‹ Les pilules du diable, féerie, en trois actes et vingt tableauxChapitre 48 sur 94 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

BIGARO, MAGLOIRE.

MAGLOIRE

Aïe! merci 1 oh! là I là!... oh! là là !...

BIGARO.

Est-ce que je vous ai fait mal?

MAGLOIRE

Au contraire, vous m'avez brûlé le nez... Dieu! que ça me cuit! j'en aurai deux ou trois cloches; il ne me manquait plus que ça!

Il a une énorme fluxion, et le nez tout rougi par le fer.

BIGARO.

Monsieur, vous ne vous en irez pas d'ici sans que j'aie réparé ce petit accident.

MAGLOIRE

Vous êtes bien honnête, mais j'ai une dent...

BIGARO. '

Contre moi? c'est mal.

MAGLOIRE

Du tout ! j'ai une dent, dis- je, qui ne me permet pas de sentir mon nez.

BIGARO.

Vous avez mal aux dents ? comme c'est heureux!

MAGLOIRE

Ah! monsieur, j'ai peur d'en devenir hydrophobe. Ça me vient d'un coup d'air que j'ai attrapé dans un jeu de trictrac.

BIGARO.

Qu'est-ce qu'il dit?

MAGLOIRE

C'est un bien vilain jeu , monsieur, que le jeu de trictrac !

BIGARO,

Vous avez la figure dans un fâcheux état , mais je vais vous guérir en un clin d'oeil.

Vous arrachez les dents, perruquier?

BIGARO.

J'ai même eu pour cela un brevet d'invention de l'empereur de Maroc.

MAGLOIRE

Vous avez une belle clientelle, pédicure; mais je vais vous dire, monsieur, je suis fort délicat des nerfs, et la vue de vos horribles instrumens...

BIGARO.

Rassurez-vous, jeune homme , je n'ai pas eu mes brevets d'invention pour travailler comme tout le monde.

MAGLOIRE

Vous avez donc aussi inventé quelque chose?

BIGARO.

Monsieur, mon invention est si simple , qu'au premier aspect elle semble...

MAGLOIRE

Je comprends... Essayons-en; car je passe des momens bien désagréables.

BIGARO, examinant la mâchoire.

La dent est de la plus profonde noirceur.

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