SCENE III
Les Mêmes, LA FOLIE.
SOTTINEZ.
Par saint Jacques de Compostelle, voilà une jolie fille I
LA FOLIE
Vous trouvez, sigaor?
BIGARO, tout en coiffant Soltinez, C'est quelque saltimbanque.
SOTTINEZ.
Qui es-tu? et comment t'appelles- tu?
LA FOLIE
J'ai nom Zambinella, et je suis danseuse: j'ai fait la fortune de mon directeur, et il vient de me renvoyer parce que, dit-il, je ne suis plus assez légère.
Elle fait un entrechat.
Mais c'est une sylphide.
BIGARO.
Un vrai vent.
LA FOLIE
Il trouve mes yeux sans expression.
Elle regarde Soltinez.
SOTTINEZ.
Mais ils sont assassins, tes yeux
LA FOLIE
Mes bras sans grâce.
Elle prend une pose.
SOTTINEZ.
Le rustre I
LA FOLIE
Mes jambes trop maigres.
Elle lève la jambe jusqu'au nez de Soltinez. BIGARO.
Quels mollets I
SOTTINEZ.
Vénus n'était pas plus rondelette.
LA FOLIE
Ma taille mal prise.
C'est un imbécile.
LA FOLIE
Et vous?
SOTTINEZ.
Hein?
LA FOLIE
Étes-vous de son avis?
SOTTINEZ.
Pas du tout.
LA FOLIE
Voulez-vous de moi ?
SOTTINEZ, se levant.
Certainement. {A part.) Elle est bien plus jolie qu'Isabelle.
LA FOLIE
Vous êtes directeur?
SOTTINEZ.
Je serai tout ce que tu voudras.
LA FOLIE
Alors vous me ferez débuter par mon pas du châle ; c'est mon triomphe, vous allez en juger. Avez-vous une écharpe à me prêter?
SOTTlNEc.
Je n'ai que des perruques LA FOLIE, prenant la grosse chaîne en cheveux que porte Sottinez. Voilà ce qu'il me faut.
SOTTINEZ.
Un moment I
LA FOLIE
Je ne veux pas que vous me preniez de confiance.
SOTTINEZ.
Mais...
L\ FOLIE
Air : Oui, vous êtes de mon cœur. (ChamLord.) A l'instant, de mon talent
Vous allez juger vraiment ; Celle chaîne Qui vous gcne Va me servir, c'est charmant.
SOTTINEZ.
Trop vive Layadère, Bendei-moi ce bijou.
LA FOLIE
JNoû, non, je veux vous plaire En dansant mon pas indou.
SOTTINEZ.
Pour elle, du talisman Se'parons-nous un moment ;
Cette chaîne,
Sans grand' peine.
Me reviendra... c'est charmant.
La Fulie danse quelques pas.
SOTTINEZ.
Tu es un ange, et je le donnerai tout ce que tu voudras.
LA FOLIE
Je ne veux rien , seigneur , qu'un souvenir de vous, et je garde cette chaîne.
SOTTINEZ.
Hein? comment? je m'y oppose.
LA FOLIE
Pourtant je ne vous la rendrai pasl
SOTTINEZ.
Mais tu ne sais pas...
LA FOLIE
Je sais au contraire , don Sottinez , que cette chaîne est un talisman; je sais qu'avec elle tu aurais eu presque de l'esprit, tandis que sans elle tu ne seras plus qu'un fat imbécile. J'avais juré de te prendre ce don précieux de la vieille Sara ; je le tiens et je le garde.
SOTTINEZ.
Oh I tu me rendras ma chaîne.
LA FOLIE
Jamais.
SOTTINEZ, courant après la Folie. Air de la Galopade.
Ah! je Faurai.
LA roLiE , se sauvant.
Jamais contre mon erc.
SOTTINEZ, même jeu.
Me voler de la sorte !
LA FOLIE
Le vent m'emporte, Si je veux, En tous lieux.
SOTTINEZ.
Ah ! rends-moi mes cheveux 1 LA FOLIE.
Tu t'essouffles en vain.
SOTTINEZ.
Je suis comme un crin, Crains ma colère.
LA FOLIE
Si lu veux courir, Je puis te donner ce plaisir.
SOTTINEZ.
Quand je te tiendrai.
Je m' vengerai.
LA FOLIE
Mais, pauvre hère, Pour me ressaisir, Prends donc les ailes du ze'phyi*.
ENSEMBLE
SOTTINEZ.
Ah! je l'aurai, Vois-tu? Lon gre' mal gre'.
Me voler de la sorte ! Si r vent t'emporte En tous lieux, Moi je veux Reprendre mes cheveux.
LA FOLIE
Ah ! je l'aurai, Vois-lu? hon gre' mal gre'.
Tu gardes en vain la porte, Le vent m'emporte En tous lieux, Et je Veux Te soufiler tes cheveux.
Elle sort en courant, et Sottinez la suit.
BIGARO.
Eh ben l dites donc, et mon argent? Ohl mais ça ne se passera pas comme ça.
Ilprendun fer ffui chauffait, et veut courir après SoUiilcz; il rencontre Magloire qui entrait dans la l>outif{ue cL qu'il brûle avec son fer.
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