COLOMBE ARLEQUINE
Pl, xlv.
Columba histrioniçâ. — Gaulât,
« J ai rencontré pour la première fois cette belle espèce de Pigeon , » dit M. Goulcl dans son magnifique ouvrage sur les oiseaux de la Nouvelle-Hollande (the Birds of A astral ici ), «le 2 décembre 1809, lorsque j’étais campé sur les bords « de la Mokai , rivière qui prend sa source dans la chaîne de Liverpool et se jette « dans la Namoi. Je me promenais près de la rive, au lever du soleil , lorsqu’un « de ces oiseaux se leva du bord de la rivière, vola à la distance de quarante « yards (environ quarante mètres) et s’abattit à terre, où il avait beaucoup de « l’aspect et des allures du Ganga ( Pterocles ).
« Une quinzaine de jours après, tandis que, suivant le cours de la Namoi, à « cent cinquante milles plus bas, je traversais les plaines étendues parsemées « ça et là de groupes d’arbres qui bordent la chaîne de Nundawar, je fus « soudainement , mais agréablement surpris par une immense volée de ces « oiseaux qui se leva devant moi et alla s’abattre à une grande distance, a Pensant qu’ils ne se laisseraient pas approcher, je me cachai, et j’engageai « mon compagnon indigène a faire un détour et à les chasser vers moi. A son « approche la bande entière se leva de nouveau avec un grand bruit, et si ser- « ree, que si elle avait passé à une moins grande distance de moi, beaucoup « seraient tombés à mon coup de fusil. J’en abattis quatre, dont deux étaient « des males. Alarmé par un bruit aussi extraordinaire dans ces solitudes, que « celui de la décharge d’un fusil, le reste s’éloigna rapidement et fut bientôt « hors de vue.
«Environ une semaine après , comme, en revenant de la chasse au Kan- « guroo dans une partie éloignée de la même plaine, nous approchions d’un « petit groupe d’acacias ( Acacia pendula ) , Natty s’écria tout à coup : Regarde , « Massa. En un instant, l’air, devant nous, sembla littéralement rempli d’une « masse épaisse de ces oiseaux qui, à cette exclamation, s’étaient subitement « levés de dessous les arbres. Nous eûmes à peine le temps de mettre en joue
HISTOIRE
cc avant qu’ils fussent à soixante ou quatre-vingts yards. Cependant notre «c double décharge en abattit huit qui, étant tous seulement démoulés, et voce letant autour de nous , attirèrent l’attention de nos chiens à Kanguroo, et ce a fut avec la plus grande difficulté que nous pûmes empêcher qu’ils fussent « mis en pièces. Au milieu de ce désordre, un Milan vint avec une extrême cc audace attaquer notre gibier épars, et en aurait sans doute, malgré notre « présence, emporté sa part, si le contenu de mon second canon n’eûl terminé « sa carrière. Ce fut la dernière fois que je rencontrai la Colombe ai lequine. k Je ne négligeai aucune occasion de prendre des renseignements à son sujet cc des natifs de l’intérieur et des Stockmen de nos stations. Les uns et les cc autres m’assurèrent qu’ils ne l’avaient jamais vue avant cette saison. Si cette cc assertion est exacte, et il semble qu’il n’y a pas de raison pour en douter, « d’où est venu ce bel oiseau? S’il avait toujours été connu dans ces parties du cc pays, sa taille et sa beauté auraient attiré l’attention des divers voyageurs cc qui de temps à autre ont visité l’intérieur.
« Ne pouvons-nous pas 5 raisonnablement, supposer qu’il a émigré des ré- « gions centrales de ce vaste continent qui réserve tant encore à de nouvelles « découvertes?
« La grande longueur de ses ailes le rend admirablement propre à habiter cc une contrée telle que l’on suppose être l’intérieur de la Nouvelle-Hollande , cc puisqu’elle lui donne la faculté de traverser rapidement de grands espaces,
« ainsi qu’il est sans doute obligé de le faire pour trouver de l’eau.
«En disséquant les individus que nous avons tués , j’ai trouvé leur estomac « à moitié rempli de petites graines dures dont je n’ai pu déterminer l’espèce. «
Nous 11e pouvions mieux faire connaître l’histoire de cette belle espèce qu’en traduisant textuellement la relation du voyageur auquel la découverte en est due. Elle est encore fort rare dans les collections, et nous devons à l’obligeance de M. Temminck la communication de l’individu d’après lequel nous l’avons figurée.
La Colombe arlequine doit ce nom à l’espèce de masque noir coupé de blanc, qui revêt largement la partie antérieure de la tête et du cou. Les parties blanches sont le front et les côtés du bec, une ligne circulaire placée en arrière de l’oreille , et une bande en forme de croissant qui traverse le cou antérieurement. Toutes les parties supérieures, la nuque, le dos, les recouvrements des ailes et les pennes médianes de la queue sont d’un brun fauve. Les ailes, légèrement bordées de blanc vers l’épaule, le sont à leur partie moyenne d’un gris bleuâtre qui est la couleur de tout le dessous du corps avec lequel cette bordure se confond. Les grandes pennes sont de ce même gris, légèrement bordées de brun noir et terminées par une tache blanche. Vers l’extrémité de celles secondaires, on remarque une large tache d’un vert bronzé
DES COLOMBES
à reflets, formée par la réunion de leurs bords externes; caractère qui rapproche cette espèce de plusieurs autres Colombes de la Nouvelle-Hollande, chez lesquelles existent des taches semblables : la Colombe Lumachelle, la Colombe Labrador et la Colombe Marquetée. Le dessous des ailes porte aussi à la partie moyenne une large tache d’un brun rouge. La queue est courte et arrondie. Ses pennes latérales sont d’un gris foncé passant au noir à leur extrémité, et se terminant par une tache blanche. Ses couvertures inférieures sont d’un fauve clair. Le bec et les narines sont noirs; la peau nue qui entoure les yeux est d’un noir pourpre; l’iris d’un noir profond; les écailles antérieures des pattes et des pieds d’un rouge violacé; leur partie postérieure d’un rouge de chair.
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