitié gris} cette dernière couleur règne sur l’extrémité de toutes les pennes latérales, mais les deux intermédiaires sont entièrement vertes-, la queue en dessous est noire à son origine, et d’un gris -blanchâtre vers son extrémité 5 le tarse est dénué de plumes, il est rouge de même que les doigts j es ongles et la couche racornie du bec sont gris.
Ce Colombar habite l’Inde, mais j’ignore quelle partie.
U11 individu mâle, d’une conservation très pure, se trouve dans le beau cabinet de mon ami M. Raye de Breukelerwaert, et un autre est déposé au Muséum de Paris. C’est ce dernier individu qui a servi de modèle à mademoiselle Pauline de Courcelles.
DES COLOMBARS.
COLOMBAR COMMANDEUR 7 Femelle.
Pl. II.
Columba Mililaris, Femina,
Les femelles de presque toutes les espèces de Pigeons ne diffèrent, en général, guère de leur mâle; les deux sexes se ressemblent par les formes et la taille; il n’y a souvent qu’une légère différence pour les couleurs, dont les teintes sont moins prononcées dans les femelles.
La femelle du Commandeur diffère cependant assez de son mâle pour mériter d’être figurée.
La taille et les dimensions principales sont pareilles à celles du mâle; les couleurs de la tête, du dos et du croupion n’offrent point de différences; le plastron, qui dans le mâle est jaune, est d’un vert jaunâtre sale dans la femelle : elle a la nuque de couleur olive-foncée, et la zone sur le haut du dos est d’un gris-clair; les épaulettes sur le fouet de l’aile sont d’un ton plus tendre que dans le mâle; les scapulaires sont d’un vert-grisâtre; le ventre, qui est gris chez le mâle, est verdâtre dans la femelle ; les pennes latérales de la queue sont grises sur toute leur longueur, et les deux intermédiaires sont vertes ; le dessous de la queue est pareil à celui du mâle, mais les plumes de l’abdomen sont terminées de jaune.
Il paroît que les jeunes de cette espèce sont plus ou moins de couleur grisâtre sur les parties supérieures, et de couleur olivacée sur les parties inférieures et sur la partie postérieure du cou; les pieds sont constamment d’un beau rouge.
L’individu femelle qui a servi à cette description est au Muséum de Paris.
HISTOIRE
COLOMBAR MAÏTSOU.
Pl. 111.
Columba Auslraljs. Lath, Ind. orn. v. p. Go/f., sp. 4o. — Gmel. Syst. i ,p. 779.
Pigeon Ramier vert de Madagascar. Bujf. pl. en!. 1 1 1 . Madagascar Pigeon. Lath. Sjn. v. t± } p. 64 i. var. A
Il par oit qu’il se trouve, dans l’état sauvage, des Pigeons dont les tarses sont plus ou moins garnis de plumes, à peu près comme le sont les jambes des Tétras-, ce caractère cependant ne sanroit constituer une différence générique ni même permettre une division en sous-genre. Tous ces Pigeons culottés , ou dont le tarse entier est garni de plumes, ne s’éloignent du reste en aucune façon des autres espèces de leur famille.
Le Colombar auquel j’ai conservé une partie du nom qu’il porte à Madagascar, où les naturels l’appellent Founingo Maïtsou, diffère à beaucoup d’égards du Founingo Ména-Rabou (n), auquel Bulfon (è) l’a comparé. C’est à tort que cet auteur suppose qu’il n’existe entre ces oiseaux d’autre différence que celle du bleu au vert \ ou que peut-être ils pourroient bien varier seulement de sexe ou d’âge.
Le Founingo Maïtsou et le Founingo Ména-Rabou ne se ressemblent que par le seul caractère d’avoir tous les deux le tarse couvert de plumes jusqu’à l’origine des doigts-, du reste ils diffèrent par la forme du bec, qui est en pince solide et racornie dans le premier, mince et flexible dans le dernier 5 les doigts du Founingo Maïtsou sont larges et réunis à leur origine , la plante des pieds est épatée comme dans les Calaos et les Martin-Pêcheurs-, le Founingo Ména-Piabou a tous les caractères qui sont propres aux Colombes, et appartient à la classe de ceux qui ont autour des yeux un espace dénué de plumes.
Le Colombar Maïtsou, dont on ignore jusqu’ici la manière de vivre et le
(«) Columba Madagascariensis. La/h. Ind. orn. v. i, p. 60 1\ , sp. 4 o.
(b) Buffon , édit, de Sonnini , v. 7, p. 245. Pigeon Ramier bleu de Madagascar , pl. cnl. 11.
DES COLOMBARS. 37
genre de nourriture , paroît cependant frugivore comme toutes les autres espèces de cette famille ; sa longueur depuis le bout du bec à l’extrémité de la queue est de douze pouces et demi 5 la tête, le cou, la poitrine et le ventre sont d’un vert-olivâtre clair-, le dos, les couvertures du dessus des ailes, le croupion et les couvertures du dessous de la queue, sont d’un vertloncé; vers le poignet de l’aile est une petite tache ou épaulette d’un brunpourpré; les grandes couvertures sont terminées de jaune, ce qui forme une bande transversale sur l’aile ; les grandes pennes sont noires , et le rebord intérieur est légèrement liséré de jaune; le dessus de la queue est d’un gris foncé, depuis son origine jusqu’aux trois quarts de sa longueur; l’extrémité de toutes les pennes est d’un gris-clair; la queue en dessous est blanchâtre vers la pointe, et noire à son origine; les plumes qui recouvrent les cuisses et les tarses sont vertes, l’abdomen est de cette couleur avec des taches oblongues, d’un blanc pur; les couvertures inférieures de la queue sont rousses, avec les extrémités blanches. Labasedubec estrecouverte d’ui^e membrane rougeâtre, la pointe du bec est d’un gris couleur de corne; les pieds sont rouges et les ongles gris.
Ce Colombar habite l’ile de Madagascar. J’ai vu deux individus de cette espèce, un dans le cabinet de M. Raye, et un autre, qui est en très mauvais état, dans le Muséum de Paris.
HISTOIRE
COLOMBAR UNICOLOR.
Pl. iv.
Columba Psittacea. Mihi.
Ce Colombar, quoique depuis long-temps connu, n’a cependant pas encore été décrit, soit qu’on l’ait considéré comme une variété accidentelle des espèces précédentes, ou que par rapport à F uniformité de ses couleurs il ait été regardé comme un individu qui n’avoit pas encore atteint l’état d’adulte.
L’Unicolor a dix pouces et demi depuis la pointe du bec à l’extrémité de la queue, qui est arrondie et de moyenne longueur; la pointe racornie du bec, dont la courbure n’est pas très fortement prononcée en forme de croc, décrit plutôt une parabole.
Ce Colombar a la tête, le cou, toutes les parties inférieures, ainsi que le dos et les couvertures alaires , d’un beau vert - clair -, les grandes et les moyennes pennes des ailes sont noires, et ces dernières sont toutes frangées de jaune foncé; la queue est d’un gris-foncé à son origine, noire vers le milieu des pennes, et blanche sur le reste de sa longueur; les deux pennes intermédiaires sont entièrement vertes, et les deux autres, qui sont adhérentes de chaque côté à celles-ci, ont de cette couleur sur leurs barbes intérieures, ce qui fait que la queue, quand elle n’est pas étalée, paroit toute verte-, les couvertures inférieures sont vertes avec les extrémités blanches-, le bec est couleur de corne, la peau nue qui en recouvre la base est rougeâtre-, les pieds sont d’un bleu-noirâtre, et les ongles sont bruns.
J’ai examiné plus de trente individus de cette espece, qui me furent envoyés de Batavia-, j’en ai vu plusieurs autres dans diverses collections; tous étoient à peu de chose près semblables , et je n’ai pu découvrir aucune différence qui caractérisât les sexes; les moins grands, et ceux qui, par la forme du bec, paroissoient être de jeunes oiseaux, avoient du gris cendré répandu surtout le plumage; le bout du fouet de 1 aile et quelques plumes des grandes couvertures étoient d’un gris-noiratre, ce qui me fait pi ésumei
que les jeunes, au sortir du nid, sont alors couverts de plumes plusou moins grises, et qu’ils ne prennent la livrée verte qu apres leur seconde mue.
Le Colombar Unicoîor habite File de Timor; il doit aussi se trouver à Java.
De mon Cabinet.
DES COLOMBARS.
COLOMBAR AROMATIQUE.
Pl. V.
Colomba Aromatica, Lath. Ind. orn. v. i , p. 5gg, sp. 23.
— Gmel. Syst. < v . i , p. 778.
Pigeon vert cl’Amboine, Biiffon, pl. enl. i36.
Aromatic Pigeon, Lath. Syn. v. 4, p ■ 63i , n° ai.
Voici une espèce de Colombar, qui, suivant le sentiment de Buffon , se trouve avoir des liaisons intimes avec le Pigeon sauvage de nos climats : cet auteur suppose assez mal à propos que le Pigeon vert d’Amboine, de Brisson, qui est mon Aromatique, n’est qu’une variété de la Colombe Biset; il ne dit cependant pas à cet endroit si les dissemblances entre ces oiseaux ( qui ne sont pas de peu de conséquence) sont le produit de l’influence du climat: cette supposition chérie de M. de Buffon n’a servi qu’à répandre l’obscurité et le doute sur les diverses espèces de Pigeons exotiques, tandis que son idée non moins ridicule de faire dériver tous les Pigeons proprement dits d’une même souche primordiale, a fait confondre jusqu’aux espèces indigènes qui n’ont aucune analogie.
Je ne m’arrêterai pas ici à prouver l’identité d’espèces du Biset de nos climats et du Colombar Aromatique , les figures de grandeur naturelle suffiront pour prouver au moins expert en histoire naturelle, que ces oiseaux n’ont pas même les plus légers rapports.
L’Aromatique mesure en totalité neuf pouces et demi; il a le bec plus crochu que 1 espèce précédente, et la courbure à la mandibule supérieure n’a lieu que vers la pointe, le reste de la partie cornée de cette mandibule est presque droite ; le haut de la tête jusqu’à l’occiput est gris-cendré; cette couleur prend une teinte verdâtre sur la nuque; le cou, la poitrine, le ventre, les cuisses et l’abdomen, sont d’un vert-sale, les plumes de cette dernière partie sont plus ou moins terminées de blanc; les petites couvertures des ailes, les scapulaires, et le haut du dos, sont d’un brun-purpurin; les moyennes et grandes couvertures sont d’un vert - foncé , avec de larges bordures jaunes à l’extrémité de toutes les plumes; moyennes pennes frangées de jaune, grandes pennes entièrement noires; le croupion, les deux pennes intermédiaires de la queue, ainsi que les barbes intérieures des deux plumes adjacentes, sont d’un vert-olivâtre; les autres pennes caudales sont grises sur toute leur longueur; en dessous, la queue est noire à son origine jusqu’aux
cS
5o HISTOIRE DES GOLOMBARS.
trois quarts j l’extrémité de toutes les pennes est d’un gris- clair -, l’iris des yeux est rouge, la partie cornée du bec est verdâtre, et la base est rougeâtre', cette couleur se trouve aussi sur les tarses et les doigts.
Le Colombar Aromatique habite l’île de Java, où les insulaires lui donnent le nom de Bouron-Jouane, dénomination par laquelle ils paroissent désigner en général toutes les diverses espèces de pigeons verts-, le mot de Jouane signifie vert en langue Savane , et le mot Bouron veut dire simplement oiseau. Cette espèce se nourrit principalement du fruit que produit le Fucus Religiosus } elle fréquente ordinairement les lisières des grands bois.
M. Laischenault a rapporté de Java un individu de cette espèce 5 je dois à ce voyageur des notes très intéressantes sur les diverses espèces de Pigeons et de Gallinacés qui habitent l’ile de Java. J’aurai occasion de parler encore de cet ami dans mon introduction générale.
COLOMBAR AROMATIQUE 7 Variété.
Pl. VI.
Columba Aromatica, Par.
Parmi plusieurs individus de l’espèce du Colombar Aromatique que nous avons eu occasion de comparer, il s’en est trouvé deux dont la distribution des couleurs principales varie en quelque sorte de celui que nous avons représenté dans la planche précédente ; la première de ces variétés a tout le dos d’un brun -pourpré et toutes les parties inférieures grises 5 celle que jâii figurée ici a toute la tête, le cou , et la poitrine, d’un roux-cannelle, le haut du dos et les couvertures des ailes du même brun-pourpré que dans l’individu précédent. Le ventre et le croupion sont d’un gris-bleu-, les cuisses sont jaunes, ainsi que les bords de toutes les grandes couvertures des ailes ; les plumes intermédiaires de la queue sont vertes et les latérales ont de cette couleur sur leurs barbes intérieures. La queue en dessous est noire, et toutes les pennes sont terminées de blanc-sale.
Cet oiseau m’a été envoyé de Batavia avec plusieurs autres individus du Colombar Aromatique, représenté pl. 5. Ceux-ci ne varioient aucunement entre eux, ce qui me fait présumer qu’il doit y avoir peu de différence dans les couleurs entre les sexes, et que l’individu que nous figurons ici n’en est qu’une variété accidentelle.
Cet oiseau est de mon cabinet.