SCENE III
LA FOLIE, SOTTINEZ, SERINGUINOS, BABILAS, RODRIGUEZ , ALGUAZILS.
Entrez, entrez, messeigneurs.
SERINGUINOS.
Vous direz ce que vous voudrez, mon futur gendre; mais je suis éreinté au moral ainsi qu'au physique ; je ne connais pas de cathédrale qui possède autant de cloches que moi .. et toi, Babilas?
BABILAS.
On userait des jambes de chameau à faire ce métier-là.
RODRIGUEZ
Je ne sens plus ni ma langue ni mes bottes.
SOTTINEZ.
Quand je devrais faire toutes les étapes du juif errant, je rattraperai Isabelle, ou j'y perdrai mon nom.
SERINGUINOS.
Comme j'y perdrais ma rate, j'y renonce.
IlsV.ssiccl.
RODRIGUEZ
J'avoue qu'une chaise a pour moi des charmes irrésistibles.
Il s'asàicd.
SOTTINEZ.
Est-ce que vous allez rester là ?
Écoutez, Sottinez : je suis père, je pourrais même être grand-père, et j'ai les jambes de mon emploi, vous, mon cher gendre, qui êtes taillé en cerf, courez après les fugitifs. Je vous permets d'emmener Babilas; comme je le paie pour tout faire, il n'a rien à dire.
BABILAS.
Je déclare à la face du seigneur Seringuinos que je serais incapable d'attraper une écrevisse ou un fiacre à la course.
SOTTINEZ.
Allons, reposez-vous donc; mais je vous préviens que je ne vous accorde que vingt-neuf minutes pour boire, manger et dormir.
BABILAS.
Je ferai observer à votre seigneurie que nous n'aurons que le temps bien juste de nous livrer à un seul de ces exercices.
SOTTINEZ.
Eh bienî choisissez.
BABILAS.
Je mange I
RODRIGUEZ
Je bois.
SERINGUINOS.
Moi, je dors.
* LA FOLIE
Que désirez-vous, seigneurs cavaliers? Bon vin, bonne table, bon gite et bonne mineV... voilà ce que Zanetta offre toujours à ses hôtes.
SERINGUINOS.
Je donnerais ma pharmacie pour un lit, fùt-il de sangle.
BABILAS.
Et moi, mon cher maîtrfe, je donnerais tout ce que vous possédez... pour un civet.
LA FOLIE
Comme je vous le disais... mon vin est excellent, mais on a vidé ce matin ma dernière bouteille; mon cuisinier sort de chez un archevêque.
mais on a épuisé toutes mes provisions; enfin, la reine n'a pas de lits plus mollets que les mieiiB ; mais tous mes matelas sont à carder.
SERINGUINOS.
Ah çal dites donc, il paraît que vous n'avez à nous servir que de la bonne mine?
SOTTINEZ.
Alors, remettons-nous en route.
SERINGUINOS.
Du tout; il y a sur l'enseigne : Ici on boit, on mange, et on loge à pied ou à cheval... Mais, malheureuse femme, c'est pour que tu obéisses à ton enseigne que le gouvernement te permet de lui payer tes impositions, ta patente et tous lesdroitsréunis.
RODRIGUEZ
Je partage l'avis du préopinant... cette femme ment évidemment, et en ma qualité d'œil du gouvernement, je vais inspecter rigoureusement tout l'établissement.
SERINGUINOS.
Je vous suis.
BABILAS. ^
Nous vous suivons.
SERINGUINOS.
Il me faut mon lit.
BABILAS.
Il me faut mon civet.
SOTTINEZ.
Vous n'avez plus que vingt-trois minutes.
RODRIGUEZ
Marchez devant, hôtellière.
LA FOLIE
Ils vont m'amuser.
Air de Changée en nourrice (Porte-Respect). Oui, meltons-nous enchâsse, Fouillons ])ien cliaque place, Inspectons tous les coins ; ?>I:ilgrc' 1d nie'nagcrc, ÏNous saurons, je l'espère, SuiRre à nos besoins !
BA.BILAS.
Cherchons dans les assiettes ; Moi, je veux jusqu'aux miettes...
SEKINGUINOS.
Je veux un traversin!
RODRIGUEZ
Avant (3e passer outre.
Allons voir dans son outre S'il reste un peu de vin.
LA FOLIE
Oui, mettc7-vous en cliass?, Foiullez-l)ien cliaque place, Inspectez tous les coins ; Mais vous aurez Lcau faire, Vous ne pourrez, j'espère, Suffire à vos besoins.
Ils sortent. Sottinez reste seul.
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